Amélie Nothomb: "écrire est affreusement difficile" mais "c'est un plaisir"
information fournie par AFP 14/08/2026 à 08:40

La romancière Amélie Nothomb pose le 26 février 2026 à Paris ( AFP / ALAIN JOCARD )

Pas de rentrée littéraire sans elle: depuis 34 ans, Amélie Nothomb publie en août un roman, qui s'installe toujours parmi les meilleures ventes.

Traduite dans de nombreuses langues, la romancière belge explique, dans un entretien à l'AFP, la genèse de son nouveau livre, "L'adolescence du perroquet" (Albin Michel), qui sort le 19 août, et comment elle trouve toujours du plaisir à écrire même si "c'est affreusement difficile".

Q: Pourquoi avoir écrit un roman dont le héros est un perroquet?

R: J'ai une fascination pour les oiseaux. Ils ont deux façons de me fasciner: par le vol et par la phonation.

Le perroquet est le champion absolu de la parole: il parle et comprend ce qu'il dit; il crie et son cri est d'une violence et d'une nocivité extraordinaires; et il peut être un chanteur exceptionnel.

Jo, le perroquet du roman, est un gris du Gabon, l'espèce la plus intelligente, qui parle le mieux, mais aussi la plus agressive et perverse. C'est la plus intéressante.

Q: Votre roman, que vous présentez comme un conte, a-t-il une morale?

R: Je n'en suis pas sûre. S'il y en a une, c'est que l'amour est un sentiment sans morale.

Alban, le narrateur, a un amour fou pour cet oiseau, qui ne le lui rend pas. C'est une situation que beaucoup de gens connaissent. L'amour n'est pas un dû.

La romancière Amélie Nothomb pose le 22 février 2022 à Barcelone, en Espagne ( AFP / Josep LAGO )

Q: Vous publiez un roman pour la rentrée littéraire tous les ans depuis 1992. Est-ce toujours avec la même émotion?

R: L'émotion est encore plus grande. Je suis dans la situation de quelqu'un qui vit une formidable histoire d'amour depuis 34 ans. C'est un tel miracle, mais rien n'est garanti. Je veux me montrer à la hauteur d'une telle histoire d'amour avec les lecteurs. Cela demande de l'investissement.

Q: Quel est le profil de vos lecteurs?

R: D'après ce que j'ai pu voir, mes lecteurs, c'est tout le monde: des gens cultivés ou pas, des jeunes, des moins jeunes, des hommes, des femmes... Il n'y a vraiment pas de type.

Si vous me demandez ce qu'ils aiment dans mes romans, je n'en sais rien. Le style? Je veux y croire. Et on me dit que mes romans permettent très fort l'identification. Beaucoup de lecteurs me disent: "Je me suis reconnu dans votre personnage".

Q: Comment travaillez-vous?

R: J'écris trois romans par an. Quand je les écris, je ne sais pas du tout lequel est destiné à la publication. À la fin de l'hiver, je les relis et je fais mon choix.

Je m'organise de manière à pouvoir écrire quatre heures par jour. Je commence à 04H00 du matin et je termine à 08H00. Puis je vais chez mon éditeur Albin Michel où je réponds aux nombreuses lettres que je reçois.

Q: Pourquoi écrire de si bonne heure?

R: J'ai besoin de commencer ma journée par ce qui est le plus difficile. C'est une très bonne hygiène. Écrire chaque matin me paraît insurmontable, c'est affreusement difficile. Et plus je le fais, plus ça me paraît affreusement difficile. Mais c’est pour ça que j’aime ça. Je ne laisserai à personne d'autre ce plaisir-là.

Avec les années, j'ai appris à avoir la sensation physique de l'endroit de mon cerveau où je dois me tenir pour écrire, juste à la frontière entre la folie et ce qui fait sens.

Le plus difficile, c'est de trouver l'équivalent verbal au son qu'on a en soi. Eviter les fausses notes. Plus les années passent, plus je m'efforce d'épurer ce son. Depuis mes premiers romans, il s'est considérablement simplifié. Le but n'est pas de faire plus court, il est d'épurer. Dans 30 ans, j'aurai peut-être atteint le stade du haïku, la pierre philosophale.