Au Japon, un village veut croire que l'avenir, c'est le Pérou
information fournie par AFP 22/10/2026 à 12:26

Le village de montagne de Nanmoku, au Japon, le 26 septembre 2026 ( AFP / Rie KIKUCHI )

Menacé de disparition, un village de montagne au Japon a récemment accueilli une délégation venue d'une région reculée du Pérou, avec l'espoir de revitaliser à long terme une communauté locale vieillissante.

Le maire de Belen, ville péruvienne sur les rives du fleuve Amazone, s'est rendu en septembre à Nanmoku, village de 1.300 habitants à plus de 150 km au nord de Tokyo, et a signé un accord de jumelage à l'issue d'une semaine d'observation et de rencontres.

Malgré la pluie, "j'ai tout aimé de cet endroit, dès mon arrivée", s'enthousiasme Wendy Sangama, étudiante de 19 ans, qui a accompagné l'élu péruvien à la découverte de ce village enclavé entre deux montagnes boisées, et qui s'étire en une rue principale bordée de maisons et de commerces, certains abandonnés.

"C'est une localité où je me verrais bien m'installer", dit-elle à l'AFP, bien que ce soit l'un des villages les plus âgés du Japon, avec 70 % d'habitants de plus de 65 ans, et décrit comme "le plus menacé de disparition" dans un rapport de 2014.

Le maire de Nanmoku Saijo Hasegawa (c) aux côtés de la maire de Belen, un quartier d'Iquitos, au Pérou, Lina Arista Lopez (2e à d) et des habitantes de Belen Wendy Sangama (2e à g) et Ketsi Yahuarcani (d), à Nanmoku, au Japon, le 26 septembre 2026 ( AFP / Rie KIKUCHI )

Si le Pérou compte une importante communauté de "Nikkei" -appellation des migrants japonais et leurs descendants, dont la présidente Keiko Fujimori et son père Alberto (1990-2000)- le maire de Nanmoku, Saijo Hasegawa, explique que le jumelage est surtout le fruit d'une rencontre fortuite avec un homme d'affaires nippo-péruvien.

Après des initiatives infructueuses pour convaincre de jeunes Japonais de venir s'installer là, le village avait besoin "d'élargir son horizon et d'attirer davantage de résidents, y compris des étrangers", affirme-t-il à l'AFP. "Sans eux, nous pourrions arriver à une situation où même les transports publics cesseraient de fonctionner."

Au Japon, malgré le vieillissement rapide de sa population et ses pénuries de main-d'œuvre, la défiance envers l'immigration se renforce, poussant la Première ministre, Sanae Takaichi, à durcir la réglementation concernant les ressortissants étrangers.

Le "défi" de l'éloignement

"Environ 60 habitants meurent chaque année ici contre seulement deux ou trois naissances", comptabilise le maire.

Belen, quartier défavorisé d'Iquito, dans le nord du Pérou, le 22 septembre 2026 ( AFP / Junior RABORG )

Belen, en revanche, est jeune. Ce quartier défavorisé d'Iquitos, isolé dans le nord-est de l'Amazonie péruvienne, affiche un âge moyen d'environ 27 ans.

Avec plus de 60.000 habitants, la "Venise de l'Amérique latine", accessible uniquement par bateau ou avion, est parsemée de maisons en bois, bâties sur pilotis pour résister aux inondations saisonnières, et vit principalement de la culture du manioc, du riz et du maïs.

"Je pense que les jeunes sont plus enthousiastes à l'idée de s'installer dans d'autres villes, en raison de la situation économique ici (...) La réalité est très dure à Belen", explique à l'AFP la maire, Lina Arista Lopez.

Ketsi Yahuarcani (g) et Wendy Sangama près de chez elle dans le quartier de Belen, à Iquitos, au Pérou, le 22 septembre 2026 ( AFP / Junior RABORG )

Ketsi Yahuarcani, étudiante de 23 ans, se réjouit aussi de cette visite "incroyable" au Japon. "Si j'avais la possibilité de m'installer ici, je le ferais", lance-t-elle à son tour.

Tout en concédant que l'éloignement serait "certainement un défi", Wendy Sangama confirme que venir vivre dans l'archipel pourrait être "la meilleure option" pour construire un avenir et soutenir les familles restées au pays.

Tandis que les municipalités voisines de Nanmoku, comme beaucoup d'autres au Japon, ont accepté des travailleurs étrangers, en particulier des aidants, via des programmes de courte durée pour travailleurs qualifiés et stagiaires, le maire de Nanmoku a une vision différente, en dépit de l'inconnu que représente l'obtention de titres de séjour.

"Horizons différents"

"La démarche qui consiste juste à faire venir des travailleurs via une agence, sous prétexte que nous manquons de personnel, ne convient pas à notre village", explique-t-il, souhaitant des résidents à long terme.

Yuki Wanibuchi, un Japonais de 34 ans arrivé il y a plusieurs années en provenance de Kyoto, prévient toutefois que les nouveaux venus devront surmonter des obstacles, dont la barrière de la langue.

"On ne peut pas vivre ici sans voiture, et obtenir un permis de conduire exige des compétences en japonais, explique-t-il. Mais, je trouve que c'est intéressant que des gens d'horizons différents viennent vivre ici."

Hiroshi Ihara, âgé de 87 ans et dont les trois enfants sont partis dans de plus grandes villes, a été témoin du vieillissement de Nanmoku.

"J'aimerais que davantage de jeunes viennent vivre au village, dit-il à l'AFP. La population japonaise diminue. Je pense que le mieux serait que des gens venus de l'étranger puissent venir ici et faire ce qu'ils peuvent pour nous soutenir."