Au Mondial de l'Automobile, l'"électro-choc" des lycéens en mécanique auto information fournie par AFP 15/10/2026 à 08:53
"Ça pue pour nous": En sortant d'une visite du salon Mondial de l'automobile à Paris, Mya, Louise et Julie, en classe de première "mécanique auto" au lycée Narce à Angers, viennent de comprendre que leur avenir professionnel sera un peu différent de ce qu'elles avaient imaginé.
Les trois amies, âgées de 16 ans, disent aimer "la vraie mécanique qui fait du bruit", celle "où on entend les chevaux": les moteurs qui pétaradent, fument et sentent l'essence.
"Je suis plutôt thermique" dit Mya à l'AFP. "Ici, il y a trop d'électricité" estiment les trois jeune-filles après une visite de stands débordant de voitures bourrées de capteurs et d'écrans numériques.
On leur a parlé de voitures autonomes qui se garent toutes seules, de données, de logiciels, d'intelligence artificielle et même de cybersécurité. Pas leur tasse de thé.
La visite est un "électro-choc" pour cette promotion de jeunes qui aiment le concret et sont souvent venus à la mécanique par le bricolage sur le véhicule familial dans le garage des parents, estime leur enseignant, Laurent Manceau, directeur de formation au lycée Narce.
Comme Eliaz, 15 ans: "je fais la vidange et je change les plaquettes de frein sur la Dacia de mes parents. J'aime faire ça", dit le jeune garçon "passionné de voitures de sport, de camions et de motos". "L'électricité, ce n'est pas ce que je voulais faire, maintenant il falloir s'y attaquer".
"L'électricité fait peur à nos élèves"
"C'est vrai que nos professions auront de moins en moins les mains dans le cambouis", approuve le proviseur du lycée Jérome Pouplard, qui accompagne la visite.
"Mais l'électricité fait peur à nos élèves" remarque Philippe Cazeneuve, formateur car c'est "trop abstrait".
"Beaucoup d'entre eux se sentent de plus en plus attirés par les voitures anciennes ou de collection car c'est de la mécanique sans électronique ni informatique", complète M. Manceau.
Pour autant les voitures électriques, et en particulier les batteries, ne sont pas encore dans tous les cursus de mécanique auto en lycée professionnel. "Il n'y en a pas à l'école", note un lycéen.
Il faut attendre le niveau BTS pour aborder le sujet. Et les précieuses habilitations B1XL ou B2XL pour travailler sur batterie électrique ne sont délivrées que par les employeurs ou des organismes spécialisés. L'Education nationale ne fait que préparer le terrain.
"C'est de la chimie, des métaux, de l'électricité, c'est dangereux", tente d'expliquer Clément Molizon, délégué général de l'association de promotion des mobilités électriques, l'Avere, qui recense une vingtaine de métiers de la mobilité électrique.
Compétences en mathématiques
L'électrification des mobilités débouche sur une flopée de nouveaux métiers, notamment pour déployer les bornes de recharge, entretenir leur électronique ou s'assurer de leur bon fonctionnement à distance parfois, fait-il valoir.
"On va avoir besoin d'énormément d'électriciens" ajoute-t-il. Mais cela demande des compétences en mathématiques, en informatique, c'est moins manuel que la mécanique de la voiture thermique.
Pour la génération actuelle qui s'engage dans les métiers de la maintenance automobile, il va falloir cultiver des doubles compétences, pour entretenir le parc de voitures thermiques existant et préparer l'avenir en se formant tout au long de la vie, résume Clément Molizon.
"En immatriculations nouvelles, l'électrique représente 40% désormais en France, mais dans le parc de voitures en activité, on n'est qu'à 5% d'électrique encore", tempère-t-il.
"Un jeune qui entre aujourd'hui dans un bac professionnel mécanique verra la transformation se jouer, mais a encore du travail en thermique devant lui pendant près de trente ans", calcule-t-il. "Si on vendait la dernière voiture thermique en 2035 en Europe comme c'est prévu, elle serait presque en fin de vie en 2050, et il faut bien l'entretenir".