Au Royaume-Uni, Starmer s'en prend aux "extrêmes" après une cuisante défaite électorale du Labour information fournie par AFP 27/02/2026 à 16:09
Le Premier ministre britannique Keir Starmer s'en est pris vendredi aux partis "extrêmes", au lendemain d'une humiliante défaite du Labour lors d'une législative partielle dans un de ses fiefs en Angleterre, largement remportée par les Verts, au positionnement très à gauche.
Ce résultat sonne comme un avertissement pour le chef du gouvernement travailliste, qui subit déjà la montée du parti anti-immigration Reform UK à droite.
Il témoigne aussi de l'affaiblissement de la domination des travaillistes et des conservateurs sur la politique britannique, le Labour n'arrivant qu'à la troisième place, derrière Reform.
Keir Starmer a reconnu vendredi que le résultat obtenu dans la circonscription de Gorton-et-Denton, au sud de Manchester, était "très décevant" et qu'il comprenait que les électeurs soient "frustrés" et "impatients" de voir les choses changer.
Mais il s'en est pris aux "aux extrêmes en politique, de gauche comme de droite".
"C'est très facile pour les autres partis d'identifier les griefs", a-t-il déclaré, assurant être lui "concentré" pour "trouver des solutions" aux problèmes des Britanniques, comme le coût de la vie ou l'état des services publics.
La candidate des Verts, Hannah Spencer, plombière de 34 ans, est arrivée en tête avec 41% des voix, devant Reform (29%) et les travaillistes (25%).
C'est la deuxième élection partielle que perd le Labour depuis son retour au pouvoir en juillet 2024. La précédente, en mai 2025, avait été remportée par le parti Reform de Nigel Farage.
- Situation grave -
Elle est un nouveau signe des difficultés du gouvernement de Keir Starmer, qui a récemment survécu à des appels à la démission après une série de volte-face politiques et des révélations sur les liens entre son ex-ambassadeur aux Etats-Unis et Jeffrey Epstein.
A l'approche des élections locales de mai, présentées par beaucoup comme cruciales pour son avenir à Downing Street, c'est un coup de semonce pour le Premier ministre, qui s'était impliqué personnellement dans la campagne.
La défaite alimente les critiques de ceux qui, au sein du Labour, estiment que le parti a trop chassé sur les terres de Reform, en particulier en durcissant sa politique migratoire.
Elle doit "nous faire prendre conscience de la gravité de la situation", a réagi sur X la députée Angela Rayner, figure de l'aile gauche du parti.
Les syndicats, qui contribuent historiquement au financement du Labour, ont eux aussi fustigé la politique du gouvernement.
Pour Louise Thompson, professeure de sciences politiques à l'université de Manchester, Keir Starmer se retrouve désormais contraint de "mener une guerre plus affirmée sur deux fronts", contre les Verts et le parti de Nigel Farage.
Même si le résultat du scrutin est sans doute plus le fruit d'un "vote anti-Reform" qu'une adhésion au programme des Verts, nuance-t-elle auprès de l'AFP.
- "Alternative" -
Cette victoire galvanise en tout cas ces derniers, en pleine ascension depuis l'arrivée à leur tête en septembre 2025 de Zack Polanski, parfois comparé au maire de New York Zohran Mamdani.
"C'est une victoire retentissante", s'est-il félicité lors d'une conférence de presse. "L'emprise électorale du Labour est terminée. (...) Les gens reconnaissent désormais qu'il existe une alternative", a-t-il encore affirmé.
Ces derniers mois, il a mis en sourdine l'identité écologiste du parti et insisté sur son programme très à gauche, prônant notamment une hausse des impôts des plus riches.
Son positionnement ouvertement propalestinien a aussi probablement séduit dans une circonscription où plus d'un quart de la population est musulmane.
Reform UK, donné favori à l'échelle nationale, espérait lui aussi créer la surprise.
Nigel Farage a déploré sur X un scrutin qui scelle "la victoire du communautarisme et de la triche". Le parti a émis un signalement auprès de la police et de la commission électorale après qu'une organisation de surveillance des élections a rapporté des cas de personnes votant à plusieurs dans les isoloirs.
Son candidat Matt Goodwin, ex-universitaire devenu présentateur sur la très conservatrice chaîne de télévision GB News, a lui plus directement fustigé "un dangereux communautarisme musulman".
La cheffe de l'opposition conservatrice Kemi Badenoch, dont le parti a obtenu moins de 2% lors de cette élection partielle, a estimé que "le résultat montre que c'en est fini" pour Keir Starmer.