Affaire Lyhanna: Lecornu-Darmanin, duo à l'épreuve de la crise information fournie par AFP 15/06/2026 à 08:15
Sur l'affaire Lyhanna comme depuis son arrivée à Matignon, Sébastien Lecornu brille par sa discrétion. Une posture qui tranche avec celle de son ami et omniprésent garde des Sceaux Gérald Darmanin, qui concentre l'attention et les appels à la démission.
Différence de tempérament ? Répartition des rôles ? Le chef du gouvernement et son ministre de la Justice "se parlent tout le temps", assure un proche de ce dernier.
Les deux dirigeants perdent du terrain dans un sondage Ipsos BVA pour La Tribune Dimanche réalisé cette semaine: -5 points pour Gérald Darmanin, qui reste le ministre le plus apprécié (39%), -4 points pour Sébastien Lecornu, à 24% d'opinions favorables.
Et les appels formels ou incitatifs à la démission s'empilent sur le bureau du garde des Sceaux, de l'insoumise Mathilde Panot et l'écologiste Yannick Jadot au premier secrétaire du PS Olivier Faure, en passant par le Rassemblement national.
Des opposants qui "font de la politique", a évacué jeudi M. Lecornu, réitérant sa "confiance" envers son ministre.
Une épreuve au sommet du pouvoir pour ces deux amis - M. Lecornu est le parrain d'un des enfants de M. Darmanin - issus de la droite.
Le premier, inconnu du grand public, était un soutien de Bruno Le Maire quand le second était déjà député du Nord et œuvrait d'abord pour Xavier Bertrand, puis pour le retour de Nicolas Sarkozy. Les deux ont franchi le rubicon après l'élection d'Emmanuel Macron et l'arrivée d’Édouard Philippe à Matignon.
Membres de tous les gouvernements depuis juin 2017, ils font désormais partie du dernier carré de fidèles du chef de l’État.
Leur évidente complicité a même tourné au cocasse quand, pour rester au sein d'un gouvernement d'emblée fragilisé, M. Darmanin a été sommé par Lecornu de ne plus "faire de politique". Comprendre: mettre en sourdine son activité partisane - il a créé un parti, "Populaires"- et réfréner ses ambitions présidentielles.
Une injonction paradoxale alors que "Darmanin, c'est le seul au gouvernement dont la surface politique permet à Lecornu de le laisser en première ligne", relève cette semaine un observateur, qui le voit même en "paratonnerre" d'un Premier ministre dont la discrétion et la prudence épousent la mission assignée par l’Élysée: éviter la chute du gouvernement et une fin de quinquennat en catastrophe.
Fonceur et "démineur"
Si Sébastien Lecornu et Gérald Darmanin sont proches tant en politique que dans la vie, tout les oppose dans le style.
Autant celui qui revendique depuis longtemps d’être un "moine soldat" cultive la discrétion, autant le garde des Sceaux et ancien ministre de l'Intérieur communique à tout va, et encore davantage depuis la découverte des dysfonctionnements judiciaires dans l'affaire de la mort de la jeune Lyhanna, 11 ans.
Sébastien Lecornu a réuni à deux reprises les ministres concernés par l'affaire Lyhanna mais il ne s’est pas exprimé ensuite devant les caméras, réservant son expression aux questions au gouvernement en réponse à Marine Le Pen.
"Lecornu, c'est la technique du démineur", "c'est le plus malin", formule un député socialiste.
Charge à Gérald Darmanin d'occuper le terrain: "excuses" aux Français, passage sur le grill parlementaire, émissions spéciales sur les chaînes d'info, magistrats sommés de reprendre 70.000 dossiers de plaintes touchant à des enfants d'ici au 14 juillet...
"Il s'accroche pour pouvoir jouer un rôle dans la campagne" présidentielle, juge un conseiller.
Dans leur défense, les deux hommes frôlent parfois l'incohérence. Gérald Darmanin assure qu’il "ne nous a manqué ni de moyens, ni de lois" dans l'affaire Lyhanna quand Sébastien Lecornu annonce qu’il va enrichir le texte sur la protection des enfants, et que le budget sur les violences sexuelles ne sera pas rogné.
A moins qu'ils ne se partagent les rôles. Peu après la découverte du corps sans vie de Lyhanna, une source gouvernementale accuse la procureure d'Auch de n'avoir pas appliqué une circulaire pénale, tandis que Sébastien Lecornu invite les députés à ne pas jeter "l'opprobre" sur les juges.
"Qu'il puisse y avoir des critiques, c'est légitime". Mais elles "peuvent être perçues comme injustifiées" quand "elles proviennent de responsables qui font mine de découvrir une situation qui est connue de tous", a réagi le procureur général près la Cour de cassation, Rémy Heitz.