Après l'afflux migratoire à Ceuta, France et Italie renforcent les contrôles aux frontières
information fournie par AFP 01/08/2026 à 09:59

Des membres des forces de l'ordre marocaines acheminent par bus vers leurs villes d'origine des personnes qui avaient pénétré illégalement dans l'enclave espagnole de Ceuta, sur la côte nord du Maroc, le 1er août 2026 à Fnideq ( AFP / Abdel Majid BZIOUAT )

L'Italie et la France durcissent samedi leurs contrôles aux frontières avec l'Espagne après l'entrée illégale cette semaine de quelque 60.000 migrants en provenance du Maroc dans l'enclave espagnole de Ceuta, ouvrant une crise au sein de l'Union européenne.

Vendredi soir, le ministère espagnol de l'Intérieur a annoncé que plus de 48.000 d'entre eux étaient rentrés au Maroc et depuis le milieu de la nuit, des centaines, surtout des jeunes, ont commencé à être renvoyés à bord de dizaines d'autobus, ont constaté des journalistes de l'AFP à Fnideq, la ville frontalière marocaine qui jouxte Ceuta.

Ils étaient arrivés en passant par la frontière terrestre ou la mer. Trente-quatre sont morts, dont beaucoup par noyades, selon le gouvernement local de Ceuta.

Des migrants regagnent Fnideq, la ville marocaine qui jouxte l'enclave espagnole de Ceuta où des milliers de candidats marocains à l'émigration avaient afflué ces derniers jours, le 1er août 2026le 1er août 2026 à ( AFP / Abdel Majid BZIOUAT )

Dès jeudi, l'Italie avait annoncé vouloir suspendre l'Espagne de l'espace Schengen, une mesure pour laquelle Rome a obtenu le soutien de la Finlande et du Danemark.

Une proposition qualifiée de "démagogique" par l'Espagne et à la portée incertaine, des juristes consultés par l'AFP assurant qu'il est impossible de l'appliquer dans le cadre légal actuel.

Depuis samedi, selon le ministère italien de l'Intérieur, des contrôles aux frontières aériennes et maritimes avec l'Espagne sont établis sur les ressortissants non européens arrivant d'Espagne.

Une femme regagne Fnideq, la ville marocaine qui jouxte l'enclave espagnole de Ceuta où des milliers de candidats marocains à l'émigration avaient afflué ces derniers jours, le 1er août 2026 ( AFP / Abdel Majid BZIOUAT )

En France, le nombre de policiers et gendarmes à la frontière franco-espagnole est multiplié par cinq à compter de samedi, soit 334, a annoncé vendredi le ministre de l'Intérieur Laurent Nuñez.

Cette annonce faisait suite à la demande du président Emmanuel Macron de "renforcer les contrôles à la frontière avec l'Espagne".

De son côté, le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez a déclaré sur X: "ce n'est pas le moment de se diviser. C'est le moment de continuer à construire une Union européenne forte et unie".

Les images de cette crise ont déclenché une montée au créneau de la droite et de l'extrême droite européenne autour des contrôles aux frontières de l'espace Schengen.

"Pas de futur"

"Environ 60.000 personnes sont entrées dans notre ville", a déclaré le président du gouvernement local de Ceuta, Juan Vivas lors d'une conférence de presse vendredi, soit "70% de la population de Ceuta".

La plupart de ces migrants - en très grande majorité des Marocains, et principalement des jeunes hommes et des adolescents - seraient cependant retournés au Maroc, selon les autorités espagnoles.

Localisation et données sur les enclaves espagnoles de Ceuta et Melilla au Maroc ( AFP / STF )

Ceuta, petit territoire de 84.000 habitants situé à la pointe nord du Maroc, bordant le Détroit de Gibraltar, forme l'une des deux frontières terrestres entre l'Afrique et l'Europe (avec l'autre enclave espagnole de Melilla).

Dans la nuit de vendredi à samedi, des groupes de jeunes erraient dans les rues et le long de la plage de Ceuta, où sont déployés de nombreux militaires, notamment autour du port d'où partent les ferries pour le continent européen.

Des hommes arrivés dans l'enclave espagnole de Ceuta, en Afrique du Nord, le 31 juillet 2026 ( AFP / JORGE GUERRERO )

Vendredi soir, de nombreux policiers patrouillaient dans les rues de la ville, certains à moto poursuivant des groupes de jeunes hommes pour les disperser, ont constaté des journalistes de l'AFP.

Sur une plage, des dizaines d'hommes dormaient dans le sable, et certains ont allumé des feux, à quelques mètres d'un véhicule de police.

"Ils viennent car ils n'ont pas de futur au Maroc, ils tentent le rêve européen", selon Mohamed, 35 ans chauffeur de taxi à Ceuta qui n'a pas souhaité donner son nom de famille.

Au poste-frontière aux alentours de minuit, devant un important déploiement policier et militaire, de nombreux jeunes rebroussaient chemin. Certains saluent les militaires qui leur indiquent la porte d'un "adiós!", ou "good bye!" avant de retraverser la frontière.

Des jeunes migrants arrivant à Ceuta en nageant le 31 juillet 2026 ( AFP / JORGE GUERRERO )

"La prochaine fois, je viens avec le passeport!", lance Oussam aux militaires, en se dirigeant vers la frontière. Le jeune homme de 25 ans, qui tient un salon de coiffure, dit avoir voulu quitter son pays car "c'est la misère au Maroc, on n'a pas de futur". Il est venu en nageant "trois kilomètres" : il rêve lui aussi de l'Europe mais en attendant, il rentre chez lui "pour prendre une douche et manger", car comme beaucoup, il n'a rien avalé depuis deux jours.

Crise migratoire

Arrivé vendredi matin avec son ministre de l'Intérieur, Pedro Sánchez a évoqué "une attaque, une violation de l'intégrité territoriale de l'Espagne" et accusé des "mafias" d'être à l'origine de la rumeur d'ouverture de la frontière.

De nombreuses personnes se rassemblent près de la ville marocaine de Fnideq, située à la frontière avec l'enclave espagnole Ceuta, le 31 juillet 2026 ( AFP / Abdel Majid BZIOUAT )

Le ministère espagnol de l'Intérieur a annoncé l'envoi immédiat de plusieurs dizaines de membres de la Garde civile et policiers, parmi lesquels huit plongeurs, ainsi qu'un bateau et des drones.

A Washington, le président américain Donald Trump, qui a fait de la lutte contre l'immigration illégale une de ses priorités, a jugé que les images de l'enclave espagnole de Ceuta ressemblaient à "l'invasion d'un pays", accusant sur X l'Espagne de mener des "efforts délibérés" ayant favorisé cette immigration clandestine.

Cette crise migratoire à Ceuta rappelle la précédente de 2021, lorsque des milliers de personnes avaient traversé la frontière à la faveur d'un assouplissement des contrôles par Rabat lors d’un différend diplomatique avec l'Espagne.

Plus de 10.000 migrants avaient alors atteint Ceuta depuis le Maroc en deux jours.