Aide au développement : la France devrait arrêter les financements à destination de la Chine, estime le dirigeant pressenti de l'AFD information fournie par Boursorama avec Media Services 08/04/2026 à 14:40
"La mondialisation vertueuse a fait place ces dernières années à une brutalisation des relations internationales", a souligné Christophe Lecourtier.
L'Agence française de développement (AFD) devrait ceser de financer des projets en Chine, a annoncé mercredi 8 avril le candidat pressenti pour prendre sa tête, Christophe Lecourtier, qui souhaite mettre en œuvre une réorientation géographique et sectorielle du bras financier de la diplomatie française.
Proposé en mars par l'Elysée, Christophe Lecourtier, 63 ans, ambassadeur de France au Maroc et ex-dirigeant de Business France, devrait prendre la tête de l'institution financière publique une fois sa candidature validée par la Haute autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) et par les parlementaires. Il succèderait à Rémy Rioux, qui a piloté l'AFD durant dix ans.
Christophe Lecourtier a dit vouloir "davantage de priorisation et de sélectivité pour davantage d'impact" , lors d'une audition préalable à sa nomination éventuelle, devant la commission des Affaires étrangères, de la Défense et des Forces armées du Sénat.
"Cela implique (...) de clarifier l'empreinte géographique de l'AFD sur la base d'une évaluation objective de nos intérêts et des avantages comparatifs de l'Agence dans chaque pays", a-t-il développé.
Brutalisation des relations internationales"
"Cela voudra dire sans doute moins de pays, en préservant l'Afrique, évidemment. Autant que possible, je renforcerai la concentration des ressources budgétaires sur les pays les plus pauvres et les plus vulnérables", a-t-il détaillé. "Cela impliquera aussi de réévaluer notre positionnement dans les grands pays émergents, et notamment en Chine. (...) Dès les conclusions de notre revue, je n'hésiterai pas à amorcer un arrêt ordonné des financements de l'AFD vers la Chine ", a ajouté le diplomate, alors que des parlementaires s'étaient montrés critiques sur le financement par l'AFD de projets dans ce pays d'Asie.
Ces déclarations s'appuient sur la constatation que "la mondialisation vertueuse a fait place ces dernières années à une brutalisation des relations internationales , politiques, économiques, commerciales".
"Constater cela sans y en tirer les conséquences, ce serait pire qu'une erreur, ce serait vraiment une faute", a-t-il ajouté. Selon lui, "les objectifs de coopération font partout place à des objectifs d'influence mesurés à l'aune des intérêts nationaux".
Depuis 2004, l'AFD Chine a financé 48 projets pour un montant de 2,2 milliards d'euros, selon le site de l'organisme. Et en 2020, la France a dépensé 140 millions d'euros d'aide publique au développement en direction de la Chine, selon un rapport un rapporte parlementaire, rappelait en décembre 2024 franceinfo . Un autre rapport parlementaire de 2022 indiquait que près de 60% de cette aide correspondant à des "frais d'écolage", soit des dépenses en faveur des étudiants chinois scolarisés dans des établissements universitaires français.
"Souvent, (...) mieux vaut ne pas faire que financer un partenaire qui fait appel à un concurrent stratégique. Souvent, mieux vaut ne pas faire que de financer des secteurs où la France n'a pas ou n'a plus de références, au risque de favoriser une expertise étrangère qui n'a surtout pas besoin de nous".
Christophe Lecourtier a également évoqué "une priorisation sectorielle sur la base d'un nombre limité de secteurs dans chaque pays".