Après une nuit "calme", Lecornu annonce de nouveaux couvre-feux pour mardi soir information fournie par AFP 20/10/2026 à 10:14
Le Premier ministre Sébastien Lecornu a estimé mardi que les couvre-feux, décidés la veille dans plusieurs villes après les scènes de violence du week-end, avaient contribué au "calme" et seraient reconduits "là où la situation le nécessite" pour une deuxième nuit.
"Les couvre-feux ciblés ont contribué au calme de cette nuit", s'est satisfait le locataire de Matignon mardi matin sur X.
Ils avaient débuté lundi entre 20 heures et 22 heures dans certaines portions de Paris, Lyon, Bordeaux, Lille ou encore Nice. Uniquement pour les mineurs dans ces trois dernières villes.
La police et la gendarmerie ont confirmé que la nuit s'était bien passée sur l'ensemble de la France.
Le Premier ministre a affirmé que "de nouveaux couvre-feux seront décidés là où la situation le nécessite" mardi soir, par les préfets et les maires.
Si certaines interdictions ne s'appliquaient pour l'instant qu'à la nuit de lundi à mardi, comme à Paris, d'autres, notamment à Bordeaux et Nice, devaient durer plusieurs jours.
Sous très forte pression, après les violences et pillages en marge des manifestations samedi contre "la vie chère", le gouvernement prévoit une nouvelle série de réunions d'urgence mardi.
A commencer par une rencontre avec les représentants des "principales plateformes de réseaux sociaux" alors que certains leur reprochent d'avoir contribué à attiser les débordements.
Bercy accueillera de son côté un "conseil des entreprises exceptionnel", en présence des ministres Roland Lescure (Économie), Jean-Pierre Farandou, Serge Papin et David Amiel (Comptes publics). M. Lescure a promis des "mesures de soutien aux commerçants et artisans directement impactés".
"Au moins 3.000 commerces" ont été touchés par des dégradations ou des pillages, selon Serge Papin, poussant le gouvernement à mettre en place des mesures de chômage partiel dès mardi ainsi qu'un "fonds de soutien spécifique".
Le président du Medef Patrick Martin a accusé mardi l'État d'avoir "été défaillant".
123 personnes incarcérées
Le gouvernement, critiqué de toutes parts, montre les muscles, d'autant que de nouveaux appels à manifester ont été lancés.
Le ministre de la Justice Gérald Darmanin a annoncé mardi que 123 personnes avaient déjà été incarcérées depuis le début des violences. Il a indiqué avoir demandé aux parquets de "passer en qualification de criminalité organisée", qui permettra d'augmenter la durée des gardes à vue à 72 heures.
Concernant l'incendie de la mairie de Limoges samedi, la Sous-direction anti-terroriste (SDAT) a été saisie, a indiqué à l'AFP une source proche du dossier. Sébastien Lecornu se rendra d'ailleurs dans cette ville vendredi, d'après Matignon.
Le ministre de la Ville, Vincent Jeanbrun, a lui annoncé lundi "une circulaire" afin que "les délinquants se voient retirer de leurs prestations sociales l'équivalent des sommes issues de leurs trafics ou recels".
Si la droite reproche au gouvernement d'avoir manqué de fermeté face aux débordements, la gauche l'accuse d'avoir aggravé la situation en n'écoutant pas les revendications des manifestants.
"Des mesures liberticides ont été prises comme seule réponse aux revendications légitimes des lycéens" et le gouvernement "a choisi la stratégie du pourrissement", a regretté mardi Mathilde Panot, cheffe de file des députés La France insoumise.
Certains manifestants ont été grièvement blessés. À Mulhouse, une jeune femme de 17 ans a perdu un œil. À Saint-Étienne, un jeune homme du même âge a eu la main arrachée par une grenade. Son avocat a annoncé lundi le dépôt d'une plainte contre l'auteur du tir et contre Laurent Nuñez.
L'exécutif, lui, pointe la responsabilité de LFI et de "l'ultragauche".
Les Insoumis ont annoncé mardi vouloir poursuivre le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez devant la Cour de justice de la République suite à la publication d'un article de Mediapart selon lequel le gouvernement aurait demandé aux services de renseignement de mettre en cause LFI dans les violences du week-end.
Laurent Nuñez a fait son mea-culpa en reconnaissant une "perte de contrôle" dans certaines villes et proposé sa démission dimanche, démission qu'Emmanuel Macron a refusée.
"Protéger" le droit à manifester
Dans ce contexte extrêmement tendu, Sébastien Lecornu a convié les partis politiques à Matignon jeudi.
Mais Jordan Bardella, président du RN, a déjà fait savoir que Marine Le Pen et lui se feraient représenter. Mathilde Panot a elle dit sur LCI ne pas savoir si LFI y participerait.
Le Premier ministre recevra aussi les syndicats mercredi, dont certains ont également critiqué le gouvernement. La secrétaire générale de la CFDT, Marylise Léon, a appelé l'Etat à de "vraies réponses sociales".
La crise française n'est pas passée inaperçue à l'étranger: le président américain Donald Trump a écrit que "la France brûle", tandis que Pékin a appelé ses ressortissants en France à "renforcer leur vigilance".
L'UE a dénoncé les pillages et incendies tout en appelant la France à "protéger" le droit à manifester pacifiquement.