Après la mort d'un ex-professeur de Cambridge, ses proches dénoncent une "campagne de harcèlement" information fournie par AFP 15/08/2026 à 16:12
Les hommages affluent samedi en mémoire de Jason Arday, ancien professeur noir de l'université de Cambridge retrouvé mort vendredi après avoir été au coeur d'un scandale de plagiat, des proches et des collègues dénonçant "un harcèlement" sur fond de racisme contre lui depuis sa nomination il y a 3 ans.
La mort de ce Britannique de 41 ans est "une tragédie", a réagi samedi le Premier ministre Andy Burnham.
"Ce n'est pas le moment de porter des jugements hâtifs. C'est plutôt un moment de réflexion pour comprendre comment on en est arrivé là", a-t-il ajouté.
Sa "disparition se fera sentir dans toute l’université et bien au-delà", a dit la vice-chancelière de Cambridge, Deborah Prentice. "J’espère que cette période douloureuse et difficile pourra aussi être un moment de compassion", a-t-elle ajouté.
Jason Arday, qui enseignait la sociologie de l'éducation, avait démissionné le 5 août de la prestigieuse université, dont il était devenu en 2023 le plus jeune professeur noir.
"Ce que j'ai vécu est allé bien au-delà d'un simple désaccord académique", avait-il alors écrit, dénonçant des "accusations incessantes".
Les doutes s'étaient accumulés sur ses travaux, dont sa thèse de doctorat, mais aussi ses affirmations sur son parcours jusque-là considéré modèle.
Pour ses défenseurs, le racisme a motivé une partie de l'examen pointilleux de son parcours.
"Chasse aux sorcières"
Cette affaire a alimenté des soupçons sur les critères de recrutement de chercheurs issus de la diversité, sur fond de vive guerre culturelle dans des universités.
"Jason a été la cible d'une campagne de harcèlement continu pendant plus de trois ans après avoir accepté son poste de professeur", a dénoncé sa famille. "Cette campagne de désinformation a été insupportable pour Jason", a-t-elle ajouté.
Il a été retrouvé mort vendredi dans le sud de Londres. La police a indiqué que son décès n'était pas à ce stade considéré comme suspect semblant privilégier la piste d'une mort naturelle ou d'un suicide. Une enquête va être menée pour en déterminer la cause.
Pour Sadiq Khan, le maire de Londres, Jason Arday "a été victime d'une humiliation publique pernicieuse à laquelle d'autres personnes dans sa situation n'auraient tout simplement pas été confrontées".
L'organisation Stand Up to Racism, qui organise une veillée lundi soir à Londres en mémoire de l'ex-professeur, a affirmé que sa mort était "le résultat d'une chasse aux sorcières raciste".
"Depuis plus d'une semaine, la presse de droite, les responsables politiques et l'extrême droite s'acharnent contre Jason avec le racisme le plus virulent", a-t-elle affirmé.
Cette mort "devrait alerter sur la réalité extrêmement difficile que vivent les universitaires noirs dans le milieu académique", a dit à la BBC le professeur Kehinde Andrews, un ami de Jason Arday, spécialisé dans l'histoire et la pensée politiques noires.
30 marathons en 35 jours
L'Association africaine et caribéenne de l'université de Cambridge a dit sur Instagram être "profondément attristée" par le décès de Jason Arday. "Il a connu un parcours universitaire remarquable", a écrit l'association, évoquant les étudiants qui "l'admiraient".
"Les attaques personnelles dont il a fait l'objet ont été d'une immense ampleur", a déclaré à la BBC le professeur Simon Baron-Cohen, directeur du Centre de recherche sur l'autisme de l'université de Cambridge.
Avant la mort de Jason Arday, qui avait été diagnostiqué autiste enfant, Simon Baron-Cohen avait mis en garde sur sa vulnérabilité. "Je ne peux pas rester les bras croisés à regarder un homme autiste à terre alors que les coups continuent de pleuvoir", avait-il écrit sur X.
Les accusations de plagiat ont été initialement formulées par un chercheur américain, Nathan Cofnas, lui-même renvoyé de Cambridge en 2024 après avoir été accusé de racisme.
Après avoir défendu son professeur et dénoncé une "ignoble campagne" le visant, Cambridge avait fini par ouvrir une enquête début août.
Plusieurs journaux ont publié des enquêtes sur Jason Arday. Outre ses travaux, certaines de ses affirmations concernant son parcours ont été contestées, notamment qu'il aurait couru 30 marathons en 35 jours.
Dans un entretien accordé au Times en août, il reconnaissait avoir commis des "erreurs" sur le plan académique mais assurait qu'on le présentait à tort comme "un fraudeur universitaire".