Allemagne: une ex-membre de la RAF condamnée à 13 ans de prison pour des braquages information fournie par AFP 27/05/2026 à 14:32
Une ex-membre de la Fraction armée rouge (RAF), arrêtée en février 2024 après 30 ans de cavale, a été condamnée mercredi en première instance par la justice allemande à 13 ans de prison pour une série de braquages à main armée commis après la dissolution du groupe d'extrême gauche.
Daniela Klette, 67 ans, appartient à la troisième génération de l'organisation qui avait ébranlé la République fédérale d'Allemagne par des attentats, enlèvements et assassinats commis au nom de la lutte anti-impérialiste. La RAF s'était autodissoute en 1998.
Mme Klette comparaissait pour des braquages commis entre 1999 et 2016 avec des complices, Burkhard Garweg et Ernst-Volker Staub, deux autres anciens membres présumés de la RAF toujours en fuite, pour financer leur vie clandestine.
Selon le porte-parole du tribunal de Verden (nord-ouest de l'Allemagne) Ahmad Mohamad, Mme Klette a déployé "une énergie criminelle élevée", un facteur "d'autant plus important que toutes les actions avaient été planifiées dans les moindres détails" avant d'être exécutées.
"Lors de leurs attaques, ils ont agi en se répartissant les tâches et très secrètement", a déclaré le juge Lars Engelke en rendant son verdict.
Le tribunal dispose de plusieurs preuves que Mme Klette et ses deux complices se connaissaient très bien, des photos privées et des traces ADN notamment.
- "Leur travail" -
Ils considéraient tout cela comme "leur travail" et s’assuraient ainsi une source de revenus, a ajouté M. Engelke.
Les cibles étaient des fourgons blindés et les caisses de grands supermarchés, principalement dans le Land de Basse-Saxe (nord). Selon l'accusation, le butin total s'élevait à 2,4 millions d'euros.
A l'annonce du jugement, une certaine agitation s'est fait sentir parmi la cinquantaine de personnes présentes dans la salle et des cris de "Liberté pour Daniela" ont retenti, selon un journaliste de l'AFP présent dans la salle.
L'avocat de Mme Klette, Lukas Theune, a annoncé faire appel du jugement. Il s'est dit convaincu que ce verdict ne serait pas maintenu en deuxième instance, estimant que le tribunal avait "méconnu la mission de la justice d'examiner de manière critique les résultats de l'enquête présentés par la police".
Mme Klette avait été arrêtée il y a un peu plus de deux ans dans un appartement du quartier bohème de Kreuzberg à Berlin, où elle a longtemps vécu sous une fausse identité - une vie dans la clandestinité qu'elle a appréciée, selon ses propres dires.
Pendant de nombreux braquages, Mme Klette a joué le rôle de chauffeur et tenu un faux bazooka "d'apparence réaliste", selon la justice.
- Aucun remords -
Elle est également poursuivie pour sa participation à trois attentats menés pour des raisons politiques entre 1990 et 1993, avant la dissolution de la RAF. Ces trois attaques font l'objet d'une procédure séparée.
Dans le détail, Daniela Klette aurait installé des explosifs devant le bâtiment administratif de la Deutsche Bank en banlieue de Francfort (centre) en 1990, tiré sur l'ambassade des États-Unis à Bonn (ouest) en 1991 et participé à un attentat à l'explosif contre une prison du sud de l'Allemagne en 1993, d'après les enquêteurs.
Durant l'ensemble de la procédure, Mme Klette n'a manifesté aucun remords, selon le ministère public.
Les témoins et victimes des braquages ont fait part des lourdes conséquences psychiques de ce qu'ils ont subi, indiquant parfois qu'une vie normale n'était plus possible en raison des traumatismes.
Ayant pour sigle une étoile rouge avec un pistolet mitrailleur, la RAF est jugée responsable d'une trentaine d'assassinats entre 1971 et 1991.
Issue de la frange radicale du mouvement étudiant de 1968 et connue sous le nom de "Bande à Baader-Meinhof" - d'après les patronymes de ses fondateurs, Andreas Baader et Ulrike Meinhof -, la RAF prônait une "guérilla urbaine" contre le gouvernement et l'élite allemande.
Ses principaux leaders, dont Andreas Meinhof et Ulrike Baader, se sont suicidés en prison dans les années 1970. Les actes de la RAF ont fait 34 morts, avant que le groupe ne se dissolve de lui-même en avril 1998.