Abus sexuels: les évêques français annoncent des groupes de travail, mais pas de réparations
information fournie par Reuters 08/11/2021 à 12:51

ABUS SEXUELS: LES ÉVÊQUES FRANÇAIS ANNONCENT DES GROUPES DE TRAVAIL, MAIS PAS DE RÉPARATIONS

PARIS (Reuters) - Les évêques de France réunis en assemblée plénière à Lourdes ont annoncé lundi la création de groupes de travail qui devront réfléchir au fonctionnement de l'Eglise après les révélations sur l'ampleur des abus sexuels commis contre des mineurs, sans aller dans l'immédiat jusqu'à proposer des réparations pour les victimes.

Alors que les évêques ont reconnu vendredi la "responsabilité institutionnelle" de l'Eglise dans les abus sexuels dont ont été victimes des dizaines de milliers d'enfants pendant plusieurs décennies et le "devoir de justice et de réparation" qu'entraînait ce constat, les victimes et les associations qui les représentent espéraient la mise en place d'un mécanisme concret.

La création d'une instance indépendante, financée par un fonds de dotation et chargée d'identifier les victimes et de recueillir leurs demandes de réparation, était notamment évoquée avec insistance. Elle devait selon plusieurs médias être soumise au vote des évêques lundi matin.

Mais au terme de l'assemblée à Lourdes, le président de la conférence des évêques de France (CEF), Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort, n'a rien annoncé de tel.

Dans un discours empreint de gravité prononcé devant une image d'un enfant en pleurs, l'archevêque de Reims a répété que le rapport, publié début octobre, de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l'Eglise (Ciase) présidée par Jean-Marc Sauvé avait mis l'institution devant ses responsabilités.

"Le rapport a fait apparaître une réalité de l'Eglise que nous ne savions pas voir", a-t-il dit. "Il nous faut bien le reconnaître et le confesser, nous avons laissé se développer un système ecclésiastique qui (...) abîme, écrase, bafoue des êtres humains et leurs droits les plus élémentaires."

Mais si les évêques ont senti monter en eux "le dégoût et l'effroi" face à ce que les victimes ont subi, et si l'Eglise a été "obligée de regarder sa face sombre", Mgr de Moulins-Beaufort a estimé nécessaire de prendre le temps de la réflexion avant de traduire en actes les recommandations du rapport de la Ciase.

Les évêques, a-t-il dit, ont décidé pour cela la création de groupes de travail qui seront pilotés par des personnalités laïques et qui auront pour tâche de réfléchir à l'organisation et au fonctionnement de l'Eglise, avec l'aide d'un représentant du pape François et en collaboration avec les services de l'Etat comme la police et la justice.

"Ces groupes seront chargés de préparer les décisions qui seront adoptées", à plus ou moins court terme, et le cas échéant après des périodes d'expérimentation, a-t-il indiqué, précisant que ce travail continuerait "jusqu'au printemps 2023".

(Rédigé par Tangi Salaün, édité par Jean-Stéphane Brosse)