Allemagne-Vers une large victoire de l'AfD lors d'un scrutin en Saxe-Anhalt
information fournie par Reuters 07/09/2026 à 02:57

par Miranda Murray et Kirsti Knolle

"Alternative pour l'Allemagne" (AfD) est arrivé largement en tête des élections régionales dimanche en Saxe-Anhalt, montrent les sondages de sortie des urnes, devenant le premier parti d'extrême droite à accéder aux portes du pouvoir au niveau régional depuis la Deuxième Guerre mondiale.

Crédité de 44% des voix, l'AfD n'obtiendrait pas la majorité absolue au Parlement local mais est en passe d'infliger une lourde déconvenue aux conservateurs du chancelier Friedrich Merz - des résultats qui reflètent l'impopularité de la coalition au pouvoir à Berlin dans un paysage politique fragmenté.

En tête dans les enquêtes d'opinion à l'échelle nationale, l'AfD est désireux de disposer d'un bastion dans le pays afin de faire avancer son programme politique, avec pour grandes lignes d'importantes restrictions sur l'immigration, une reprise du dialogue avec la Russie et une sortie de la zone euro.

Alors que le dépouillement se poursuivait, un doute demeurait sur l'hypothèse que l'AfD soit en mesure de former un gouvernement, mais le signal politique envoyé par ce scrutin régional est limpide, avec un taux de participation qui s'élève à 77% selon la télévision publique ZDF.

"Nous avons marqué l'histoire de ce pays", a déclaré le chef de file de l'AfD en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, 35 ans, dont les meetings de campagne ont attiré des milliers de personnes.

"Les gens ont très clairement fait comprendre qu'ils voulaient enfin un changement politique et, par-dessus tout, ils ont montré qu'ils voulaient que ce soit avec nous", a ajouté celui qui a régulièrement affirmé en amont du scrutin qu'une victoire locale constituerait une première étape vers la conquête du pays lors des élections fédérales prévues en 2029.

"CORDON SANITAIRE"

C'est entouré de chefs de file de l'AfD à l'échelle nationale qu'Ulrich Siegmund a pris connaissance des premiers sondages de sortie des urnes, qui ont livré une indication de l'ampleur du succès de l'AfD et donné lieu à de larges sourires des responsables du parti d'extrême droite. Des partisans rassemblés à Magdebourg ont laissé éclater leur joie, certains brandissant des drapeaux allemands.

Le président américain Donald Trump a publié sur son réseau Truth Social une capture d'écran des résultats du scrutin, sans effectuer de quelconque commentaire. Des dirigeants d'extrême droite à travers l'Europe ont salué les résultats électoraux en Saxe-Anhalt, disant y voir un mandat pour du changement.

En France, le président de Reconquête, Eric Zemmour, a qualifié le score de l'AfD d'"historique". "Le cordon sanitaire n'a jamais protégé personne. Il n'a fait que retarder l'heure de vérité", a-t-il écrit sur le réseau social X. "Cette heure est venue. Et elle sonnera partout", a ajouté celui qui pourrait repartir dans le course à l'Elysée l'an prochain.

Le candidat La France insoumise (LFI) à l'élection présidentielle, Jean-Luc Mélenchon, a dit voir dans le résultat de l'AfD une "catastrophique démonstration de l'aveuglement des politiques européennes centristes". "Ce désastre est leur résultat", a-t-il poursuivi. "Dans ces conditions, le projet militaire allemand de créer la première armée conventionnelle d’Europe est inacceptable pour la France".

Pour l'ancien Premier ministre français Gabriel Attal, candidat Renaissance à la présidentielle 2027, la victoire de l'AfD "doit constituer un signal d'alarme" et "un signal d'alerte pour tous ceux qui pensent que proposer à nos compatriotes de faire barrage à l'extrême droite constitue un projet politique".

REVERS POUR MERZ

Ce scrutin régional représente un revers important pour Friedrich Merz, dont la cote de popularité à l'échelle nationale a chuté à des creux historiques alors que nombre d'Allemands ne croient pas en ses projets de réforme pour relancer l'économie et goûtent peu sa façon maladroite de communiquer.

D'après un sondage de sortie des urnes effectué par le groupe audiovisuel public ARD, 87% des électeurs de Saxe-Anhalt sont mécontents du gouvernement fédéral.

Ulrich Siegmund a décrit par le passé Friedrich Merz comme le meilleur militant de l'AfD en raison de l'impopularité du chancelier en Saxe-Anhalt.

"Ces résultats sont avant tout un vote de défiance à l'encontre du gouvernement fédéral", a dit à Reuters le président de l'Institut allemand de recherche économique, Marcel Fratzscher.

Selon le sondage réalisé par ARD, les sociaux-démocrates et les Verts ont franchi le seuil minimal pour entrer au Parlement régional.

Si l'AfD ne parvient pas à gouverner seule, les partis traditionnels pourraient former un "cordon sanitaire" et enclencher un long processus visant à écarter du pouvoir une formation visée par une enquête des services de renseignement intérieur allemands pour extrémisme de droite.

Les partis traditionnels ont tous refusé de collaborer avec l'AfD, classée à l'extrême droite par l'antenne régionale du service de renseignement intérieur allemand.

L'AfD pourrait trouver un partenaire au sein de la formation d'extrême gauche BSW, qui semble aussi avoir obtenu le seuil minimal pour faire entrer des élus au parlement.

Ancien Land de l'ex-Allemagne de l'Est communiste, Saxe-Anhalt est l'un des plus petits États fédérés du pays, avec une population d'un peu plus de deux millions d'habitants.

Dans un paysage politique fragmenté, l'AfD est désormais le parti le plus populaire d'Allemagne à l'échelle nationale, recueillant 28% des intentions de vote selon un récent sondage INSA, loin devant les conservateurs crédités de 20%.

Populaire en Allemagne de l'Est, le parti a aussi obtenu environ 20% des suffrages dans les Länder occidentaux du Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-Palatinat plus tôt cette année, illustrant son attrait croissant à l'échelle nationale.

(Miranda Murray, Kirsti Knolle, Thomas Seythal, Cian Muenster, Christian Krämer, Andreas Rinke, Markus Wacket, Rene Wagner, Alexander Ratz, Francesca Landini; version française Camille Raynaud, Bertrand Boucey, Elizabeth Pineau et Jean Terzian)