Affaire Epstein : l'ex-prince Andrew arrêté, choc historique pour la monarchie britannique
information fournie par AFP 19/02/2026 à 19:48

Le prince Andrew, avant qu'il ne perde son titre, le 25 décembre 2022 à Sandringham, en Angleterre ( AFP / Daniel LEAL )

L'ex-prince Andrew a été arrêté et placé en garde à vue jeudi, jour de son 66e anniversaire, à la suite d'allégations de "faute dans l'exercice de fonctions officielles" liées à l'affaire Epstein, du jamais vu dans l'histoire moderne de la monarchie britannique.

Dans un rare communiqué, le roi Charles III, frère aîné d'Andrew, a réagi en affirmant que "la justice doit suivre son cours".

Soulignant avoir accueilli la nouvelle "avec la plus profonde inquiétude", il a indiqué apporter "son soutien et sa coopération" aux autorités, et ajouté qu'il ne ferait pas d'autres commentaires tant que la procédure serait en cours.

Malgré ce scandale qui empoisonne son règne, il s'est ensuite rendu comme prévu à un défilé de mode pour l'ouverture de la Fashion Week londonienne et s'y est montré souriant.

Le prince héritier William et son épouse Kate, sont eux restés discrets, faisant simplement savoir qu'ils "soutenaient" la position du roi.

La police de Windsor, où se situe la résidence Royal Lodge où Andrew habitait jusqu'à en être récemment chassé par le roi, avait confirmé un peu plus tôt l'arrestation "d'un homme sexagénaire, résident du Norfolk, soupçonné de manquement à ses obligations dans l'exercice d'une fonction officielle".

Elle n'a pas nommé Andrew, comme c'est l'usage au Royaume-Uni, ni dit exactement où il avait été interpellé. Selon des médias britanniques, il a été arrêté dans sa nouvelle résidence de Sandringham (est de l'Angleterre) vers 08h00 du matin, et restait en garde à vue vers 18h00 (locales et GMT).

La police a ajouté perquisitionner deux adresses dans le Berkshire et le Norfolk, où se situent respectivement Royal Lodge et Sandringham.

Début février, la police de Thames Valley avait indiqué "évaluer" des allégations selon lesquelles Andrew avait transmis des informations potentiellement confidentielles au financier et pédocriminel américain Jeffrey Epstein, notamment des rapports de voyages en Asie effectués lorsqu'Andrew était envoyé spécial du Royaume-Uni pour le Commerce, de 2001 à 2011.

- "Intouchables" -

Plusieurs personnes interrogées par l'AFP à Londres ont accueilli jeudi cette arrestation avec joie, reflet de l'hostilité de l'opinion publique envers celui qui reste huitième dans l'ordre de succession au trône.

"Je pensais qu'ils (la famille royale, ndlr) étaient intouchables, c'est bien de savoir qu'ils ne sont pas au-dessus des lois, cela montre que la justice fonctionne", s'est réjouie Maggie Yeo, retraitée de 59 ans.

Harvey Jackson, 21 ans, rencontré dans un pub près de Sandringham, a dit "ne pas être surpris": "Où qu'il aille, il allait avoir des problèmes".

Ces derniers jours, la police avait indiqué examiner des documents contenus dans la dernière livraison des dossiers Epstein, publiés le 30 janvier par le ministère américain de la Justice.

De nouvelles accusations en avaient émergé à l'encontre de l'ex-prince, déchu de tous ses titres royaux par le roi en octobre, sur lesquelles Andrew n'a jamais fait de commentaire.

La police de Thames Valley avait notamment indiqué se pencher sur des allégations selon lesquelles une femme avait été envoyée au Royaume-Uni par Epstein en 2010 pour avoir des relations sexuelles avec Andrew, dans sa résidence de Windsor.

- Allégations d'agressions sexuelles -

La police n'a pas évoqué ces accusations jeudi. On ignore si elle pourrait l'interroger sur ce sujet.

Andrew a aussi été accusé par l'Américaine Virginia Giuffre d'agressions sexuelles remontant à l'époque où elle avait 17 ans - des accusations qu'il a toujours démenties dans le passé.

Les frères et sœurs de Virginia Giuffre se sont dit eux jeudi "réconfortés de savoir que personne n'est au-dessus des lois, pas même la royauté", ajoutant qu'Andrew n'avait "jamais été un prince", dans un communiqué.

En 2022, une action en justice intentée par Virginia Giuffre contre Andrew s'était soldée par un accord à l'amiable de plusieurs millions de livres.

Photo non datée, prise dans un lieu non divulgué et diffusée par le département de la Justice américain, le 30 janvier 2026, dans le cadre de l'affaire Jeffrey Epstein, montrant l'ancien prince britannique Andrew à quatre pattes au-dessus d'une femme allongée sur le sol ( US DEPARTMENT OF JUSTICE / Handout )

La tentaculaire affaire Epstein - dans laquelle jusqu'ici une seule personne, Ghislaine Maxwell, ex-compagne d'Epstein, a été condamnée - a mis en cause de multiples personnalités à travers le monde.

Mais la monarchie britannique est en première ligne, et cette arrestation, inédite depuis le XVIIe siècle, "met à l'épreuve sa transparence et ses responsabilités", a estimé l'historienne de la monarchie Anna Whitelock, de la City University de Londres.

Pour l'expert royal Ed Owens, "Andrew est comme une bombe non explosée" que la reine Elizabeth II - dont Andrew avait la réputation d'être le fils préféré - aurait léguée à Charles.

La police demandera-t-elle des informations sur sa période d'envoyé au commerce, ses relations avec Guislaine Maxwell, ou voudra-t-elle interroger les membres de la famille royale? "Toutes ces questions sans réponse doivent contribuer à l'anxiété du roi", a-t-il indiqué.