A Sarcelles, deux candidats se disputent "le vivre ensemble" information fournie par AFP 20/03/2026 à 20:25
"Enfant de Sarcelles" où il a dirigé un centre social, Bassi Konaté fait campagne en tête dans ce bastion de gauche du Val-d'Oise dont le maire socialiste sortant a jeté l'éponge. "Franchement, vous avez créé la surprise", lui a lancé vendredi Marine Tondelier.
Costume gris et cravate assortie, Bassi Konaté est bien plus souvent reconnu, entre les étals du marché couvert, que la secrétaire générale du parti Marine Tondelier venue le soutenir "en copain" et qui lance aux marchands de primeurs: "Moi je suis la cheffe des écologistes, la cheffe des fruits et des légumes".
C'est en fait la première fois qu'elle rencontre le candidat "citoyen" (sans étiquette), soutenu au premier tour par La France insoumise (LFI) et Les Ecologistes, qu'elle présente à tous comme "le prochain maire" de Sarcelles, avant de prendre un thé à la menthe avec lui au soleil, en face d'une barre HLM promise à la démolition.
Ex-directeur de centre social de 38 ans, Bassi Konaté est arrivé en tête au premier tour des municipales avec 44,71% des suffrages dans la ville de 58.000 habitants.
Il a devancé le candidat soutenu par Horizons (27,58%), François-Xavier Valentin dit "FX", 40 ans, reléguant surtout à la troisième place le socialiste Patrick Haddad (25,40%) qui dirigeait Sarcelles depuis 2018.
Dans un bref communiqué mardi, M. Haddad estimait avoir pâti d'"une campagne particulièrement virulente de désinformation" et annonçait "retirer purement et simplement" sa liste, sans donner de consigne de vote...
Rencontré par l'AFP, M. Konaté voit dans ce retrait "une décision responsable et très digne", tandis que Marine Tondelier appelle partout en France les électeurs de gauche à faire "l'union dans les urnes".
De son côté, M. Valentin assure déjà récupérer "de nombreux soutiens de personnes qui étaient les adjoints" du maire socialiste sortant, et une partie de son électorat...
Longue veste bleu marine et chevelure châtain clair, ce candidat de 40 ans se présente en "ancien directeur des affaires publiques dans un cabinet de conseil", "formé à Science Po Paris", au conseil municipal depuis six ans. Le seul "à la fois rassembleur, raisonnable et ambitieux", assure son tract.
- A gauche depuis 1995 -
Quand les deux rivaux se croisent entre les étals, ils se serrent poliment la main.
Une fois éloignés, chacun accuse l'autre de masquer sa vraie nature politique.
Se targuant d'être "vraiment ancré à gauche", M. Konaté présente son rival comme "de droite voire d'extrême droite" et lui reproche d'être soutenu par un ancien maire socialiste pendant 20 ans, François Pupponi, condamné en 2025 à cinq ans d'inéligibilité pour détournement de fonds publics, rappelle-t-il.
M. Valentin, lui, ne parle de M. Konaté que comme "le candidat des Insoumis": "Le danger n'est pas forcément dans sa personne, plutôt dans les personnes qui le soutiennent", assure-t-il à l'AFP.
"Je ne veux pas que la mairie soit utilisée par des cadres de LFI pour venir tester des solutions et fracturer la population comme elle le fait au niveau national", avance-t-il, jugeant l'importante communauté juive de la ville "inquiète".
Dès son clip de novembre, Bassy Konaté promettait d'oeuvrer à "retrouver le vivre ensemble" de son enfance, dans une commune - particulièrement jeune - qu'il jugeait "de plus en plus divisée".
Désormais sollicité en tant que favori du scrutin, ce candidat d'origine malienne met par ailleurs les points sur les "i" quand on évoque avec lui le débat sur les candidats dits "racisés": "Ca ne me parle pas du tout. Je suis un enfant de la République (...) On s'adresse à tout le monde, sans distinction de couleur, de religion ou autre. On est français avant tout et on n'a pas à justifier ça".
"Noir ou blanc, ça n'a rien à voir avec mon choix", abonde une de ses électrices, Mireille Gvalia, Française d'origine congolaise et agent administratif de 52 ans, électrice d'Emmanuel Macron: "J'aime que Konaté veuille lutter contre les rixes" entre jeunes, "aucune bonne mère ne peut accepter ça".
Commerçante retraitée de 67 ans, Muriel Akriche, assure, elle, à M. Valentin qu'elle votera pour lui, convaincue que "LFI amène le désordre et n'aime pas la police".
Puis chacun repart tracter sur le marché de la ville - que la droite n'a pas gagnée depuis 1995.