Attaque à grande échelle d'Israël au Liban, au moins 254 morts information fournie par Reuters 08/04/2026 à 19:14
(Actualisé avec nouveau bilan et communiqué du Hezbollah)
par Nazih Osseiran, Alexander Dziadosz et Alexander Cornwell
Israël a mené mercredi son attaque la plus importante contre le Hezbollah libanais depuis le début de la guerre en Iran, faisant au moins 254 morts et plusieurs centaines de blessés à travers le Liban, selon un nouveau bilan de la Défense civile libanaise.
Des journalistes de Reuters présents à Beyrouth ont vu des blessés être transportés à l'hôpital sur des motos, les ambulances manquant.
L'armée israélienne a dit avoir frappé "100 sites et infrastructures du Hezbollah en 10 minutes" et des frappes ont également visé le sud du Liban et la plaine de la Bekaa, dans l'ouest du pays, selon les médias libanais.
Le chef du syndicat des médecins libanais, Elias Chela, a appelé "tous les médecins quelle que soit leur spécialité" à se rendre dans les hôpitaux pour y apporter leur aide. L'un des plus grands hôpitaux de Beyrouth a dit avoir besoin de dons de sang.
Le Pakistan, qui a joué le rôle d'intermédiaire entre Washington et Téhéran pour la conclusion d'un fragile cessez-le-feu de deux semaines, assure que l'accord s'applique "partout" dans la région, y compris au Liban. Israël contredit ces déclarations.
La porte-parole de la Maison blanche, Karoline Leavitt, a également affirmé que le Liban n'était pas concerné, selon le site d'information Axios.
Dans un communiqué, le Hezbollah a accusé Israël d'avoir commis "une série de massacres contre des civils innocents", estimant que les attaques confirmaient son "droit naturel et légal de résister à l'occupation et à répondre à son agression".
Les Gardiens de la révolution iranienne ont prévenu les Etats-Unis et Israël qu'ils riposteraient d'une manière qui "donnerait des regrets" si les attaques contre le Liban ne cessaient pas.
L'agence de presse libanaise NNA a rapporté qu'une nouvelle frappe avait visé le centre de la capitale en début de soirée.
A la suite du cessez-le-feu annoncé par le président américain Donald Trump, le Hezbollah a cessé ses attaques contre des cibles israéliennes tôt mercredi matin, ont dit à Reuters trois sources proches du mouvement.
"Le Hezbollah a été informé qu'il était concerné par le cessez-le-feu – nous l'avons donc respecté. Mais Israël, comme d'habitude, l'a violé et a commis des massacres dans tout le Liban", a dit à Reuters Ibrahim Moussaouii, député du Hezbollah.
Hassan Fadlallah, un autre élu du Hezbollah, a dit à Reuters que les frappes israéliennes représentaient "une grave violation du cessez-le-feu" et que, si elles se poursuivaient, cela aurait des "répercussions sur l'accord dans son ensemble".
Le président libanais Joseph Aoun a salué la trêve annoncée et déclaré que son gouvernement poursuivrait ses efforts pour garantir que le Liban s'intègre dans une paix régionale durable.
La plupart des frappes de mercredi ont été menées dans des zones où résident des civils, a dit Tsahal. Quelques heures avant l'attaque, l'armée avait émis des alertes concernant certaines zones du sud de Beyrouth et du sud du Liban. Aucune alerte n'a toutefois été émise pour le centre de Beyrouth, également visé.
Le porte-parole de l'armée israélienne Avichay Adraee a affirmé après les frappes que le Hezbollah s'était déplacé de son fief du sud de Beyrouth pour s'installer dans des quartiers de la ville où cohabitent différentes confessions, notamment dans le nord de la capitale.
S'adressant au Hezbollah, il a prévenu que l'armée israélienne les poursuivrait "avec la plus grande force où que vous soyez".
"LE LIBAN N'EN PEUT PLUS"
Plus de 1.500 personnes ont été tuées dans des frappes israéliennes depuis la reprise des hostilités le 2 mars, dont plus de 130 enfants et plus de 100 femmes.
Depuis lors Israël a émis des ordres d'évacuation concernant environ 15% du territoire libanais, principalement dans le Sud et dans la banlieue sud de Beyrouth. Plus de 1,2 million de personnes ont été déplacées, selon les autorités libanaises.
L'Etat hébreu a aussi annoncé sa volonté de contrôler une "zone de sécurité" dans le sud du Liban jusqu'au fleuve Litani.
"Espérons qu'un cessez-le-feu sera conclu", a déclaré Ahmed Harm, un homme de 54 ans qui a dû quitter la banlieue sud de Beyrouth. "Le Liban n'en peut plus. Le pays s'effondre économiquement, et tout s'effondre."
Devant une école abritant des déplacés à Saïda, dans le sud du Liban, des oreillers et des couvertures étaient empilées dans des voitures, alors que des familles entretenaient l'espoir de bientôt rentrer chez elles.
"Nous attendons seulement une décision officielle pour rentrer chez nous", dit Samar al Saibany, qui a quitté un village du sud du pays.
Le maire de Saïda a déclaré que mardi soir plus de 28.000 personnes étaient réfugiées dans région. Il a mis en garde les habitants contre les risques que posaient un retour chez eux avant que les autorités de donnent leur feu vert.
"Dans le Sud, si on donne à quelqu'un un signe qu'il le peut, il rentrera", a-t-il dit.
(Avec la rédaction de Beyrouth; version française Camille Raynaud, édité par Sophie Louet)