Allemagne-L'élection régionale à Berlin dominée par la question du logement information fournie par Reuters 18/09/2026 à 12:33
par Maria Martinez
Contrairement à d'autres scrutins régionaux en Allemagne, marqués par des débats autour de l'immigration, la question du logement et la flambée des loyers dominent l'élection organisée dimanche à Berlin pour renouveler l'exécutif local.
La capitale allemande a besoin de 210.000 logements supplémentaires d'ici 2040 et les loyers y ont quasiment doublé depuis 2014, ce qui nourrit le mécontentement envers le gouvernement dirigé, à l'image de l'exécutif fédéral, par une alliance entre les chrétiens-démocrates de la CDU et les sociaux-démocrates du SPD.
D'autant que la campagne n'a pas été de tout repos pour la coalition au pouvoir : le maire sortant CDU Kai Wegner a renoncé à se représenter après avoir été vertement critiqué pour sa gestion d'une panne qui a privé des quartiers de la ville d'électricité pendant quatre jours en janvier; et le candidat du SPD, Steffen Krach, est mis en cause dans un scandale lié à un appel d'offres dans le secteur de la santé. Il nie toute malversation.
Le scrutin, couplé à celui organisé dans le Land rural de Mecklembourg-Poméranie occidentale, où l'AfD (Alternative pour l'Allemagne) semble en mesure de l'emporter, s'annonce comme une nouvelle épreuve pour le chancelier conservateur Friedrich Merz, très fragilisé depuis le triomphe en Saxe-Anhalt du parti nationaliste et anti-immigration le 6 septembre.
A Berlin, l'AfD est crédité d'environ 17% des intentions de vote, deux fois plus que lors des dernières élections locales en 2023. Il dépasse le SPD et les Verts mais reste devancé par le parti de gauche Die Linke (23%), qui a lui aussi doublé ses intentions de vote, et les chrétiens-démocrates (21%), selon une enquête d'opinion publiée le 11 septembre par l'institut Forschungsgruppe Wahlen.
CAPITALE DES START-UPS
Dans une ville dont 85% des habitants sont locataires, la crise du logement fournit à l'AfD un argument de plus pour prôner une réduction drastique de l'immigration.
Die Linke préconise de son côté la construction de logements abordables, le gel des loyers pendant un an, en limitant par la suite leur hausse à 1%, la diminution contrainte des loyers dépassant de 20% la moyenne locale, la réduction des locations touristiques saisonnières et la mise à disposition pour les familles modestes de logements vacants en centre-ville.
L'avenir du Tempelhofer Feld, un immense parc aménagé en 2010 en lisière sud de la ville sur l'ancien aéroport de Berlin-Tempelhof, cristallise l'opposition entre droite et gauche.
La CDU, les Libéraux-démocrates du FDP et l'AfD militent pour la construction de logements sur certaines parties du terrain, le Parti de gauche, le SPD et les Verts s'y opposent, préférant d'autres sites.
Depuis plus de dix ans, Berlin affiche un taux d'activité économique bien supérieur à celui de l'ensemble du pays, en raison de son secteur des services, qui représente près de 90% de la production de la ville.
La capitale fédérale est aussi celle des start-ups. Plus de 600 "jeunes pousses" y ont été fondées dans la seule année 2025. Le groupe de commerce en ligne Zalando, la fintech (start-up financière) N26 y ont leur siège.
Mais cette expansion a un prix, les loyers ont grimpé en flèche face à la hausse de la population.
Pour certains, la ville autrefois qualifiée par son ancien maire Klaus Wowereit de "pauvre mais sexy" est devenue, par son coût, semblable aux autres grandes capitales européennes.
Les loyers mensuels peuvent atteindre 1.500 euros pour un studio ou un deux-pièces. "Qui peut s'offrir ça ?", soulignait le 5 septembre dernier Mareen Harant lors d'une manifestation de plusieurs milliers d'habitants contre le coût du logement.
Même la célèbre scène nocturne berlinoise est affectée. "Nous avons dû déménager car nous ne pouvions tout simplement plus payer le loyer", explique Jakob Turtur, directeur du Jonny Knüppel, un lieu culturel réputé pour sa musique électronique.
(Jean-Stéphane Brosse pour la version française, édité par Sophie Louet)