A Saint-Denis, Bally Bagayoko, l'Insoumis qui a ravi la cité des rois aux socialistes information fournie par AFP 16/03/2026 à 16:31
L'Insoumis Bally Bagayoko, cadre de la RATP peu connu politiquement au-delà de la sphère locale, a réussi l'exploit, avec le PCF, de ravir dimanche, dès le premier tour des municipales, au parti socialiste, Saint-Denis, deuxième plus grande ville d'Île-de-France après Paris.
Son élection fait "la démonstration concrète que la stratégie nationale de LFI fonctionne", a-t-il appuyé auprès de l'AFP, et que les procès en "amateurisme" et "fake news" n'ont "pas été suffisants pour empêcher la victoire".
Pour Stéphane Peu, député communiste de la circonscription, Bally Bagayoko, 52 ans, "n'est pas un perdreau de l'année".
"Il a l'expérience des campagnes, mais il a aussi l'expérience de la gestion municipale. Il a aussi été vice-président du conseil général", rappelle-t-il.
La ville, qui a fusionné début 2025 avec Pierrefitte-sur-Seine et abrite la nécropole des rois de France, totalise aujourd'hui environ 150.000 habitants, ce qui fait de Bally Bagayoko le maire de la plus grande ville aux mains de La France insoumise.
- "Casser les caricatures" -
Né dans les Hauts-de Seine de parents maliens, issu d'une famille "nombreuse et heureuse", le nouveau maire a grandi à Saint-Denis et est rentré en politique en 2001 aux côtés du maire PCF de l'époque Patrick Braouezec.
C'était "un jeune très impliqué" dans le mouvement sportif de la ville, se remémore l'ancien maire, qui le soutient mais tient à souligner la forte abstention dans la ville (57%).
"Il va falloir qu'il gagne la confiance de ceux qui ne se sont pas déplacés", analyse-t-il en lui conseillant de rester "fidèle" à ses engagements LFI tout en tenant compte de la "diversité" des gens qui l'ont soutenu.
Pour l'eurodéputée LFI Manon Aubry, qui a fait campagne à ses côtés, cette victoire montre "l'impact du travail de terrain de Bally", qui "a été de toutes les batailles sociales, depuis des années".
Sa colistière Sofia Boutrih témoigne d'une personne "très accessible" et "très à l'écoute". Le mandat à venir devrait "casser les caricatures" qui entourent les hommes et femmes politiques originaires des quartiers, estime l'élue communiste.
Ex-joueur semi-professionnel de basket, puis entraîneur, il a profité de son tout dernier clip de campagne pour se mettre en scène en train de marquer un panier spectaculaire, dos au panneau.
Puis, marchant en costume cravate dans la ville, le père de quatre enfants décrivait son enfance en HLM, "façonnée par le service public et l'entraide". "Comme beaucoup d'entre vous", soulignait-il.
Lui qui se présente comme "un jeune des quartiers populaires qui a vécu les injustices dans sa chair", a tenu à mentionner les "dérives policières" et "discriminations".
Pour le député LFI Eric Coquerel, Bally Bagayoko "coche la case de quelqu'un qui est issu des quartiers populaires et d'une Seine-Saint-Denis dont on sait qu'elle est très souvent, pour beaucoup, issue d'immigrations relativement récentes" et, en ce sens, "est à l'image des habitants de Saint-Denis".
- "Une parenthèse" -
La bataille de Saint-Denis a été âpre, entre polémiques et accusations.
L'ancienne majorité s'était inquiétée que, selon elle, des narcotrafiquants faisaient campagne pour Bally Bagayoko. Jean-Luc Mélenchon a quant à lui été jusqu'à qualifier en meeting le maire sortant socialiste Mathieu Hanotin de "petit bourgeois visqueux".
Le score de 32,7% obtenu par Mathieu Hanotin qui, en 2020, avait mis fin à 75 ans de communisme municipal à Saint-Denis, a été un choc et une surprise dans le camp socialiste.
Celui qui est également président de l'établissement public territorial Plaine Commune (regroupant neuf villes) n'a pas fait de commentaire depuis sa défaite.
Mathieu Hanotin avait souhaité dès 2024 que Saint-Denis profite de "l'incroyable mise en lumière des JO" pour devenir "le leader en Île-de-France" du secteur hôtelier d'ici 2030. Il vantait volontiers les métamorphoses de la ville, depuis le 40e étage de la Tour Pleyel.
Prenant le contrepied de cette stratégie, Bally Bagayoko a régulièrement reproché à Mathieu Hanotin, qu'il qualifiait d'"agent immobilier", de laisser "une ville vendue, défigurée".
Pour Eric Coquerel, la victoire de Mathieu Hanotin en 2020 était "une parenthèse qui allait se refermer".