Assassinat du professeur Dominique Bernard : un procès aux assises ordonné pour l'assaillant
information fournie par AFP 04/11/2026 à 16:44

Un portrait du professeur Dominique Bernard, sur la façade de la mairie d'Arras, le 19 octobre 2023 dans le Pas-de-Calais ( AFP / FRANCOIS LO PRESTI )

Des juges ont ordonné mercredi le renvoi devant la cour d'assises spéciale de l'assassin présumé du professeur de français Dominique Bernard, son ancien élève Mohammed Mogouchkov, trois ans après cette attaque jihadiste à Arras (Pas-de-Calais) qui avait aussi fait trois blessés.

Sollicité, le parquet national antiterroriste (Pnat) a confirmé à l'AFP la teneur de l'ordonnance de mise en accusation, dont le non-lieu prononcé pour le jeune frère de l'assaillant et son cousin, qui étaient également poursuivis. Le ministère public a indiqué faire appel.

Le 13 octobre 2023, Mohammed Mogouchkov, 20 ans, fiché pour radicalisation islamiste et armé de couteaux, avait attaqué son ancien professeur, 57 ans, à la sortie de la cité scolaire Gambetta-Carnot à Arras. L'assaillant avait revendiqué son geste dans une vidéo au nom du groupe jihadiste État islamique.

Pour les juges d'instruction, l'attentat résulte "d'une minutieuse préparation", notamment "par des repérages des lieux et l'achat de couteaux", d'après leur ordonnance dont l'AFP a eu connaissance. L'assaillant a voulu "manifester sa haine du mode de vie occidental en général et de l'école en particulier", estiment les magistrats.

L'attentat d'Arras a profondément bouleversé l'opinion publique, trois ans après l'attaque jihadiste ayant coûté la vie au professeur d'histoire Samuel Paty, dans les Yvelines, le 16 octobre 2020.

Contacté, l'avocat de la veuve de Dominique Bernard n'a pas souhaité s'exprimer dans l'immédiat. Dans un entretien accordé en juin à l'AFP, Me Richard Malka avait prédit que ce procès serait "extrêmement important" pour l'appréhension du jihadisme, car Mohammed Mogouchkov a livré, au cours des investigations, une autoréflexion sur son "chemin de fanatisation".

"La défense abordera cette audience avec gravité et dans le respect dû à chacune des parties", ont assuré à l'AFP les avocats de l'accusé, Verlaine Etame Sone et Moad Nefati. "Elle s'attachera à présenter à la juridiction les circonstances, le contexte et les éléments propres à éclairer la compréhension des faits reprochés à notre client".

"Kif de l'école"

D'après des interrogatoires dont l'AFP a eu connaissance, le suspect a affirmé, fin 2023, s'en être pris à son ex-professeur de français pour les valeurs républicaines qu'il incarnait. "C'est l'une des matières où on transmet la passion, l'amour, l'attachement du système en général de la République, de la démocratie, des droits de l'Homme", avait-il énuméré.

En janvier 2026, il avait aussi déclaré avoir agi à Arras, de taille moyenne, pour que "n'importe quelle ville" se sente "menacée".

Pourtant, le jeune homme, originaire de la république russe à majorité musulmane d'Ingouchie, se souvient avoir "eu le kif de l'école, d'être intégré" en France après son arrivée en 2008. Il parle d'une "insertion par la langue", du "plaisir" de "lever la main et savoir la réponse".

Au collège, il aime "la fiction Marvel, les copains, la mixité"...

Mais en grandissant, il a envie "de cracher sa haine" contre une République et "des lois qui empêchent notre culte" musulman.

À la juge, il racontera avoir été marqué par l'expulsion de son père, fiché S, en 2018. Puis par l'interpellation de son frère soupçonné d'être impliqué, en 2019, dans un projet d'attentat aux abords de l'Élysée - son aîné sera condamné.

"Immense soulagement"

Son frère, 16 ans au moment des faits, et son cousin, 15 ans, échappent à un procès.

Aux yeux des juges, ce frère, qui était poursuivi pour "complicité", est davantage fasciné par la violence que par l'idéologie jihadiste, et sa "révélation spontanée" d'un échange sur les couteaux avec Mohammed est "peu compatible" avec un projet criminel "partagé".

"Cette décision est un immense soulagement", ont réagi ses conseils, Ambroise Vienet-Legué et Margaux van der Have. "Il a passé deux ans et demi en détention provisoire, à l'isolement, dans des conditions qu'aucun autre mineur n'a jamais connues en France".

Le cousin était mis en cause pour "abstention volontaire d'empêcher un crime". Or ce cousin a assuré qu'il ne soupçonnait pas cet attentat, mais une volonté de jihad à l'étranger de Mohammed Mogouchkov. "Mon client et sa famille ont été profondément atteints par cette procédure", a commenté son conseil, Seydi Ba.