Au Kirghizstan, des législatives anticipées sans partis ni réelle opposition information fournie par AFP 30/11/2025 à 10:37
Le Kirghizstan vote dimanche lors de législatives anticipées dans cette ex-république soviétique d'Asie centrale, dont la vie politique était la plus démocratique et turbulente de la région jusqu'à l'arrivée au pouvoir du président Sadyr Japarov qui a marginalisé ses opposants.
Les quelque 4,3 millions d'électeurs sont invités jusqu’à 14H00 GMT à choisir entre 467 candidats sans étiquette pour 90 places, dont au moins 30 réservées aux femmes.
Les résultats seront difficilement lisibles en l'absence de partis politiques lors de cette élection, dans la lignée des mesures prises par le dirigeant Sadyr Japarov pour renforcer le pouvoir exécutif au détriment du Parlement.
Longtemps considéré comme le pays le plus ouvert dans une région dominée par les régimes autoritaires, le Kirghizstan a connu trois révolutions depuis son indépendance de l'URSS en 1991 (2005, 2010, 2020), la dernière ayant porté au pouvoir le président Sadyr Japarov.
"Désormais, vous ne verrez des coups d'État que dans vos rêves", avait lancé début novembre M. Japarov, qui a aussi assuré "être certain de l'emporter avec 90% des voix" s'il se présentait à la présidentielle de 2027.
Sous M. Japarov, qui met en avant les progrès économiques, plusieurs ONG dénoncent une dégradation de la liberté d'expression et de la presse.
A quelques jours du scrutin, dix opposants ont été arrêtés, s'ajoutant à la longue liste de personnalités politiques ou journalistes accusés de tentatives de coups d'État.
Dimanche, le dirigeant s'est félicité de l'automatisation du vote. "Les trois coups d'État (...) étaient tous liés à des élections, présidentielles ou législatives. C'est pourquoi nous avons automatisé le processus autant que possible et cherché à éliminer au maximum le facteur humain", a déclaré M. Japarov.
- Disparition des partis -
Le pays compte officiellement 329 partis mais un seul - pro-Japarov - participe aux législatives, contre 16 en 2020, en raison d'une modification du système électoral voulue par le président, qui affaiblit leur rôle.
"Là où il n'y a pas de partis forts, où les électeurs votent en fonction de l'identité des candidats, cela ne conduit à aucun développement politique", estime auprès de l'AFP Emil Djouraïev, professeur à l'académie de l'OSCE à Bichkek, la capitale kirghize.
"Sans force ou mécanisme d'organisation systémique, comme celui que représente un parti politique", il est plus compliqué pour la société de "s'organiser", "débattre" et "mobiliser des citoyens autour de différentes visions pour le développement du pays", selon le politologue.
Dans le futur Parlement, "la domination idéologique de l'équipe présidentielle rend très improbable l'émergence de visions alternatives parmi les députés, et surtout leur organisation en groupes", estime M. Djouraïev.
"Cela conduit à un renforcement du pouvoir présidentiel au Kirghizstan. Car le Parlement, en tant que contrepoids, est réduit, sinon à néant, du moins à un rôle très limité", d'après l'expert.
- Population jeune et en Russie -
Environ deux tiers des quelque 7 millions de Kirghiz ont moins de 35 ans et n'ont pas connu l'Union soviétique, dont le Kirghizstan faisait partie.
Les liens avec l'ancienne puissance coloniale russe sont cependant toujours forts, malgré une nette affirmation de l'identité locale: le russe y est langue officielle et le Kirghizstan reste un proche allié du Kremlin.
Économiquement, les envois de fonds des centaines de milliers de Kirghiz travaillant en Russie représentent environ un quart du PIB, selon la Banque mondiale.
"Au Kirghizistan, à cause des bas salaires, tout le monde émigre. Les autorités devraient essayer de les augmenter. Il faudrait construire des usines pour créer des emplois et alors ce sera possible de travailler ici", a déclaré à l'AFP Daniel Medetbek Ououlu, étudiant de 20 ans.
Par ailleurs, a minima des dizaines de Kirghiz recrutés par Moscou pour combattre en Ukraine ont été tués sur le front, selon des médias locaux qui s'appuient sur des données en accès libre.