Accusé de viol par soumission chimique, la personnalité "borderline" d'un homme en contact avec Dominique Pelicot
information fournie par AFP 11/06/2026 à 15:01

Un homme est jugé pour viol par soumission chimique de sa compagne devant la cour criminelle de Lyon, le 11 juin 2026 ( AFP / Jeff PACHOUD )

"Borderline", "pulsionnel", mais aussi "un super papa": les experts ont brossé jeudi, au premier jour du procès d'un homme ayant été en lien avec Dominique Pelicot accusé d'avoir violé et drogué sa compagne, un portrait tout "en fragilité".

Cette personnalité serait le fruit d'une enfance en panne d'affection - élevé par une mère seule - et d'un rêve de carrière dans les forces spéciales qui "s'effondre" après une blessure à la cheville, ont relevé l'enquêtrice de personnalité Léa Essertaise et le médecin psychiatre François Renault, devant la cour criminelle du Rhône.

Mais "mettre le couvercle sur ses angoisses", a ouvert la voie à un comportement "de compensation pulsionnelle", "borderline", où la consommation de drogue va en augmentant.

Interrogé sur la violence des vidéos prises par l’accusé lors des abus sur sa compagne, puis diffusées sur les réseaux, le Dr Renault explique qu'il "détourne" ainsi "ses frustrations, tout ce qui a été loupé dans sa vie, avec un degré d’égo surdimensionné", évoquant un enfermement "dans un scénario pervers et sexuel déviant alimenté par Internet".

A l'ouverture de son procès, l'ancien garde du corps de 39 ans, s'est lui aussi montré soucieux d'"apporter un éclairage" sur ses agissements, tout en assurant ne pas reconnaître "l'intégralité des faits".

"Vantardise"

Les débats devraient se poursuivre sur les échanges entre Dominique Pelicot, qui purge une peine de 20 ans de prison pour avoir violé et livré sa femme droguée à des dizaines d'inconnus, et l'accusé.

Dans une conservation en ligne, retrouvée lors de l'arrestation de Dominique Pelicot en septembre 2020, le mis en cause lui proposait de venir droguer sa femme afin de la violer.

"Tout le débat et tout l'enjeu de cette audience" vont être de "déterminer la mesure et l'ampleur (...) de ses liens" avec l'ex-mari de Gisèle Pelicot, a souligné l'avocate de la partie civile, Julia Studient, avant le début du procès.

"C'est peut-être un ballon de baudruche qui va se dégonfler", a répondu le conseil de l'accusé, Gabriel Versini-Bullara, tout en précisant ne pas nier "les liens" entre les deux hommes.

S'il n'est pas appelé à la barre, Dominique Pelicot réfutait auprès des enquêteurs avoir violé la victime. D'une part, parce que Lyon était "trop loin de chez lui" et d'autre part car l'accusé n'était, selon lui, "pas prêt à aller au bout des choses", a rappelé jeudi la présidente Dominique Thevenet.

A une personne que l'enquête n'a pas permis d'identifier, Dominique Pelicot avait cependant évoqué avoir abusé d'une coiffeuse lors d'un séjour à Lyon. Interrogé à ce sujet, il répondait qu'il avait seulement fait preuve de "vantardise".

Le Lyonnais n'a été arrêté que trois ans après l'arrestation de Dominique Pelicot, en juin 2023, et son téléphone perquisitionné. Les enquêteurs y retrouvent des vidéos de sa compagne inconsciente, alors que l'accusé se livre à des actes sexuels.

"Déshumanisée"

Après de premiers aveux, l'ancien garde du corps est revenu sur ses propos et clame son innocence, en évoquant un "jeu sexuel" avec la mère de son fils, ce qu'elle réfute.

L'avocat de la défense Gabriel Versini (G) se prépare avant l'ouverture du procès de son client accusé de viol par soumission chimique, à Lyon le 11 juin 2026 ( AFP / Jeff PACHOUD )

La victime s'est plainte aux enquêteurs de "trous noirs" après s'être endormie et d'une "grande fatigue entre 2020 et 2023, sans en comprendre l'origine".

L'"endormissement profond" de la jeune femme sur les vidéos "exclut toute forme de consentement" et "caractérise la surprise", a conclu l'instruction.

Son ex-conjoint est également accusé d'avoir, à l'aide d'une caméra cachée, filmé "sa femme dénudée" dans "l'intimité de leur chambre", dès le début de leur relation en 2015.

Des contenus qu'il est soupçonné d'avoir diffusé sur Internet, par le biais de faux profils créés à l'effigie de sa conjointe.

Cette dernière, qui s'est présentée à l'audience en lunette noire et casquette, déclare être fréquemment harcelée par des hommes sur Internet, depuis 2016. Certains se sont, à plusieurs reprises, présentés devant son lieu de travail, pensant avoir "rendez-vous" avec elle.

"C'est un dossier accablant qui démontre à quel point ma cliente a été déshumanisée", a pointé Me Studient. Avec ce procès, elle espère "débuter une nouvelle phase, celle de la reconstruction".