Affaire Crépol: 11 accusés renvoyés aux assises pour meurtre aggravé par du racisme contre les Blancs
information fournie par AFP 25/09/2026 à 15:27

Des fleurs déposées devant la salle des fêtes de Crépol, le 23 novembre 2023 dans la Drôme, où Thomas, un adolescent, est décédé le 19 novembre 2023 après avoir été blessé à l'arme blanche lors d'un bal ( AFP / OLIVIER CHASSIGNOLE )

Près de trois ans après la mort de Thomas Perotto dans le village drômois de Crépol, la justice a renvoyé onze jeunes hommes devant les assises pour meurtre aggravé par du racisme contre "la race blanche et la nation française".

L'un d'eux étant âgé de 17 ans au moment des faits, les juges d'instruction ont demandé qu'ils soient tous jugés par la cour d'assises des mineurs de la Drôme, avec un douzième accusé, lui, de violences volontaires avec arme, selon leurs conclusions consultées par l'AFP.

Compte tenu des recours possibles, le procès ne devrait pas se tenir avant la fin 2027 voir début 2028. En attendant, sept accusés restent en détention, un assigné à résidence et quatre sous contrôle judiciaire.

Au total, quatorze jeunes hommes avaient été mis en examen dans cette enquête, mais deux ont bénéficié d'un non lieu.

En raison d'une "loi du silence" qui a rendu leur travail difficile, les enquêteurs n'ont pas permis de déterminer quel accusé a porté le coup mortel au rugbyman de 16 ans à la fin du bal de l'hiver du petit bourg de Crépol.

Les juges d'instruction ont donc retenu le concept pénal de "scène unique" qui permet de juger tous les membres d'un groupe pour un crime, au motif qu'ils ont tous pris part aux violences.

Et ils ont retenu la circonstance aggravante de "discrimination objective" envers "la race blanche et la nation française" sur la base des déclarations de témoins qui assurent notamment avoir entendu : "on est là pour planter des Blancs et tuer des Français" ou "sale Français de merde".

"Sérénité"

Relevant que ces témoignages étaient "minoritaires", "imprécis" et "contradictoires", le parquet s'était opposé à l'ajout de cette circonstance aggravante.

Mais pour les juges d'instruction, 19 témoins "directs" ont rapporté ces propos hostiles, quelques heures seulement après les faits, ce qui a limité le risque de concertation.

"Ce renvoi soulève une question majeure: comment peut-on renvoyer notre client pour meurtre aggravé par une circonstance de racisme lorsque ni le coup mortel ni aucun propos raciste ne lui sont personnellement imputés ?", ont réagi Me Seydi Ba et Diala Al-Shaman, qui défendent l'un des accusés.

"Nous contestons cette logique d’imputation collective : chacun doit répondre de ses propres actes, et de rien d’autre", ont-ils ajouté.

Me Denis Dreyfus, qui représente plusieurs victimes, s'est en revanche dit "très satisfait" que la circonstance aggravante de racisme ait été retenu.

"C'était très important pour mes clients que l'on restitue la juste qualification aux faits tels qu'ils les ont vécus", a-t-il dit à l'AFP: cela va les aider à appréhender le procès "avec une plus grande sérénité" après "l'hypermédiatisation et l'instrumentation de cette affaire".

"Détourner le regard"

Dans la nuit du 18 au 19 novembre 2023, des jeunes venus du quartier populaire de la Monnaie à Romans-sur-Isère s'étaient battus avec un groupe de jeunes de Crépol, à l'issue du "bal de l'hiver" du village.

Dans un contexte confus, ils avaient sorti des couteaux et blessé grièvement quatre personnes, dont Thomas Perotto, lycéen de 16 ans et amateur de rugby, décédé lors de son transport à l'hôpital.

Interpellés après les faits, 14 jeunes hommes avaient été mis en examen, tous pour meurtre et tentatives de meurtre en bande organisée. Aucun n'a jamais admis avoir porté le coup mortel, même lors de la reconstitution virtuelle organisée il y a un an.

Ce drame avait suscité une forte émotion et de nombreux commentaires dans les médias et la sphère politique. La droite et l'extrême droite s'étaient notamment emparées du meurtre pour dénoncer un racisme anti-Blancs prégnant selon elles dans les banlieues.

Une manifestation de l'ultradroite aux allures d'expédition punitive a même eu lieu à Romans-sur-Isère dans le quartier de la Monnaie peu de temps après le drame.

La maire LR de la ville, Marie-Hélène Thoraval a salué vendredi la décision des juges d'instruction de retenir "la circonstance aggravante de racisme antiblanc et antifrançais". "Affronter la réalité s'impose!", a-t-elle écrit sur X.

"Pendant trop longtemps, certains ont préféré détourner le regard plutôt que d’affronter cette question", a renchéri le chef des députés LR Laurent Wauquiez sur le même réseau social.