Allemagne-L'AfD en tête d'un nouveau scrutin régional, Merz évoque un "désastre"
information fournie par Reuters 20/09/2026 à 21:03

(Actualisé avec précisions et contexte)

La formation d'extrême droite Alternative pour l'Allemagne (AfD) est arrivée en tête des élections régionales dans le Land de Mecklenbourg-Poméranie Occidentale, dans le nord-est de l'Allemagne, selon les sondages sortie des urnes, infligeant au parti conservateur au pouvoir au niveau fédéral son pire résultat depuis 1949.

Le chancelier allemand, Friedrich Merz, a reconnu que ce résultat était un "désastre" pour son parti, la CDU, créditée d'un peu plus de 5% des voix. Il s'est toutefois engagé à poursuivre son programme de réformes.

Les sondages sortie des urnes diffusés sur la chaîne de télévision publique ARD montrent que l'AfD est en passe de remporter 37% des voix, devançant les sociaux-démocrates du SPD (35,5%) et les conservateurs de la CDU (5,5%), ces deux derniers partis formant ensemble la coalition au pouvoir au niveau fédéral. Le score de la CDU est tout juste au-dessus du seuil lui permettant d'entrer au Parlement régional.

Il est cependant peu probable que l'AfD parvienne à gouverner dans cette région, car les autres principaux partis excluent toute collaboration avec cette formation.

Si ce résultat était confirmé, ce serait une nouvelle victoire au niveau régional en un mois pour l'AfD, après son triomphe en Saxe-Anhalt, alors que cette formation boudée par les partis traditionnels mais en tête des sondages nationaux.

"C'est un désastre", a déclaré Merz lors d'une allocution télévisée après la publication des sondages sortie des urnes. Il a néanmoins assuré qu'il continuerait à se battre en tant que chancelier, faisant fi des rumeurs selon lesquelles un mauvais résultat pourrait le pousser à la démission.

A Berlin, où s'est déroulée également une élection dimanche, le parti d'extrême gauche Linke a obtenu 24,5% des voix, tandis que la CDU a remporté 20% des suffrages et l'AfD 16%, ce qui marque une nouvelle progression de la formation d'extrême droite.

C'est la première fois que Linke arrive en tête des suffrages dans le Land, où le parti souhaite nationaliser les logements sociaux détenus par des propriétaires privés et plafonner les loyers.

LE SOUTIEN À L'UKRAINE CONTESTÉ

Les résultats électoraux de dimanche ne pourraient ne pas suffire à porter un coup fatal à Friedrich Merz, qui a reçu la semaine dernière le soutien de huit premiers ministres régionaux conservateurs.

Mais sa faible popularité, ses réformes impopulaires et les victoires de l'AfD rendent son avenir incertain. Le chancelier allemand a décidé dimanche de convoquer une réunion de son parti afin de discuter de la stratégie à poursuivre.

La ministre-présidente du Land de Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, Manuela Schwesig, membre du SPD et dont la cote était montée en flèche dans les sondages avant le scrutin de dimanche après avoir critiqué ouvertement à la fois l'AfD et les réformes du gouvernement fédéral, a attribué le succès de la formation d'extrême droite au rejet par les électeurs de l'aide accordée à l'Ukraine.

"Premièrement, dans mon Land, beaucoup de gens s'opposent au soutien à l'Ukraine, qu'il soit financier ou militaire", a-t-elle déclaré.

"Et en deuxième point: beaucoup de gens souhaitent également voir l'énergie circuler à nouveau à travers Nord Stream", faisant référence au projet de gazoduc reliant la Russie à l'Allemagne dont la procédure de certification avait été suspendue par Berlin en 2022.

Le vice-chancelier allemand, Lars Klingbeil, qui est également le chef du SPD, a plaidé pour un changement de cap, faisant état des préoccupations des électeurs concernant la réforme des retraites.

"En tant que gouvernement fédéral, nous devons analyser les raisons de cette grande incertitude dans le pays", a-t-il déclaré à la chaîne ARD.

Friedrich Merz a cependant assurer miser davantage sur son programme de réformes qui, selon lui, relancera la croissance de la première économie d'Europe.

"Ce qu'il faut faire maintenant exige du courage, de la constance et de la patience", a-t-il déclaré.

"J'irais même jusqu'à dire que ces réformes sont l'antidote au poison autoritaire qui s'infiltre toujours plus profondément dans notre société, alimenté par la fascination de l'autoritarisme".

(Reportage Andreas Rinke, Emanuele Berro, Thomas Seythal, Oliver Denzer, Max Schwarz, James Mackenzie et Rachel More; rédigé par Matthias Williams; version française Claude Chendjou)