Au "Davos russe", deux visions s'affrontent sur la guerre et la paix information fournie par Reuters 04/06/2026 à 17:58
par Guy Faulconbridge et Vladimir Soldatkin
Il y a d'un côté ceux qui prônent la poursuite de la guerre en Ukraine et exhortent le Kremlin à se préparer à une longue confrontation avec l'Occident. De l'autre ceux qui soulignent les bénéfices que la paix pourrait apporter à l'économie.
Cher au coeur du président Vladimir Poutine, le forum économique de Saint-Pétersbourg, surnommé le "Davos russe", qui a ouvert ses portes mercredi dans un ciel noirci par les colonnes de fumée provoquées par une attaque de drones ukrainiens contre une base navale et une raffinerie situées à proximité, reflète le débat sur l'avenir du pays qui agite en coulisses les élites politiques et économiques.
Plus de quatre ans après le début de l'invasion à grande échelle de l'Ukraine par les forces russes, le chef du cabinet adjoint de la présidence Maxime Orechkine a affirmé devant la conférence qu'il serait vain d'espérer un retour au statu quo ante comme une levée des sanctions occidentales contre Moscou.
"Il ne faut pas s'attendre à ce que les choses changent, que quelque chose revienne. Cela ne reviendra pas et rien ne changera", a déclaré le conseiller économique du président.
Les signes d'essoufflement de l'économie russe incitent certains membres de l'élite à plaider en faveur de la conclusion d'un accord de paix grâce à la médiation des Etats-Unis.
"La question est la suivante : cette guerre va-t-elle prendre fin ou devons-nous faire face à un avenir beaucoup plus difficile ?" interroge un participant, qui souhaite rester anonyme en raison de la sensibilité du sujet.
LA GUERRE COMME HORIZON ?
Les nationalistes voient quant à eux dans l'"opération spéciale" en Ukraine la première phase d'une confrontation globale avec ce qu'ils considèrent comme un Occident en déclin.
"Il faut comprendre que nous serons en guerre dans les prochaines années, voire pendant une vingtaine d'années (...) et nous devons apprendre à vivre avec cette guerre", a assuré, sous les applaudissements d'une salle comble, l'ancien espion Andreï Bezroukov, arrêté par le FBI en 2010 alors qu'il vivait sous une fausse identité aux Etats-Unis.
La Russie, affirment les nationalistes, doit se ressaisir sous peine de risquer l'effondrement et la destruction, en améliorant ses prises de décisions, en développant des innovations technologiques ou en modifiant la perception de l'armée au sein de la société.
Dans les pavillons du SPIEF (Forum économique international de Saint-Pétersbourg), autrefois fréquentés par des financiers occidentaux, on trouve des drones et des armes ou des entreprises de cybersécurité faisant la promotion d'outils de reconnaissance faciale et de programmes de cyberdéfense utilisant l'intelligence artificielle.
L'idéologue ultranationaliste Alexandre Douguine, dont la fille Daria a été tuée en 2022 dans un attentat à la voiture piégée que Moscou a attribué à l'Ukraine, a déclaré que la guerre en Ukraine se terminera par une victoire de la Russie ou "ne se terminera jamais".
"Nous devons rassembler toutes nos forces, toute notre volonté et cesser de prétendre que nous sommes un pays paisible qui se rassemble pour des barbecues et part en vacances l'été", a-t-il dit. La Russie n'attaquera pas l'Occident, a ajouté Alexandre Douguine. Mais, interrogé sur les relations à venir entre l'Ouest et Moscou, il n'a eu qu'un mot : "La guerre".
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Sophie Louet)