Au Sommet de l'élevage, le manque de fourrage au cœur des préoccupations
information fournie par AFP 08/10/2026 à 23:01

Des vaches au Sommet de l'élevage à Cournon-d'Auvergne, le 8 octobre 2026 dans le Puy-de-Dôme ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )

"Cherche foin pour vaches" dans la Loire, suivi d'un numéro de téléphone, annonce une pancarte dans les allées du Sommet de l'élevage en Auvergne, où les éleveurs ont accueilli jeudi les nouvelles annonces du gouvernement entre résignation et circonspection, après un été catastrophique.

"Pour moi, ça ne répond pas du tout aux enjeux de la sécheresse parce qu'aujourd'hui, ce n'est pas des emprunts qu'on veut faire, c'est déjà trouver le fourrage. Parce qu'on ne le trouve pas, le fourrage pour que nos animaux mangent à leur faim", explique à l'AFPTV Loïc Caillens, éleveur en Haute-Loire de 36 ans.

"Le prêt à taux zéro ne va pas régler le problème parce que si on n'a pas de fourrage, aujourd'hui on n'a pas besoin d'un prêt", ajoute-t-il, en référence aux mesures bancaires annoncées jeudi par la ministre de l'Agriculture Annie Genevard, qui a ensuite déambulé parmi les limousines, les charolaises ou encore les ferrandaises.

Depuis juin, la pousse des prairies est à l'arrêt, faute de pluie en France, et les éleveurs sont résignés. "La repousse automnale n'est pas un scénario crédible", affirme à l'AFP Patrick Bénézit, éleveur et vice-président de la FNSEA, syndicat qui s'est pourtant félicité d'annonces gouvernementales allant "dans le bon sens".

La ministre de l'Agriculture Annie Genevard visite le Sommet de l'élevage à Cournon-d'Auvergne, le 8 octobre 2026 dans le Puy-de-Dôme ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )

Les vaches, redescendues plus tôt des alpages faute d'herbe en altitude, ont entamé le fourrage d'hiver dès l'été.

Les rares agriculteurs à disposer de stocks n'osent pas le dire trop fort et l'inventaire national n'en est que plus compliqué.

Les récoltes de céréales, et notamment de maïs, qui peuvent nourrir les bêtes ont aussi souffert de la chaleur et du manque d'eau.

La ministre a sondé les voisins européens de la France, aussi confrontés à la sécheresse. Même l'armée pourrait être mobilisée pour le transport de bottes. Mais les prix pourraient être rédhibitoires pour des éleveurs dont les trésoreries sont déjà exsangues.

"Bonne mesure", mais "insuffisante"

Pour Jérémie Olié, les prêts restent bons à prendre, mais c'est "un report de trésorerie". "Vu les taux d'intérêt ces derniers temps, ça va forcément faire des frais en moins. C'est une bonne mesure. Mais je ne suis pas sûr que structurellement ce soit suffisant", ajoute-t-il.

Des visiteurs observent les moutons au Sommet de l'élevage à Cournon-d'Auvergne, le 8 octobre 2026 dans le Puy-de-Dôme ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )

Dans les allées du sommet, organisé près de Clermont-Ferrand, la fréquentation est en hausse, les familles se bousculent et l'ambiance est plus à la fête qu'en 2025, quand les vaches n'avaient pas vu venir à ce rendez-vous des professionnels en raison du contexte sanitaire.

Cédric Daure, éleveur de 46 ans en Haute-Garonne, dit ne pas vouloir "accabler" la ministre qui, depuis deux ans, a vu se succéder les crises, avec notamment la dermatose bovine, à l'origine des contestations à l'automne dernier.

"Toutes les crises sanitaires qu'il y a eu, les difficultés de récoltes et les manifestations... Mais à un moment donné, ils ne font qu'annoncer qu'ils veulent une agriculture forte, il faut lui donner les moyens, à cette agriculture, d'être forte (...) Pour faire des choses qui ne servent à rien, ils savent trouver des sous. Donc à un moment donné, il va falloir qu'ils se réveillent", dit-il avec un accent du Sud-Ouest, berceau des manifestations de tracteurs il y a un an.

Un éleveur (2e g) conduit un taureau Charolais au Sommet de l'élevage à Cournon-d'Auvergne, le 8 octobre 2026 dans le Puy-de-Dôme ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )

"Je mesure l'angoisse qui est la leur, parce qu'il faut assurer les productions l'année prochaine, il faut pouvoir vendre ses bêtes à un bon prix, il faut pouvoir assurer leur alimentation. Je prends évidemment la mesure de leur désarroi qui peut se traduire en mouvements de colère", a déclaré la ministre avant sa déambulation, rappelant toutefois l'effort "considérable" du gouvernement, avec plus d'un milliard d'euros débloqués dans un contexte d'économies globales sur les dépenses publiques.

Les éleveurs espèrent que le soutien du public du sommet se manifestera aussi dans les prix tolérés par les consommateurs, touchés par les crises avec un pouvoir d'achat en berne.