Après le Covid, un secteur aérien européen métamorphosé
information fournie par Boursorama avec AFP 05/02/2026 à 15:23

L'aéroport de Berlin. (illustration) ( AFP / ODD ANDERSEN )

L'Europe du Sud, la Turquie et les "low-cost" en forme, des liaisons intérieures et des compagnies traditionnelles en difficulté: le transport aérien européen a recouvré la santé après le Covid-19, mais la reprise a fait des gagnants et des perdants.

De loin, tous les indicateurs économiques semblent au vert: le Vieux Continent a vu ses aéroports battre des records de fréquentation l'année dernière, a annoncé jeudi leur principale association, ACI Europe, confirmant une fin de convalescence après la pandémie qui avait amputé le trafic des deux tiers en 2020.

Selon Eurocontrol, organisme paneuropéen de surveillance du trafic aérien, sa zone de couverture a géré en 2025 11,1 millions de vols, une hausse de 4% sur un an qui lui a permis de dépasser le volume de 2019.

L'Europe, qui représente plus du quart du trafic aérien mondial en passagers-kilomètres payants, indice de référence du secteur, devrait être la zone la plus rentable pour les compagnies aériennes en 2026, avec 14 milliards de dollars de bénéfices nets cumulés, a prévu l'Association internationale du transport aérien (Iata).

Le taux de remplissage moyen très élevé des appareils en Europe l'année dernière, à 84,7% selon l'Iata, explique à la fois la rentabilité des compagnies et le fait que le nombre de voyageurs a crû plus vite que celui des mouvements d'avions.

- Compagnies disparues -

Mais la crise a aussi altéré le paysage aérien européen en déplaçant son centre de gravité vers le sud et l'est. Certaines compagnies déjà fragiles et moins soutenues par les Etats n'ont pas résisté, comme l'Italienne Alitalia ou la Tchèque CSA, tandis que d'autres ont rejoint de grands groupes, telle la Scandinave SAS (Air France-KLM) avant bientôt la Portugaise TAP en train d'être privatisée.

En Europe du Nord, "la plupart des pays n'ont pas retrouvé leurs niveaux d'avant la pandémie", a signalé Eurocontrol, en citant le cas de l'Allemagne (-13% pour les vols aux départs et arrivées), des Pays-Bas et du Royaume-Uni (-4% tous les deux). La France a quant à elle évolué à deux points sous les niveaux des mouvements de vol de 2019.

Plus spectaculaire, la fréquentation des lignes intérieures en Allemagne et en France a sombré respectivement de 48% et 27% dans le même temps, selon ACI Europe.

Le secteur attribue ce phénomène à la concurrence du train et des visioconférences sur fond d'attention aux émissions de CO2, mais aussi à une fiscalité alourdie sur les billets d'avion.

Air France a tiré les conséquences d'un réseau intérieur en perte de vitesse, abandonnant sa base de Paris-Orly le mois prochain pour laisser la place à sa low-cost Transavia, en plein développement. Selon la Direction générale de l'aviation civile française, les aéroports de Toulouse et Bordeaux ont perdu plus d'un cinquième de leurs clients depuis 2019.

Les pays du Sud, comme la Grèce (+23% de vols en six ans), la Turquie (+20%), l'Espagne (+13%) ou l'Italie (+10%) ont en revanche été dopés par leur attractivité touristique.

- Correspondances vers la Russie -

Le directeur général d'ACI Europe, Olivier Jankovec, a pointé jeudi "la montée de la consommation d'expériences, par opposition à la consommation matérielle".

Effet induit du succès de ces destinations ensoleillées, les compagnies à bas coût spécialisées dans leur desserte affichent un fort dynamisme. Selon Eurocontrol, elles ont même dépassé pour la première fois en 2025 le volume des vols des transporteurs classiques.

Illustration en France: l'aéroport de Beauvais, base de la première compagnie aérienne européenne, la low-cost Ryanair, a accueilli l'année dernière deux tiers de passagers de plus qu'en 2019.

Un autre acteur a émergé ces dernières années, la Turquie, avec ses ambitieuses compagnies Turkish Airlines et low-cost Pegasus, ainsi qu'un atout-maître, l'aéroport géant d'Istanbul (IGA) inauguré fin 2018. Ce dernier est déjà le premier du Vieux Continent en nombre de vols et talonne Londres-Heathrow en volume de passagers, selon ACI Europe.

Au grand dam des compagnies aériennes européennes classiques qui dénoncent une concurrence déséquilibrée, en particulier en matière de contraintes réglementaires, IGA capitalise sur sa position stratégique entre l'Europe et l'Asie, mais aussi sur son rôle de plateforme de correspondance vers la Russie sous sanctions occidentales.