Al-Qard al-Hassan, société financière du Hezbollah visée par Israël et les Etats-Unis
information fournie par AFP 09/03/2026 à 16:29

Les bureaux de la société Al-Qard al-Hassan, liée au Hezbollah, après une frappe aérienne israélienne, le 2 mars 2026, à Tyre au Liban ( AFP / KAWNAT HAJU )

La société Al-Qard al-Hassan, liée au Hezbollah, constitue l'un des organes de puissance financière de la formation pro-iranienne, qui continue de fonctionner malgré les frappes israéliennes lundi sur des succursales et des tentatives américaines de l'asphyxier.

Dans un Liban en crise économique, cette société remplace les banques, avec des crédits et services jouissant d'une forte popularité, particulièrement auprès de la communauté chiite.

L'aviation israélienne a mené des frappes lundi sur des succursales d'Al-Qard al-Hassan dans la banlieue sud de Beyrouth, bastion du Hezbollah, après un avertissement.

La société "constitue un élément central du financement des activités terroristes du Hezbollah", a affirmé un porte-parole de l'armée israélienne.

L'institution est frappée depuis de longues années de sanctions par les Etats-Unis, qui cherchent à assécher les sources de financement du mouvement chiite.

Ils ont accentué leurs pressions au cours des derniers mois sur les autorités libanaises pour qu'elles ferment cette institution.

Un responsable du Trésor américain avait exigé lors d'une visite au Liban en novembre que l'Etat "lutte contre le blanchiment d'argent, la +cash economy+ (transactions en liquide, NDLR) et qu'il ferme al-Qard al-Hassan".

En février, les Etats-Unis ont annoncé de nouvelles sanctions contre la société d'échange d'or Jood SARL, qui dépend d'Al-Qard al-Hassan.

L'économie du Hezbollah repose grandement sur des flux en espèces, parfois acheminés par vols commerciaux, selon des experts.

- Popularité -

Les bureaux de la société Al-Qard al-Hassan, liée au Hezbollah, après une frappe aérienne israélienne le 2 mars 2026, à Baalbek au Liban ( AFP / Nidal SOLH )

Sous pression américaine, les autorités libanaises ont également pris des mesures visant à resserrer l'étau autour d'Al-Qard al-Hassan.

La Banque centrale a interdit en juillet toute transaction avec la société, dotée d'une trentaine de succursales à Beyrouth et dans plusieurs autres régions, dont certaines ne sont pas des bastions du Hezbollah.

La compagnie, enregistrée auprès des autorités depuis les années 1980, continue cependant de fonctionner.

Le secret de sa popularité: l'application des principes de la finance islamique, favorisant l'octroi de prêts sans intérêts. Et surtout, dans un pays en plein effondrement économique depuis 2019, la déliquescence des banques traditionnelles qui ne fonctionnent presque plus et ont retenu l'argent des Libanais.

Concrètement, Al-Qard al-Hassan fournit des microcrédits aux artisans et petites et moyennes entreprises agricoles ou industrielles. L'institution octroie des prêts en devises à ses clients, garantis par leurs dépôts en or.

Quand les banques avaient suspendu les crédits en raison de l'effondrement économique, l'association se targuait d'avoir octroyé 212.000 prêts, d'une valeur totale de 553 millions de dollars, en 2020-2021.

Lors de la guerre précédente entre le Hezbollah et Israël, d'octobre 2023 à novembre 2024, ses succursales à travers le territoire libanais avaient déjà été visées par des frappes. Certaines branches ont été reconstruites.

Al-Qard al-Hassan fait partie d'un réseau d'associations, écoles, hôpitaux et coopératives au service des partisans du Hezbollah, qui ont assis sa popularité au sein de la communauté chiite.

Mais elle dit offrir ses prêts "à tous les Libanais". Des clients issus des communautés chrétienne et musulmane sunnite ont indiqué par le passé à l'AFP avoir recours à ses services.

L'Iran a aidé à la création de l'organisation dans les années 1980, mais elle est désormais autofinancée, principalement par la communauté chiite libanaise, selon des experts.

Les détracteurs du Hezbollah fustigent l'institution car elle se soustrait aux régulations et aux contrôles du secteur bancaire.

Dès 2007, le Trésor américain avait gelé ses avoirs, et avait imposé en 2021 des sanctions contre plusieurs personnalités liées à l'institution.

L'organisation "est utilisée par le Hezbollah comme couverture pour gérer les activités financières" du mouvement "et avoir accès au système financier international", accusait alors le Trésor américain.