Argentine: les députés adoptent la réforme du travail de Milei après 24H de grève générale
information fournie par AFP 20/02/2026 à 05:29

Un écran montre le résultat du vote sur la loi de réforme du travail à la chambre basse du parlement argentin, le 20 février 2026 ( AFP / Tomas CUESTA )

Les députés argentins ont adopté dans la nuit de jeudi à vendredi la loi sur la réforme de la législation du travail voulue par le président ultralibéral Javier Milei, après une journée de grève générale, ponctuée d'incidents, qui a mis le pays à l'arrêt.

Amendée par la chambre basse, qui l'a adoptée par 135 voix contre 115 après presque 11 heures de débats, la loi dite de "modernisation du travail" doit désormais retourner au Sénat pour approbation définitive, étape que le gouvernement espère franchir la semaine prochaine.

Le président Milei s'est félicité sur X du résultat du vote des députés, affirmant que la réforme "est destinée à en finir avec plus de 70 ans de retard dans les relations du travail des Argentins".

Jeudi, l'Argentine a été paralysée par la quatrième grève générale en un peu plus de deux ans de mandat de M. Milei. Comme la semaine dernière, une manifestation largement pacifique a rassemblé plusieurs milliers de personnes aux abords du Parlement, avant de dégénérer en accrochages entre quelques dizaines de personnes et la police.

Bouteilles et pierres ont volé en direction des forces de l'ordre, qui de leur côté ont fait usage de lacrymogènes, canons à eau et balles en caoutchouc, avant finalement d'avancer en force pour dégager la place, a constaté l'AFP. Une dizaine de personnes ont été interpellées.

- Suivi "très important" -

La grève de 24 heures a eu un suivi "très important", a affirmé Jorge Sola, codirigeant de la CGT (pro-péroniste, centre-gauche), principale centrale, revendiquant une activité arrêtée "à 90%".

Manifestation contre la réforme du travail à Buenos Aires, le 19 février 2026 ( AFP / Tomas CUESTA )

Le mouvement a été largement suivi dans les transports aériens et ferroviaires, ainsi que par les bus. A Buenos Aires, les aéroports et les gares étaient vides, a constaté l'AFP. Aerolineas Argentinas avait annoncé plus de 250 vols annulés.

La capitale a offert un visage contrasté: trafic de voitures plus dense qu'a l'accoutumée mais des arrêts de bus, d'habitude bondés, vidés. Et une grande majorité de commerces ouverts, bien que certains privés d'employés, retenus faute de transport.

"Je vais travailler parce que j'ai peur de perdre mon emploi, mais je n'arrive pas à me déplacer, je vais devoir y aller à pied", se résignait jeudi matin Nora Benitez, infirmière de 46 ans, à cinq kilomètres de son lieu de travail.

Dans l'air flottaient des relents d'ordures amoncelées dans la chaleur de l'été austral, faute de ramassage depuis 24h.

Des trains stationnés à la gare de Constitucion, fermée en raison d'une grève générale de 24 heures lancée par les syndicats contre la réforme du travail du président Javier Milei à Buenos Aires, le 19 février 2026 en Argentine ( AFP / Luis ROBAYO )

Le chef de cabinet des ministres (sorte de Premier ministre) Manuel Adorni a fustigé une grève "perverse", une "extorsion", car "pour autant que les gens aient envie de travailler, si on leur coupe le transport, ils ne peuvent pas".

La grève illustre un regain de tension sociale, quatre mois après le succès de Javier Milei aux législatives de mi-mandat.

Projet-clé de la seconde moitié du mandat de M. Milei, la réforme facilite les licenciements, réduit le barème d'indemnités, rend possible l'extension de la journée de travail jusqu'à 12 heures, étend les services dits "essentiels" en cas de grève et autorise le fractionnement des congés.

- Milei confiant et au loin -

Pour l'exécutif, ce texte va permettre de doper l'embauche dans une économie qui compte plus de 40% d'emploi informel. Notamment en freinant ce que le gouvernement dénonce comme "l'industrie des procès", une judiciarisation à outrance du monde du travail.

"Pas une modernisation, une précarisation", rétorque la CGT, qui dénonce un texte "régressif et anticonstitutionnel".

Un manifestant renvoie une grenade lacrymogène tirée par la police lors d'une manifestation devant le bâtiment du Parlement, où la réforme du travail du président argentin Javier Milei est examinée, à Buenos Aires, le 19 février 2026 ( AFP / Luis ROBAYO )

M. Milei compte boucler sa réforme totem d'ici le 1er mars, pour son discours annuel au Parlement.

En attendant, loin de la grève et des tensions, il assistait jeudi à Washington au "Conseil de paix" de son allié Donald Trump.

Au pouvoir depuis décembre 2023, il a enregistré un succès macro-économique majeur face à l'inflation, ramenée de plus de 150% à 32% en interannuel. Mais aux prix d'une austérité budgétaire et de coupes dans l'emploi public qui ont anémié consommation et activité. En deux ans, près de 300.000 emplois ont été perdus, public et privé confondus.