Après la sécheresse, l'unique sucrerie d'Alsace tourne au ralenti
information fournie par AFP 06/11/2026 à 10:32

Des betteraves sont transférées dans un camion pour être amenées à la sucrerie Cristal Union d'Erstein, dans le nord-est de la France, le 29 octobre 2026 ( AFP / Jean-Christophe VERHAEGEN )

Rendement et qualité en baisse, additifs et coûts en hausse : à la sucrerie d'Erstein (Bas-Rhin), où la saison du broyage des betteraves bat son plein, la sécheresse estivale se traduit par une baisse de production de sucre, même si le pire a été évité grâce à une irrigation onéreuse.

Dans la campagne environnante, d'impressionnants monticules de betteraves laissés en bordure des champs attendent d'être acheminés par camion vers l'usine où ils seront transformés en sucre, alcool ou éthanol.

Et sur place, dans cette sucrerie "de taille moyenne" où le sol colle aux semelles et l'odeur sucrée imprègne les vêtements, les machines vrombissantes engloutissent chaque jour près de 6.000 tonnes de betteraves.

Pourtant, certains planteurs d'Alsace ont vu leurs récoltes chuter de moitié sous l'effet de la sécheresse, selon le groupe sucrier Cristal Union, propriétaire du site, qui estime la baisse moyenne des rendements à l'échelle nationale à 25%, avec de fortes disparités selon les régions.

Faute de stock, l'activité de l'unique sucrerie d'Alsace ne durera cette année que 81 jours, contre 122 l'an dernier.

Un sort similaire attend "un grand nombre" des 18 autres sucreries françaises, selon l'Association interprofessionnelle de la betterave et du sucre (AIBS), qui décrit une "campagne catastrophique" et anticipe une hausse du prix du sucre.

Transformation complexe

Analyse d'un échantillon de betterave pour évaluer la production à l'usine Cristal Union d'Erstein, dans le Bas-Rhin, le 29 octobre 2026. ( AFP / Jean-Christophe VERHAEGEN )

Deuxième producteur mondial de sucre de betterave - une culture développée sous Napoléon pour remplacer le sucre de canne -, la France a produit 4,64 millions de tonnes l'an dernier, selon l'AIBS. Il est encore trop tôt pour mesurer l'ampleur du recul attendu cette année, les arrachages étant toujours en cours.

Au-delà des rendements, la sécheresse a aussi diminué la "qualité" des racines reçues par les sucreries, désormais "beaucoup plus complexes" à transformer, observe le directeur du site d'Erstein, Ervin Szokola.

Les cycles de transformation étant "plus longs", l'usine doit ralentir son débit de production et utiliser "beaucoup plus de produits chimiques" pour raffiner son produit, ce qui coûte "très cher", poursuit-il.

En cette année "compliquée" et "extrême", la sucrerie a donc "moins de betteraves à travailler, plus de charges fixes, une campagne moins longue" et, au final, une production "attendue en baisse", se désole le directeur d'Erstein.

"Ralentir le processus, ça demande aussi plus d'énergie, donc effectivement, ça vient gonfler les charges fixes de la sucrerie", précise de son côté le directeur de l'AIBS, Thierry Gokelaere.

Irrigation coûteuse

Vue aérienne des silos de stockage de sucre de la sucrerie Cristal Union à Erstein, le 29 octobre 2026 ( AFP / Jean-Christophe VERHAEGEN )

À leur arrivée sur le site d'Erstein, certaines betteraves ont la taille d'un ballon de rugby, et d'autres, plus nombreuses, d'une balle de tennis.

"Dans ma longue carrière", "je n'avais jamais vu" de tels écarts, avoue M. Szokola, qui les attribue à l'apport ou non d'irrigation.

À Scherwiller, village situé à une trentaine de kilomètres de la sucrerie, l'agriculteur Gérard Lorber explique avoir arrosé ses 47 hectares deux fois plus qu'à l'habitude en raison des sécheresses, ce qui lui a permis d'obtenir "un rendement honorable".

Bilan : il espère récolter 16 tonnes de sucre à l'hectare, alors que "sans irrigation", il n'en aurait obtenu que 3.

Reste que, vu le prix très élevé du gazole qui alimente ses engins agricoles, ses "tours d'eau" "représentent de gros budgets".

À terme, l'irrigation sera cependant de plus en plus indispensable, estime le betteravier, qui appelle en conséquence à "électrifier au maximum" les équipements "pour que demain encore, on ait de la production dans ce pays".