Aide publique au développement : la France rabote son budget et engage une "réorientation stratégique" pour mieux servir les intérêts des Français information fournie par Boursorama avec Media Services 06/10/2026 à 09:20
"Notre rôle, c'est de faire en sorte que notre investissement dans le développement serve les intérêts des Français au sens large", a analysé la ministre chargée des Partenariats internationaux.
Si la France réduit notablement le montant qu'elle consacre à l'aide publique au développement dans le projet de budget 2027 , elle ne tourne pour autant pas le dos à la solidarité internationale, a assuré mardi 6 octobre Éléonore Caroit, la ministre chargée des Partenariats internationaux. Avec, à la clé, une "réorientation stratégique" de son action, avec moins de projets mieux soutenus, et les intérêts de la France à l'esprit.
"C'est un budget qui, sans surprise, est en baisse parce que des efforts sont demandés à tous les ministères , et donc mon ministère participe à cet effort collectif de redressement des comptes publics et de limite de la dette dans l'intérêt des Françaises et des Français", a-t-elle déclaré dans un entretien avec l' AFP .
En autorisation d'engagements, l'Aide publique au développement (l'APD) est en recul de 43% à 2,47 milliards d'euros dans le projet de loi de finances (PLF) 2027. Pour le seul programme de "Solidarité à l'égard des pays en développement", pilier budgétaire du ministère des Affaires étrangères dédié à la mise en œuvre de l'APD, la diminution est de près de 29% pour les autorisations d'engagements, sous la barre des 800 millions d'euros.
"Marges de manœuvre"
Pour autant, estime Éléonore Caroit, ce budget laisse "des marges de manœuvre importantes pour continuer à mener à bien les réformes qualitatives et structurelles" de la politique de la France en matière de développement "afin qu'elle soit plus lisible, mieux comprise par les Français parce qu'elles sont absolument essentielles".
Jusqu'à récemment, "la France intervenait dans quasiment toutes les géographies et sur un nombre très important de projets", explique-t-elle. Un saupoudrage pas toujours efficace. La priorité est désormais donnée aux pays les plus vulnérables, aux secteurs jugés essentiels et aux projets susceptibles de servir à la fois les intérêts des pays partenaires et ceux de la France. Ces pays sont "essentiellement les pays d'Afrique subsaharienne" , précise-t-elle. "Et les secteurs prioritaires sont la santé, l'éducation et la nutrition".
"Plus encore que le combien, il faut regarder le comment", poursuit Éléonore Caroit, insistant sur le fait que les coupes budgétaires n'étaient ni motivées par des raisons "idéologiques" comme aux États-Unis, ni dans une volonté d'affaiblir le multilatéralisme.
Face aux critiques émises la semaine dernière sur la diminution programmée de financements par Paris de certains fonds et agences internationales, elle répond que le risque pour le multilatéralisme "est davantage dans son incapacité à se réformer" et à entendre certaines critiques qui peuvent être légitimes notamment sur la fragmentation.
Des investissements plutôt que des dons
"Il est essentiel que l'OMS reste le coordinateur de la santé mondiale", souligne-t-elle. Elle plaide en outre pour une rationalisation des acteurs, plusieurs pays partenaires de la France dénonçant la complexité des circuits de financement et la multiplicité des interlocuteurs à solliciter.
Rappelant que son ministère est celui des partenariats et non du développement, elle défend en outre une logique d'investissements plutôt qu'une logique de dons qui a longtemps prévalu. Participer au développement d'un pays, c'est "investir dans l'avenir, dans la stabilité, dans la santé mondiale", martèle-t-elle.
Au moment où la République démocratique du Congo (RDC) est confrontée à la plus grave épidémie d'Ebola de son histoire, la France a ainsi "intérêt à investir dans la lutte contre les pandémies" parce que les virus ne connaissent pas de frontières, souligne la ministre.
"Notre rôle, c'est de faire en sorte que notre investissement dans le développement serve les intérêts des Français au sens large", poursuit la ministre.
Et dans un contexte de contraintes budgétaires, "j'assume de dire que nous devons concentrer nos financements là où ils seront les plus lisibles, les plus efficaces, en privilégiant les secteurs où les entreprises françaises peuvent répondre aux appels d'offres" et avoir des chances de les remporter. Car "des projets (à l'étranger), ce sont des emplois en France", conclut-elle.