Au Kenya, 200 ans de prison pour le gourou d'une secte qui affamait ses fidèles information fournie par AFP 06/11/2026 à 14:34
Le gourou d'une secte évangélique apocalyptique, jugé coupable du meurtre de 190 enfants et d'un adulte après avoir encouragé ses disciples à mourir de faim pour "rencontrer Jésus", a été condamné vendredi à 200 ans de prison.
Des centaines de corps avaient été découverts en 2023 dans l'arrière-pays près des plages de Malindi, dans le sud.
Les médias ont rapidement appelé cette affaire le "massacre de la forêt de Shakahola", une des pires tragédies liées à des dérives sectaires qui a traumatisé le pays d'Afrique de l'Est.
Le mois dernier, le tribunal de la ville portuaire de Mombasa, au bord de l'océan Indien, a jugé le pasteur autoproclamé et ancien chauffeur de taxi Paul Mackenzie, ainsi que 28 complices, coupables des meurtres de 190 enfants et d'un adulte entre janvier 2021 et septembre 2023.
M. Mackenzie, portant un polo gris, est resté impassible au prononcé de sa sentence : 200 ans d'emprisonnement.
Sur les 28 coaccusés, 26 ont été condamnés à des peines comprises entre 100 et 160 années de prison et deux ont écopé de 10 ans d'emprisonnement.
L'avocat de la défense a indiqué que ses clients allaient faire appel.
Le parquet avait réclamé en début de semaine la peine capitale pour le gourou, une disposition inscrite dans la loi kényane, mais qui n'a plus été exécutée depuis 1987.
Selon les survivants, "à Shakahola, la mort était célébrée comme un mariage avec Jésus, les défunts étant considérés comme des héros de la foi", a détaillé la juge.
"Pour des individus qui perçoivent la mort comme une délivrance, une peine de mort pourrait ne pas être vécue comme une sanction, mais comme un triomphe et une forme de martyre".
M. Mackenzie, qui fait également face dans des affaires distinctes à des accusations d'"homicide involontaire" et de "terrorisme", avait "dirigé" la pratique de jeûnes selon une "hiérarchie de la mort", d'après les témoignages : les enfants d'abord, puis les adolescents, les femmes ensuite, et enfin les hommes.
"Rien ne peut apaiser la douleur", a estimé avant l'énoncé des peines Francis Wanje, un enseignant à la retraite de 62 ans qui a perdu deux petits-enfants dans la tragédie et espérait la condamnation à mort du gourou.
Un autre de ses petits-fils, 11 ans aujourd'hui, avait selon des documents judiciaires jeûné pendant huit jours avant d'être sauvé en mars 2023. Ses frères de 2 et 5 ans, avait-il expliqué, étaient morts après que leurs parents leur avaient interdit de boire et de manger, sur ordre du gourou.
Plus de 400 morts
Lors du procès, les témoins ont décrit un mouvement qui dénonçait l’enseignement formel comme "satanique", considérait la médecine moderne et les hôpitaux comme des instruments du diable, et exigeait de ses adeptes qu’ils se retirent du monde dans un ranch de 325 hectares de la forêt de Shakahola, une vaste zone de "bush" de la côte kényane.
Le gourou avait été arrêté en avril 2023, après que certains fidèles avaient été secourus lorsqu'un groupe de défense des droits humains avait alerté les autorités. L'opération policière avait mis au jour des fosses communes.
Une pause dans les fouilles avait dû être décrétée lorsque les morgues locales s'étaient retrouvées débordées par la quantité de corps retrouvés.
La Commission nationale kényane pour les droits humains a estimé en 2024 le bilan à 429 morts, dont certains n'ont toujours pas été identifiés. En janvier, M. Mackenzie a été à nouveau mis en accusation après la découverte de 52 autres corps dans un village voisin.
Le gourou avait établi "the Good News International Church" ("l'Église internationale de la bonne nouvelle") en 2003, ouvrant des antennes à Nairobi et le long de la côte kényane, qui ont attiré des milliers de disciples avant qu'il ne décrète leur fermeture en 2019.
Beaucoup de Kényans ont demandé des réglementations plus contraignantes, mais sans résultat, pour encadrer les organisations religieuses, notamment après qu’il est apparu que Paul Mackenzie avait été arrêté à deux reprises par le passé, puis relâché.