Alibaba, BYD, Baidu sur la "liste noire" du Pentagone : zoom sur l'arme nébuleuse de Washington contre Pékin
information fournie par Boursorama avec Media Services 09/06/2026 à 12:24

Mise en place par une loi de 2021, la liste "Section 1260H" recense des dizaines d'entreprises chinoises considérées par les Etats-Unis comme des rouages directs ou indirects de l'appareil militaire de Pékin. Ses critères d'élaboration restent flous.

Donald Trump et Xi Jinping, à Pékin, le 15 mai 2026 ( POOL / EVAN VUCCI )

Dans une nouvelle mise à jour de sa "liste noire", le ministère américain de la Défense a ajouté lundi 8 juin les géants chinois Alibaba (commerce en ligne), Baidu (moteur de recherche) et BYD (voitures électriques) à sa liste des entreprises travaillant, selon lui, avec l'armée chinoise. Alibaba et Baidu ont rejeté cette inclusion dans la liste, estimant qu'elle est dénuée de fondement.

Cette désignation, annoncée moins d'un mois après la visite de Donald Trump en Chine, a peu de conséquences immédiates mais pourrait limiter les liens économiques d'acteurs américains, publics ou privés, avec ces entreprises.

Gérée par le Department of War (ou DoW, auparavant DoD pour Department of Defense) américain et mise à jour au moins une fois par an, la liste recense les entreprises chinoises que le Pentagone juge comme partie prenante à la stratégie d'imbrication militaire-civile de Pékin. Cette fusion est un plan visant à éliminer les barrières entre le secteur civil et le complexe militaro-industriel.

Si elle n'impose pas de sanctions immédiates aux entreprises citées, la "liste noire" du Pentagone pourrait restreindre fortement les relations contractuelles à venir, avec un premier coup de vis dès la fin du mois. A partir du 30 juin 2026, le DoW américain sera ainsi interdit de conclure des contrats directs avec les entreprises listées. Cette interdiction sera étendue aux achats indirects via des tiers dès juin 2027.

Des critères imprécis

Cette liste , aux contours fluctuants au gré du climat diplomatique entre Washington et Pékin est l'une des manifestations de la rivalité stratégique et technologique globale entre les deux puissances.

Elle se contente d'une définition sommaire. Sont ainsi vues comme "entreprises militaires chinoises" les entités soit détenues par l'appareil militaire chinoise (armée ou commissions affilées), soit contribuant à la stratégie de fusion militaire-civile, et "fournissant des services commerciaux, fabriquant, produisant ou exportant" et opérant de manière "directe ou indirecte" aux Etats-Unis.

La liste dévoilée lundi 8 juin est très proche d'une précédente version très brièvement publiée en février. Elle "constitue un avertissement pour les entreprises américaines, les pouvoirs publics et la population américaine", a estimé dans un communiqué John Moolenaar, député républicain responsable d'une commission parlementaire spéciale sur la Chine. L'élu exhorte les entreprises américaines à "cesser de faire des affaires" avec ces groupes qui "menacent notre sécurité nationale".

La liste comporte 80 compagnies, auxquelles s'ajoutent des filiales. Les deux fabricants de puces mémoire ChangXin Memory Technologies et Yangtze Memory Technologies y figurent à nouveau après en avoir disparu dans la version éphémère de février. Elle contient aussi des firmes chinoises impliquées dans le développement de l'intelligence artificielle (IA), dont Alibaba, Baidu et Tencent, cette dernière ayant été ajoutée précédemment sur la liste.

"L'allégation selon laquelle Baidu serait une entreprise militaire est totalement infondée", a réagi de son côté la compagnie sur les réseaux sociaux. Elle se dit prête à "employer tous les moyens" pour être retirée de la liste. Alibaba, qui estime également que sa présence sur la liste est "dénuée de fondement", assure dans un communiqué ne pas être "une entreprise militaire chinoise et n'est partie prenante à aucune stratégie d'assimilation civilo-militaire".

Le groupe se réserve la possibilité d'une contestation juridique. Sa présence sur la liste "n'aura aucune incidence sur les activités courantes du groupe aux États-Unis ni dans le reste du monde car ses activités sont sans lien avec les marchés publics de l'armée américaine", ajoute-t-il. Elle "n'entraînera aucune autre restriction aux exportations ni aucune sanction", affirme le groupe.