Allemagne-En Saxe-Anhalt, le parti d'extrême droite AfD vise une victoire historique
information fournie par Reuters 04/09/2026 à 08:20

par James Mackenzie

Les électeurs de Saxe-Anhalt, Land de l'est de l'Allemagne, sont appelés aux urnes dimanche pour un scrutin régional lors duquel le parti d'extrême droite "Alternative pour l'Allemagne" (AfD) espère remporter une victoire qui marquerait un tournant historique dans la politique allemande.

L'actuel ministre-président de l'Etat fédéré, le conservateur Sven Schulze, membre de l'Union chrétienne-démocrate (CDU), a estimé que l'élection à venir emportait "une décision qui tracera la voie à suivre pour l'Allemagne".

Les sondages créditent l’AfD, qui entend restreindre l’immigration, renouer des liens avec la Russie et sortir de la zone euro, de plus de 40% d'intentions de vote dans le Land, avec une avance de 10 à 15 points sur la CDU, au pouvoir aux côtés du Parti social-démocrate (SPD) et du Parti libéral-démocrate (FDP).

Ces partis ont déjà exclu de former une coalition avec l'extrême droite, qui dit par ailleurs vouloir gouverner seule. La constitution d'une nouvelle alliance entre les trois partis pourrait ainsi empêcher l'AfD d'accéder au pouvoir.

Mais l’ampleur du soutien national au parti d'extrême droite, alimentée par l'impopulaire gouvernement allemand du chancelier Friedrich Merz, a mis en évidence la transformation du paysage politique allemand depuis la création de l'AfD en 2013.

"MA BELLE, VIEILLE ET SÛRE ALLEMAGNE"

La populaire tête de liste de l'AfD en Saxe-Anhalt, Ulrich Siegmund, 35 ans, espère devenir le premier ministre-président d'extrême droite de l'après-guerre et faire du Land convoité le laboratoire des ambitions nationales d'une droite radicale au visage plus avenant.

"Je veux retrouver ma belle, vieille et sûre Allemagne", déclare-t-il lors de ses meetings qui attirent les foules.

L'hebdomadaire le plus influent d’Allemagne, Der Spiegel, l'a qualifié le mois dernier en une d'"homme le plus dangereux d’Allemagne". Ulrich Siegmund a répondu par l'ironie, diffusant une vidéo le montrant dédicacer un exemplaire du magazine.

Fondé dans l’ouest de l’Allemagne au plus fort de la crise de la dette de la zone euro, "Alternative für Deutschland" puise désormais ses forces dans les anciens Land communistes de l'est du pays, où les sondages révèlent un sentiment persistant de frustration face aux conséquences de la réunification de 1990.

Ulrich Siegmund, qui rejette l’étiquette d’extrême droite et use avec aisance des réseaux sociaux, affirme parler "la langue du peuple" et s'efforce de rompre avec la rhétorique de certains de ses collègues du parti, tel que Björn Höcke, du Land voisin de Thuringe, condamné à deux reprises pour avoir repris des slogans nazis.

Ulrich Siegmund rejette les critiques selon lesquelles ses choix politiques aggraveraient les problèmes en Saxe-Anhalt, un Land en proie à un déclin démographique qui, selon les économistes, devra compter sur l’immigration pour pallier la pénurie de main-d’œuvre.

La région a souffert, comme le reste de l’Allemagne, de la récente récession, avec un taux de chômage avoisinant les 8%. Mais selon les économistes, la Saxe-Anhalt, un Land à forte vocation rurale, s’en est relativement bien sortie ces dernières années, grâce à l’implantation de nouveaux secteurs industriels, notamment la logistique et les énergies renouvelables.

"Si l’on considère globalement les dix à quinze dernières années, le développement économique de la Saxe-Anhalt a été plus que satisfaisant. Je dirais même qu’il a été plutôt bon", observe Thomas Brockmeier, président de la Chambre de commerce et d’industrie de Halle-Dessau.

Ulrich Siegmund s’est concentré sur des sujets tels que l'immigration et les demandeurs d’asile, l’idéologie du genre ou le coût pour l’industrie allemande de la perte d’accès au pétrole et au gaz russes bon marché en raison du soutien apporté à l’Ukraine.

UN TEST POUR 2029

L'étude des résultats de dimanche permettra de jauger les capacités de l'AfD à s'imposer à l'échelle nationale alors que l'extrême droite progresse en Europe.

L’AfD considère la Saxe-Anhalt comme un tremplin vers la victoire aux élections fédérales prévues en 2029. Deux autres élections régionales, dans le Mecklembourg-Poméranie occidentale (nord-est) et à Berlin, sont prévues en septembre.

Bien que le soutien à l'Afd soit plus important à l’est, le parti a obtenu environ 20% des voix lors des élections organisées cette année dans les Länder occidentaux du Bade-Wurtemberg et de Rhénanie-Palatinat, soulignant ainsi son attrait croissant.

En Allemagne, les gouvernements régionaux constituent la chambre haute du Parlement, le Bundesrat, et disposent de larges compétences en matière d’éducation, de culture et de sécurité intérieure.

Un gouvernement régional dirigé par l’AfD compliquerait ainsi l'exercice du pouvoir pour Friedrich Merz.

Le ministre de l’Intérieur de Thuringe, membre du SPD, a averti qu’un ministre de l’Intérieur régional issu de l’AfD constituerait un "risque flagrant pour la sécurité de la République fédérale", en raison de la menace de fuite d’informations confidentielles vers des groupes extrémistes.

"Le modèle fondé sur le consensus auquel nous sommes habitués en Allemagne depuis plusieurs décennies est désormais menacé", juge Janos Richter, analyste au Verfassungsblog, un forum consacré au droit constitutionnel et au droit public.

Ulrich Siegmund a promis de recruter des fonctionnaires partageant ses opinions politiques dans d’autres Länder afin de permettre à un gouvernement de l’AfD de faire adopter des réformes dans les écoles, les forces de l’ordre et les centres d’accueil pour demandeurs d’asile, laissant entrevoir des affrontements possibles avec le gouvernement fédéral et les autres Länder.

(Rédigé par James Mackenzie ; version française Etienne Breban, édité par Sophie Louet)