Au procès libyen, Sarkozy pointe une "erreur" de Guéant et Hortefeux information fournie par AFP 07/04/2026 à 20:16
"Une erreur" et même "une faute" de Claude Guéant et Brice Hortefeux: au premier jour de son interrogatoire devant la cour d'appel de Paris, Nicolas Sarkozy a jugé mardi que ses collaborateurs avaient été "coupables d'imprudence" en rencontrant un dignitaire libyen à Tripoli fin 2005, à son insu selon lui.
La justice soupçonne que ces rencontres occultes avec Abdallah Senoussi, N.2 du régime de Mouammar Kadhafi, ont servi à nouer un "pacte de corruption", avec la bénédiction de celui qui était alors ministre de l'Intérieur. Avec à la clé un financement illégal de sa campagne présidentielle de 2007 en échange de la promesse de contreparties économiques, diplomatiques et judiciaires.
Depuis l'ouverture du procès mi-mars, l'attitude réservée de l'ex-chef de l'Etat (2007-2012) tranche avec sa posture prolixe et bouillonnante du procès en première instance.
C'est dans ce style plus sobre que Nicolas Sarkozy, rejugé au côté de neuf autres prévenus, a entamé mardi ses journées d'interrogatoire, grave, s'employant à répondre posément au président de la cour, Olivier Géron. Mais sur le fond, il ne varie pas: "Il n'y a pas eu le moindre pacte", "il n'y a pas un centime d'argent libyen dans ma campagne".
Abdallah Senoussi a été condamné à perpétuité en France en 1999 pour avoir commandité un attentat contre un DC-10 qui, dix ans plus tôt, avait coûté la vie à 170 personnes, dont 54 Français.
Les rencontres de MM. Guéant et Hortefeux avec ce dignitaire, qui encadraient sa propre visite officielle en Libye en octobre 2005, ont notamment valu à Nicolas Sarkozy sa condamnation en première instance à cinq ans de prison ferme.
- "Colère" et "chagrin" -
Le tribunal correctionnel de Paris, l'avait relaxé de trois des quatre chefs pour lesquels il comparaissait, mais l'avait jugé coupable d'association de malfaiteurs. Il l'avait contraint à passer une vingtaine de jours en prison malgré son appel, une première pour un ancien président de la République.
Nicolas Sarkozy comprend la "colère" et le "chagrin" des proches des victimes de l'attentat. Mais "on ne répare pas une souffrance par une injustice: je suis innocent", répète-t-il à la barre sous les yeux de son épouse Carla Bruni-Sarkozy.
"La vérité c'est que jamais, jamais, je n'ai promis ou agi en faveur de M. Senoussi", qui était en quête d'une grâce ou d'une amnistie après sa condamnation, a encore martelé l'ex-président.
Toutefois, en laissant l'intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine s'immiscer dans l'organisation de son déplacement en octobre 2005, préparatoire à sa propre visite, Claude Guéant "commet une erreur", "alors qu'il me représente". "La ligne est franchie à ce moment-là", estime l'ancien chef de l'Etat.
M. Guéant, qui n'assiste pas à ce nouveau procès pour raisons de santé, avait expliqué en première instance s'être retrouvé à dîner avec Senoussi après être tombé dans un "piège" fomenté par Takieddine.
- "Est-ce que c'est crédible?" -
"Je ne comprends pas pourquoi il a accepté ce dîner", s'interroge Nicolas Sarkozy, qui suppose que son bras droit avait "surestimé les connaissances et l'entregent de M. Takieddine" en Libye.
Précis dans son interrogatoire, pugnace, Olivier Géron peine parfois à dissimuler ses doutes: compte-tenu du risque politique que lui faisaient courir ses collaborateurs en taisant leurs tête-à-tête clandestins, "est-ce que c'est crédible qu'ils ne vous disent rien?"
En l'absence de Claude Guéant, Nicolas Sarkozy émet une hypothèse: s'il l'avait fait, son directeur de cabinet ne lui aurait laissé que deux solutions, le sanctionner, ce qu'il ne voulait sans doute pas, ou ne pas le faire, ce qui engageait sa responsabilité.
Et Nicolas Sarkozy d'insister: Claude Guéant "dit qu'il ne m'en a pas parlé, moi j'affirme qu'il ne m'en a pas parlé".
Même chose pour Brice Hortefeux qui a expliqué s'être tu parce qu'il avait été "vexé" d'avoir été piégé et parce qu'il ne s'était finalement "rien passé" lors d'un entretien où il n'aurait jamais été question d'un quelconque financement politique occulte.
Cette rencontre, quelques semaines après sa visite officielle, était "une erreur", tranche Nicolas Sarkozy, qui reviendra à la barre mercredi et jeudi. Certes, il croit son ami, est convaincu qu'il s'est "vraiment fait piéger". Mais si Brice Hortefeux a été "victime ensuite", il a été "imprudent d'abord", cingle-t-il. Comme Claude Guéant.
Quant à Ziad Takieddine, il ne donnera pas sa version: il est décédé en septembre dernier.