Au Malawi, pénurie de carburant et envolée des prix aggravent la crise économique
information fournie par AFP 30/10/2026 à 08:41

Des conducteurs de motos-taxis font la queue avec d’autres automobilistes à la station-service Petroda dans la zone 47, à Lilongwe, la capitale du Malawi, le 22 octobre 2026 ( AFP / Amos GUMULIRA )

À l'annonce de l'arrivée prochaine d'un camion-citerne dans une station-service de Lilongwe, la capitale du Malawi, la file d'attente s'anime soudain. Et les automobilistes et conducteurs de moto rivalisent pour avoir une place au plus près des pompes.

"Je passe plus de temps dans la file pour le carburant qu’à m’occuper de mon entreprise et ce n’est pas viable", se lamente McDonald Kachule, moto-taxi dans le centre de Lilongwe depuis six ans.

Après des années de pénuries chroniques, ce pays d’Afrique australe d'environ 23 millions d'habitants affiche les prix de l’essence les plus élevés du continent. Une situation qui impacte directement une population déjà éprouvée et met sous tension une économie en manque de devises étrangères.

Avec la guerre au Moyen-Orient qui fait flamber les prix du carburant, le coût de l’essence dans ce pays pauvre est passé à 3,24 dollars (2,86 euros) le litre.

Il s’agit du prix le plus élevé en Afrique et du deuxième le plus élevé au monde, à plus du double de la moyenne mondiale, selon GlobalPetrolPrices, un fournisseur de données sur les prix de l’énergie qui suit les prix au détail des carburants dans plus de 100 pays.

Des motocyclistes passent devant des véhicules faisant la queue pour du carburant à la station-service Best Oil, dans la zone 49 à Lilongwe, la capitale du Malawi, le 22 octobre 2026 ( AFP / Amos GUMULIRA )

Face à des approvisionnements incertains et à un rationnement strict, de nombreux automobilistes se sont tournés vers le marché noir. Mais le prix de l’essence peut y atteindre 20.000 kwachas (11,50 dollars ou 10,16 euros) le litre.

"Ça n'a aucun sens"

"À ces prix, ça n’a aucun sens d'un point de vue commercial", souligne McDonald Kachule, 33 ans et père de deux enfants.

Les autorités, élues l’année dernière sur la promesse de relancer une économie en difficulté, imputent la crise du carburant à une pénurie de devises nécessaires pour payer les importations. Et expliquent que les perturbations de l’approvisionnement mondial liées à la guerre entre Washington et Téhéran ont aggravé le problème, les banques ayant du mal à honorer les lettres de crédit et certains fournisseurs étrangers exigeant un paiement comptant.

Des pompistes font une pause en raison de la pénurie de carburant à la station-service Best Oil de la zone 49 à Lilongwe, la capitale du Malawi, le 22 octobre 2026 ( AFP / Amos GUMULIRA )

Le pays consomme environ deux millions de litres de carburant par jour, ce qui représente 49 millions de dollars (43,3 millions d'euros) par mois en devises, selon la compagnie nationale pétrolière du Malawi (Nocma).

Cela revient à environ 588 millions de dollars (520 millions d'euros) par an, soit plus que les 545 millions de dollars (482 millions d'euros) que le Malawi a tirés du tabac, sa principale exportation, en 2025, selon le Fonds monétaire international (FMI).

Le gouvernement a, en conséquence, recherché des financements d’urgence, notamment par la vente de réserves d’or, afin de payer les fournisseurs. Plus de 23 millions de litres d’essence et de gazole ont déjà été achetés, près de la moitié étant en transit et l'autre partie étant déjà arrivée dans les stations-service.

Avec souvent des restrictions, comme chez Best Oil, où les moto-taxis ne peuvent prendre que deux litres de carburant à la fois et les petites voitures jusqu’à 20 litres.

Des véhicules et des motos sont garés en longues files en espérant pouvoir faire le plein à la station-service Petroda de la zone 47, à Lilongwe, la capitale du Malawi, le 22 octobre 2026 ( AFP / Amos GUMULIRA )

Elita Mtiyesa, enseignante, est arrivée à une station-service après avoir récupéré ses enfants à l’école: "Je suis ici depuis 16H00. Il est maintenant 20H00" et "tout est à l’arrêt". Après cette longue et infructueuse attente, elle va recommencer dans quelques jours.

Le conducteur de moto-taxi Steven Mbeta explique pour sa part que les chauffeurs peuvent passer des jours et des nuits à faire la queue, des groupes WhatsApp les aidant à suivre les livraisons d’une station-service à l’autre.

Sécurité alimentaire menacée

Pour l’économiste Milward Tobias, cet approvisionnement très fluctuant menace la sécurité alimentaire en perturbant la livraison d’engrais et d’autres produits essentiels aux agriculteurs dans une économie largement agricole.

"Quand il y a une pénurie, on finit par dépenser 100.000 kwachas (environ 51,30 euros) en carburant alors qu’il n’y a pas de nourriture à la maison", a-t-il insisté.

Selon la Banque mondiale, 76 % des Malawites vivent en dessous du seuil de pauvreté de trois dollars par jour.

Mais pour certaines entreprises, ces difficultés constituent également une opportunité. Selon SGV Electric Mobility, une société basée au Malawi qui assemble et convertit des motos électriques, la demande a augmenté à mesure que le carburant devenait plus difficile à trouver.

Elle a calculé que l’électricité pour une moto qui roule beaucoup pouvait coûter moins de 750 kwachas (0,43 dollar ou 0,38 euro) par jour, contre jusqu’à 30.000 kwachas (17 dollars, 15 euros) pour le carburant classique.