Allemagne, Etats-Unis, Israël: le RN fait le tour des ambassades avant 2027
information fournie par AFP 07/05/2026 à 10:16

La président du groupe parlementaire RN Marine Le Pen et le président du parti Jordan Bardella à Paris le 11 mars 2026 ( AFP / Bertrand GUAY )

En quelques mois, Jordan Bardella a rencontré l'ambassadeur d'Allemagne, et Marine Le Pen celui d'Israël. Les deux ont aussi été reçus par l'émissaire de Donald Trump à Paris. Autant de signes de l'intérêt croissant des chancelleries étrangères pour les favoris des sondages, à un an de l'élection présidentielle.

Dans les rues de la capitale, comme dans la vie politique, les ambassades sont proches de l'Elysée. Longtemps infréquentable, le principal parti d'extrême droite français voit les portes s'ouvrir à mesure que son accession au pouvoir devient vraisemblable.

Certains rendez-vous se font en toute discrétion, comme cet entretien en février entre Jordan Bardella et l'ambassadeur allemand Stephan Steinlein. Ni annoncé, ni rendu public, mais finalement dévoilé par un participant au détour d'une conversation, comme une simple "visite" qui aurait été "organisée" à Paris entre le président du Rassemblement national et l'émissaire de Berlin.

"Oui, ils se sont rencontrés", reconnait le parti à la flamme. Presque banal, à en croire l'entourage du jeune leader nationaliste, qui verrait ainsi "de nombreux ambassadeurs dans le cadre de ses fonctions de président du RN, et de président de groupe au Parlement européen".

Le tête-à-tête n'en est pas moins fortement symbolique pour celui qui pourrait être propulsé candidat à la présidence de la République, si la cour d'appel de Paris confirme l'inéligibilité de Marine Le Pen le 7 juillet.

Le président du Rassemblement National Jordan Bardella salue le vice-président du gouvernement de coalition italien Matteo Salvini, à Milan en Italie le 18 avril 2026 ( AFP / PIERO CRUCIATTI )

Déjà champion des sondages, M. Bardella peut en profiter pour faire valoir sa "haute considération pour la relation franco-allemande" et défendre le "dialogue nécessaire" avec ce "partenaire indispensable de la France".

Un voisin qu'il s'agira d'avoir de son côté, avant de se confronter à la Commission européenne d'Ursula von der Leyen - les deux dirigeants du RN ont assuré que leur premier déplacement en cas de victoire serait à Bruxelles.

Quitte à donner quelques gages: selon le participant précité, la discussion a permis d'identifier "des convergences" sur plusieurs sujets, "notamment la discipline budgétaire" si cruciale outre-Rhin.

- Parler à tout le monde -

Du côté de l'ambassade d'Allemagne, l'absence de démenti dit toute l'incommodité d'une situation où l'on assume "d'entretenir des contacts avec toutes les forces politiques du pays hôte", tout en se refusant à "commenter la manière dont ces contacts ont lieu et le niveau auquel ils se situent".

L'ambassadeur israélien en France Joshua Zarka le 5 octobre 2025, à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )

Pourtant, selon une autre source diplomatique les "contacts" étaient établis depuis plusieurs mois au moins, à un "niveau" inférieur.

L'épisode rappelle, dans un autre registre, l'entrevue inédite de Mme Le Pen avec l'Israélien Joshua Zarka mi-avril. "L'ambassadeur a reçu tous les partis sauf LFI", s'était contentée d'indiquer la représentation de l'Etat hébreu, comme pour minimiser la portée de l'événement.

Mais pour la fille de Jean-Marie Le Pen, le simple écho de cette invitation a parachevé quinze ans de "dédiabolisation" d'un parti passé de fer de lance de l'antisémitisme, à "meilleur bouclier des Juifs de France".

Le tout sans même une image, alors que la veille elle posait au côté de l'ambassadeur du Liban, Rabie El Chaar, qui la remerciait pour "l'expression de sa solidarité" avec le pays du Cèdre et son "soutien aux initiatives (pour) instaurer un cessez-le-feu"... avec Israël.

L'ambassadeur des Etats-Unis en France Charles Kushner le 4 décembre 2025, à Paris ( AFP / JULIEN DE ROSA )

Parler à tout le monde, pour apparaître incontournable. Comme lorsque l'Américain Charles Kushner a fait savoir en décembre qu'il avait reçu Mme Le Pen et M. Bardella, photo à l'appui. Curieux de connaître "leurs vues de ce qui attend la France", l'envoyé de Donald Trump avait "apprécié cette opportunité d'en savoir plus sur le programme économique et social du Rassemblement national".

Peu importe leur volonté affichée de se distancier de l'actuel occupant de la Maison Blanche. Les deux présidentiables avaient eu droit aux mêmes égards que leurs rivaux Edouard Philippe et Bruno Retailleau avant eux. D'une manière ou d'une autre, pour le RN, les réceptions des ambassadeurs sont toujours un succès.