Aux municipales, l'essor de novices face aux "professionnels" de la politique information fournie par AFP 14/01/2026 à 12:06
Un géant du football, une légende du rugby, un présentateur télé... Le casting des municipales de mars prochain comporte des profils hors du sérail politique qui, pour beaucoup, ont toutefois l'avantage d'être déjà renommés et connectés.
L'exemple le plus connu est sans aucun doute celui de Jean-Michel Aulas, ancien patron mythique de l'OL, donné grand favori dans ses terres de Lyon.
Une autre figure du sport, le rugbyman Serge Blanco, s'est lancé en décembre à la conquête de la mairie de Biarritz, sans étiquette.
A Avignon, l'ancien journaliste Olivier Galzi profite de son exposition, tandis que l'économiste Philippe Dessertine tente sa chance parmi les candidats de centre-droit à Bordeaux.
Il est souvent de bon ton pour un homme politique de placer quelques personnalités, au moins locales, sur sa liste municipale.
"Mais jusque-là on n'avait pas ce profil en tête de liste, ou assez peu", souligne auprès de l'AFP le sociologue Sébastien Michon, directeur de recherche au CNRS.
Tous ont en commun une inexpérience politique qui est loin de constituer un désavantage.
Leur poussée va de pair avec un "rejet de la politique qui est assez général" et une tentation de "renverser la table", reprend Sébastien Michon.
Leurs expériences professionnelles peuvent "mettre à distance l'accusation de déconnexion" formulée contre les personnalités politiques, complète le sociologue au CNRS Etienne Ollion.
Ce phénomène trouve un écho particulier au niveau local.
Près de trois Français sur quatre estiment que les élus municipaux devraient être issus de la société civile plutôt que d'un parti politique, selon un sondage Ifop pour Fréquence Commune publié le 8 janvier.
Ces candidats en jouent. Jean-Michel Aulas, par exemple, met en avant ses succès dans les milieux des affaires et du football en martelant qu'il n'est "pas un politique".
Philippe Dessertine est fier de dire de même. Il affirme à l'AFP avoir "les pieds sur terre" et vante sa "grande liberté".
- Novices mais "pas amateurs" -
Mais la plupart de ces candidats ont un autre point commun. "Ce ne sont pas des citoyens ordinaires, ce sont des personnes qui sont déjà connues", note Sébastien Michon.
Ils ont généralement des ressources financières, des réseaux locaux bien développés et savent s'exprimer en public, avantages de taille pour mener campagne.
Philippe Dessertine, habitué des plateaux télé, assure en avoir conscience. L'expérience de sa femme, Laurence Dessertine, maire adjointe de Bordeaux pendant des années, a aussi été "primordiale", ajoute-t-il.
"On n'est pas des professionnels de la politique mais on n'est pas des amateurs non plus", dit cet économiste à l'AFP.
Le candidat explique avoir pris soin de mélanger, dans sa liste, d'autres novices et des plus aguerris.
Pour lui, se présenter dans une grande ville sans expérience ni contact ne serait probablement "pas gérable" car il estime que le système électoral désavantage les candidats issus de la société civile.
Trouver une entreprise acceptant d'assurer les locaux de sa permanence a été un défi, sans avoir la caution d'un parti, explique-t-il.
- "Exception" -
De fait, ces personnalités sont en tête d'affiche mais les partis ne sont pas absents.
Si Jean-Michel Aulas se revendique sans étiquette, il est soutenu par la droite et le centre (Les Républicains, Renaissance, Horizons, l'Union des démocrates et indépendants et le MoDem), qui ont flairé le potentiel d'un candidat ultra connu.
Olivier Galzi, par exemple, a lui été adoubé par les centristes de l'UDI et Horizons.
A Grenoble, Laurence Ruffin, cheffe d'entreprise et soeur du député François Ruffin, est soutenue par les partis écologistes et de gauche.
Pour ces institutions qui n'ont "pas bonne presse", c'est une façon "de se régénérer en présentant une offre un peu différente", explique Sébastien Michon.
C'est aussi la stratégie qu'avait adoptée Emmanuel Macron quand, en 2017, il avait fait entrer au parlement des novices, dont peu ont finalement réussi à percer.
Malgré ces tentatives, "la plupart des candidats sont des gens qui ont déjà des ancrages dans la vie politique", note Etienne Ollion, et les novices restent "l'exception plutôt que la règle".