Au Bangladesh, coup d'envoi de la campagne pour les législatives de février
information fournie par AFP 22/01/2026 à 13:24

Le président du Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), Tarique Rahman, salue ses soutiens depuis un véhicule avant le marathon électoral, à Sylhet, le 21 janvier 2026 ( AFP / Munir UZ ZAMAN )

Les principaux partis politiques du Bangladesh ont donné jeudi le coup d'envoi de leur campagne pour les législatives du 12 février et déroulé leurs premières promesses, un an et demi après les émeutes meurtrières ayant précipité la chute de l'ex-Première ministre Sheikh Hasina.

Dans vingt jours, plus de 127 millions d'électeurs - sur une population de 170 millions - seront appelés à pourvoir les 350 sièges de la chambre unique du Parlement.

Le scrutin s'annonce aussi incertain que tendu, dans un pays à très forte majorité musulmane où les rivalités politiques et communautaires se sont nourries d'incessantes violences depuis la "révolution" de l'été 2024.

Le parti de Mme Hasina, la Ligue Awami, mis hors-la-loi, ses deux principaux adversaires historiques, le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP) et le mouvement islamiste du Jaamat-e-Islami, font figures de favoris.

Promu à la tête du BNP après le décès en décembre de sa mère l'ex-Première ministre Khaleda Zia, Tarique Rahman a dévoilé ses premiers engagements dans le district de Sylhet (nord-est).

"Nous allons créer des millions d'emplois pour les jeunes", a-t-il promis devant une foule de partisans coiffés de la casquette jaune aux couleurs du parti, "nous allons rendre (les femmes) indépendantes sur le plan économique".

Des milliers de personnes étaient réunies pour écouter le candidat, de retour au Bangladesh le mois dernier après dix-sept ans d'exil volontaire au Royaume-Uni.

- Bangladesh "équitable" -

"Il porte l'héritage de ses parents", a déclaré à l'AFP un inconditionel du BNP, Harun Ur Rashid. "Ceux qui se présentent contre le BNP étaient opposés à la création de cette nation. Les gens ne voteront pas pour eux".

La foule était aussi dense dans la capitale Dacca pour la première réunion publique du Jaamat-e-Islami.

Proche des Frères musulmans, le principal parti islamiste du pays, interdit sous l'ère Hasina, a été autorisé à faire son grand retour sur la scène politique par le gouvernement provisoire du prix Nobel de la paix Muhammad Yunus.

Ces derniers mois, il s'est signalé par plusieurs grands rassemblements de masse et en faisant campagne contre les activités, notamment culturelles, qu'il juge "antimusulmanes".

"Nous voulons bâtir un Bangladesh où les gens seront traités de façon équitable quelles que soient leurs races, leurs religions ou leurs communautés", a assuré jeudi le chef du Jaamat, Shafiqur Rahman, en s'engageant par ailleurs à éradiquer la corruption.

"C'est la première fois depuis des décennies que ma famille et moi prenons part à une campagnons électorale", s'est réjoui, enthousiaste, Kakoli Akter, 36 ans. "Nous voterons pour le Jaamat pour vivre dans une société en paix".

A quelques kilomètres de là, le principal allié des islamistes dans la course électorale, le nouveau Parti national des citoyens (NCP) fondé par des chefs de file de la contestation étudiante de 2024, a lui aussi réuni ses troupes.

- "Coalition" -

"Pour incarner les aspirations de juillet (2024) et poursuivre le chemin des réformes, il n'y a pas d'autre choix possible que la coalition" du Jaamat, a affirmé de sa tribune le fondateur du NCP, Nahid Islam.

En exil en Inde, Sheikh Hasina, surnommée la "bégum de fer", a été condamnée par contumace en novembre pour avoir ordonné à la police de tirer sur les manifestants en 2024, ce qu'elle a toujours catégoriquement démenti.

Selon l'ONU, ces émeutes ont fait au moins 1.400 morts, pour l'essentiel des civils.

La Ligue Awami avait largement remporté les dernières législatives en janvier 2024, en raflant 222 sièges, mais sa victoire avait alors été dénoncée comme frauduleuse.

La mobilisation et l'attitude de ses partisans constituent l'une des grandes inconnues du vote du 12 février.

Le même jour, les Bangladais sont appelés à se prononcer par référendum sur une charte de réformes promues par Muhammad Yunus pour, selon lui, empêcher le retour de tout régime autocratique dans le pays.

Adoptée en octobre après d'âpres tractations, ce document limite notamment à deux le nombre de mandats du Premier ministre, renforce les pouvoirs du président et réaffirme le caractère multiethnique et multireligieux du pays.