Agression dans les transports: la leçon de Marguerite, héroine du RER C information fournie par AFP 29/09/2026 à 10:03
Depuis son acte de bravoure du 16 octobre 2025, lorsqu'elle a tiré une jeune femme des griffes de son violeur dans une rame du RER C au sud de Paris, Marguerite Dorvilien dit être "beaucoup plus attentive" à ce qui l'entoure et à ceux qui l'entourent.
Ce matin-là, cette directrice d'une école privée protestante d'Ablon-sur-Seine dans le Val-de-Marne, est parvenue seule à faire fuir l'agresseur d'une jeune Brésilienne de 26 ans, Jhordana, en lui adressant la parole et en le filmant avec son téléphone.
Pour son acte de courage, cette femme de 45 ans a reçu lundi soir la médaille nationale du mérite à Paris des mains du ministre des Transports Philippe Tabarot - qui a fait de la sécurité dans les transports son cheval de bataille - accompagné de la présidente de la région Île-de-France Valérie Pécresse, qui l'a elle-même déjà récompensée.
"Avant, je ne faisais pas attention à ce qui m'entourait dans les transports, aujourd'hui je pourrais facilement décrire les gens autour de moi. Jhordana était sur son portable, elle n'a pas compris immédiatement qu'elle était repérée par un prédateur", explique Mme Dorvilien à l'AFP, au milieu d'une foule d'amis et de sa famille.
"Il est important que les femmes, lorsqu'elles sont dans les transports, ne restent pas le nez collé sur leur téléphone", préconise celle que sa famille surnomme alternativement "la fusée" ou "l'ouragan" pour évoquer son énergie débordante et sa "détermination à faire le bien" autour d'elle.
"La peur change de camp"
Également pasteure d'une église évangélique, Marguerite Dorvilien, née à Port-au-Prince à Haïti, dit avoir simplement voulu être "celle qui ne détourne pas les yeux" en aidant Jhordana qui criait dans la rame de RER désertée pour tenter d'échapper à l'homme qui l'a aussi frappée et blessée au visage ce jour-là.
"Dans son film, on voit clairement que la tête de l'agresseur change au moment où Marguerite intervient, et que la peur change de camp d'un seul coup", souligne son ami Samuel Renson, pasteur à Champagne-sur-Oise, invité à la cérémonie du ministère des Transports, à Paris.
Au milieu de la foule, Jhordana est venue aussi, avec un ami et un bouquet de fleurs pour Marguerite. Elle se dit "très contente d'être ici, et reconnaissante". "Elle m'a sauvé la vie", balbutie la jeune femme.
Selon les chiffres de la préfecture de police de Paris, les violences sexuelles ont baissé de 0,9% l'an dernier dans les transports franciliens. Mais, selon une étude interne menée par la RATP en 2022, rendue publique par l'Observatoire national des violences faites aux femmes, sept femmes sur dix ont déjà été victimes de violences sexistes ou sexuelles dans les transports franciliens au cours de leur vie, huit sur dix pour les 15-18 ans, et neuf sur dix pour les 19-25 ans.
Lors d'une étude réalisée par Alter Egaux en 2021-2022 dans le département autour de Nice, les Alpes-Maritimes, six femmes sur dix disaient avoir été victimes de violences sexistes ou sexuelles dans les transports en commun, où 88% des témoins n'ont pas réagi.
Avant d'être directrice d'un collège ouvert aux enfants "qui ne se sentent pas bien à l'école", car atteints de troubles "dys" (dyslexique, dysgraphique, dyscalculique... HDI ou TDAH), puis d'une école primaire, Marguerite Dorvilien a aussi dirigé l'association "le refuge" dans le Val-d'Oise pour l'accueil de personnes précaires ou sans domicile fixe.
"J'aimerais faire davantage pour les femmes victimes de violences, pour les orphelins, mais j'ai appris qu'on ne peut pas porter toutes les causes" dit celle que la presse a surnommée "l'héroïne du RER C".