Après l'accord Liban-Israël, Nabih Berri dénonce un ferment de division information fournie par Reuters 29/06/2026 à 18:35
Le président du Parlement libanais Nabih Berri, allié chiite du Hezbollah, a vivement critiqué lundi l'accord conclu entre le Liban et Israël sous l'égide des États-Unis, estimant que ce compromis portait en lui les germes de la division nationale.
S'exprimant dans le quotidien libanais arabophone Al-Akhbar, favorable au Hezbollah, milice armée pro-iranienne au coeur des objectifs militaires de l'Etat hébreu, Nabih Berri estime que l'accord scellé vendredi dernier à Washington ne sera pas mis en oeuvre.
Il ajoute que toute tentative visant à dissocier le Liban du processus de tractations entre les États-Unis et l’Iran ne fera que prolonger l’occupation israélienne, et que seuls les pourparlers entre Téhéran et Washington pourront aboutir au retrait israélien du Sud-Liban.
L'ACCORD DU 26 JUIN
L'accord prévoit que l'armée libanaise prenne le contrôle du territoire en attendant le désarmement du Hezbollah. Cela permettrait à l'armée israélienne, selon les termes du document, "de se redéployer progressivement hors" du Liban. L'armée libanaise assumerait ainsi progressivement ses responsabilités dans des "zones pilotes".
Un haut responsable israélien a déclaré que le processus des zones pilotes, dans le cadre duquel les troupes se retireraient, commencerait "immédiatement", sans donner plus de détails.
Un deuxième responsable israélien a indiqué que le "redéploiement" hors des zones pilotes pourrait débuter dans les prochains jours.
D’après les cartes publiées par le gouvernement israélien, ces zones comprennent les villages libanais de Froun, Zaoutar el-Gharbiyé et Ghandouriyé.
Deux autres responsables israéliens ont affirmé que ces zones avaient été récemment prises par les forces israéliennes afin de conférer un levier de négociation à l'Etat hébreu.
Selon des sources israéliennes, l’accord pourrait être mis en œuvre dans les jours à venir, mais aucune information n’a été immédiatement rapportée concernant son application concrète sur le terrain.
CE QU'EN DISENT LES PARTIES
Nabih Berri, chef du Mouvement Amal, qualifie l’accord de "diktat". Dans Al-Akhbar, il évoque "le risque qu’il (l'accord)incite à des divisions internes et entraîne les Libanais dans une confrontation".
Israël salue pour sa part le document signé vendredi par les ambassadeurs libanais et israéliens à Washington. Le Premier ministre Benjamin Netanyahou a affirmé qu’il permettrait aux forces israéliennes de continuer à occuper le sud du Liban si le Hezbollah ne désarme pas.
Le Hezbollah, qui a exigé que Beyrouth mette fin à ses pourparlers directs avec le gouvernement israélien, a rejeté cet accord, le qualifiant de capitulation face à Israël.
Mahmoud Qmati, haut responsable du Hezbollah, a déclaré lundi que l’accord était déjà "de fait caduc".
Il a ajouté sur la chaîne de télévision libanaise Al Jadeed qu’il n’y avait "aucune raison de mobiliser la population dans les rues ou de mener une quelconque action", car cet accord ne pouvait en aucun cas être mis en œuvre.
LA SITUATION AU LIBAN
L’intensité des hostilités dans le sud du Liban s’est atténuée en juin, l’Iran ayant insisté sur la nécessité d’un cessez-le-feu au Liban dans ses pourparlers avec les États-Unis, et Israël ayant limité ses attaques au Liban à la demande de Washington.
Le protocole d'accord signé le 17 juin par les États-Unis et l'Iran exige des deux pays et de leurs alliés qu'ils mettent fin aux opérations militaires sur tous les fronts, y compris au Liban. L'Iran demande également le retrait israélien du Liban.
L’artillerie israélienne a toutefois bombardé lundi une zone proche de la frontière dans le sud du Liban, selon l’agence de presse officielle libanaise.
Israël occupe une partie du sud du Liban depuis la reprise de la guerre avec le Hezbollah le 2 mars, lorsque le groupe a ouvert le feu sur Israël en solidarité avec Téhéran, pris pour cible par l'Etat hébreu et Washington.
Le gouvernement libanais a tenté d'engager des pourparlers directs avec Israël dès le début de la guerre, malgré les objections du Hezbollah chiite. Il mène avec difficulté depuis l’année dernière une politique visant à obtenir le désarmement du Hezbollah, après que le groupe a été fortement affaibli lors de la précédente guerre avec Israël en 2024.
(Reportage Tala Ramadan et Nayera Abdallah à Dubaï, Jana Choukeir et Catherine Cartier à Beyrouth, Rami Ayyub et Maayan Lubell à Jérusalem ; rédigé par Tom Perry ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)