À Sintra, les dirigeants des banques centrales du monde entier trouvent un allié en la personne du nouveau président de la Fed
information fournie par Reuters 02/07/2026 à 09:25

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* Les banquiers du monde entier trouvent un réconfort auprès de Warsh

* La diplomatie discrète apaise les premières inquiétudes

* Le message prônant un retour aux fondamentaux recueille un large soutien

par Francesco Canepa et Balazs Koranyi

Les responsables des banques centrales du monde entier estiment avoir trouvé un nouvel allié en la personne de Kevin Warsh, président de la Réserve fédérale américaine, ce qui constitue un rare point de convergence dans une relation par ailleurs difficile avec Washington.

Au cours des trois jours de la réunion annuelle de la Banque centrale européenne à Sintra, au Portugal, le nouveau président de la Fed a tenu une série de réunions privées avec ses homologues européens et d’ailleurs, notamment un long déjeuner avec la présidente de la BCE, Christine Lagarde, dans la cour cloîtrée de l’ancien couvent qui accueille la conférence.

Les discussions sont restées largement générales, abordant à peine des questions telles que les tendances de l’inflation, les risques liés au système bancaire parallèle ou la coordination des politiques internationales, ont indiqué à Reuters des sources proches des discussions.

Mais les responsables ont interprété cette initiative de M. Warsh comme un signe que la Fed resterait engagée sur la scène mondiale, apaisant ainsi les craintes d’un retrait des forums internationaux qui constituent le pilier de la coopération entre les banques centrales.

Cette assurance était importante. Certains responsables de banques centrales craignaient en privé qu’une Fed dirigée par une personne nommée par Trump ne se montre plus sensible aux pressions de la Maison Blanche sur les taux d’intérêt ou moins attachée à la coordination internationale qui constitue depuis longtemps un pilier de la politique monétaire mondiale.

POURQUOI LES ENJEUX SONT ÉLEVÉS

La Réserve fédérale reste le principal fournisseur de liquidités en dollars en période de tensions financières et, pour certains pays, le dépositaire d’une part substantielle de leurs réserves d’or.

Elle est également la voix la plus influente dans les débats mondiaux sur la politique monétaire et la réglementation financière.

Dans ce contexte, les décideurs politiques sont arrivés à Sintra désireux de déterminer si les relations de travail étroites que beaucoup entretenaient avec l’ancien président de la Fed, Jerome Powell, survivraient à cette transition.

Plusieurs banquiers centraux qui connaissent M. Warsh depuis son mandat de gouverneur de la Fed entre 2006 et 2011, ou grâce à son implication ultérieure au sein de l’organe consultatif du Groupe des Trente, ont déclaré reconnaître en lui le même décideur politique avec lequel ils traitaient depuis des années.

D’autres ont toutefois averti qu’il était trop tôt pour juger de ses performances une fois en fonction, alors qu’il devra jongler entre la nécessité de préserver sa crédibilité et celle de gérer la pression exercée par la Maison Blanche.

BAISERS DANS L’AIR ET CONVERSATIONS À LA FRANÇAISE

L’accueil réservé à Warsh était remarquable, car de nombreux participants avaient auparavant serré les rangs autour de Powell lors de son long bras de fer avec Trump: un groupe de banquiers centraux, actuels et anciens, avait publiquement soutenu son indépendance, et les participants à la conférence de Sintra de l’année dernière lui avaient réservé une ovation debout.

Ce qui aurait pu être des débuts embarrassants a au contraire pris des allures de réunion conviviale entre banquiers centraux.

Lagarde a donné le ton lors du dîner d’ouverture de la conférence, en accueillant Warsh, arrivé en retard, par des baisers aériens et en exprimant publiquement son souhait de travailler en étroite collaboration avec lui.

Warsh a répondu par des gestes de sa part.

Parlant couramment le français après avoir étudié en France, M. Warsh a discuté avec certains participants français dans leur propre langue et, contrairement à certains invités de marque de la conférence qui ont tendance à rester entre eux, il a pris le temps de circuler parmi les gouverneurs lors du dîner informel de mardi.

S’exprimant lors d’une table ronde aux côtés de la présidente de la BCE, Christine Lagarde, du gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, et du gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem, M. Warsh a adopté un ton résolument collégial, se disant “honoré d’être sur scène avec trois collègues”.

Ces détails peuvent sembler insignifiants, mais dans le petit monde des banques centrales, les relations personnelles peuvent avoir leur importance lorsqu’une coopération s’impose en période de tensions financières.

TROUVER UN TERRAIN D’ENTENTE EN MATIÈRE DE POLITIQUE MONÉTAIRE

Les participants ont également identifié un terrain d’entente en matière de communication sur la politique monétaire.

La préférence de M. Warsh pour des messages plus simples et son scepticisme à l’égard des indications prospectives semblaient s’inscrire dans le thème plus large du “retour aux fondamentaux” qui a traversé la conférence.

Il a profité de cette rencontre pour souligner l’indépendance de la Fed et a déclaré que les décideurs politiques partageaient un certain nombre d’“appels communs” bien qu’ils opèrent dans des juridictions différentes.

Mme Lagarde a fait valoir que la BCE n’avait plus besoin de “formes complexes d’indications prospectives”, tandis que le gouverneur de la Banque d’Angleterre, Andrew Bailey, a noté que ces indications étaient “bien plus faciles à mettre en place qu’à supprimer”.

Des divergences subsistaient toutefois sous la surface. Mme Lagarde a déclaré que la BCE continuerait d’expliquer comment elle réagissait aux nouvelles informations, un concept qu’elle a qualifié de “cadre d’orientation”, une expression nouvellement inventée qui a ensuite trouvé un écho dans les remarques du gouverneur de la Banque du Canada, Tiff Macklem.

Warsh, en revanche, ne s’est guère montré enclin à discuter de la stratégie de la Fed.

Les participants se sont toutefois davantage concentrés sur les similitudes que sur les différences, certains voyant dans les discussions menées à la BCE sur la normalisation des réserves obligatoires des banques une preuve supplémentaire que les banques centrales des deux côtés de l’Atlantique s’éloignent des pratiques de l’époque de la crise.