(Actualisé avec nouvelles déclarations)
par Idrees Ali et Sabine Siebold
BASE AERIENNE DE RAMSTEIN, Allemagne, 20 janvier
(Reuters) -
Aucun accord sur la fourniture à l'Ukraine de chars d'assaut
allemands Leopard n'a pu être conclu vendredi à Ramstein, où
étaient réunis les ministres de la Défense des alliés de Kyiv,
même si Berlin a nié faire obstacle à cette livraison.
Prenant la parole à l'issue de cette conférence
organisée sur la base aérienne de l'Otan, dans l'ouest de
l'Allemagne, le secrétaire américain à la Défense Lloyd Austin a
souligné qu'il était crucial de livrer de nouveaux équipements
militaires à l'Ukraine avant l'intensification attendue des
combats entre forces russes et ukrainiennes au printemps.
"La Russie se regroupe, recrute et tente de se
rééquiper", a-t-il dit. "Ce n'est pas le moment de ralentir."
"Nous avons une fenêtre d'opportunité entre aujourd'hui
et le printemps ou n'importe quel moment qu'ils (les Ukrainiens)
choisiront pour lancer leur contre-offensive, ce n'est pas
beaucoup de temps", a encore insisté le chef du Pentagone.
Lloyd Austin, qui a salué en l'Allemagne un "allié
fiable", a estimé que la liste d'équipements à envoyer à
l'Ukraine sur laquelle les ministres s'étaient entendus vendredi
était très complète, même sans chars Leopard. "L'Ukraine n'est
pas dépendante d'une seule plate-forme", a-t-il dit.
Le gouvernement allemand dispose d'un droit de veto sur
l'exportation de ces chars d'assaut, et le gouvernement du
chancelier Olaf Scholz semble réticent à donner son autorisation
par crainte de provoquer une escalade de la Russie, malgré de
très fortes pressions de Kyiv et de ses alliés occidentaux.
Berlin dit vouloir agir en accord avec ses alliés, comme
l'a confirmé le nouveau ministre allemand de la Défense, Boris
Pistorius.
"Il y a de bonnes raisons pour les livraisons et il y a
de bonnes raisons contre, et compte tenu de l'ensemble de la
situation d'une guerre qui dure depuis près d'un an, tous les
avantages et les inconvénients doivent être pesés très
soigneusement", a-t-il déclaré à des journalistes, sans
détailler ce qu'il percevait comme des avantages ou des
inconvénients.
"L'impression, qui est apparue occasionnellement, selon
laquelle il existe une coalition étroite et que l'Allemagne y
fait obstacle, cette impression est fausse", a-t-il ajouté.
COALITION
Les chars Leopard, que l'Allemagne a fabriqués par
milliers durant la Guerre froide, sont actuellement utilisés par
plusieurs armées européennes et certains pays comme la Pologne
et la Finlande ont d'ores et déjà annoncé être prêts à en
envoyer en Ukraine.
La Finlande a annoncé vendredi une nouvelle aide de plus
de 400 millions d'euros pour des équipements de défense à
l'Ukraine, qui n'inclut pas les chars Leopard dont elle dispose.
Vendredi matin, la Pologne a prévenu qu'elle pourrait
envoyer ses chars Leopard sans l'autorisation de Berlin.
"S'il y a une forte résistance, nous serons prêts à
prendre des mesures non standard", a déclaré le vice-ministre
des Affaires étrangères Pawel Jablonski à la radio privée RMF
FM.
Le ministre polonais de la Défense, Mariusz Blaszczak, a
toutefois fait part de son optimisme à l'issue de la réunion de
Ramstein. "Je suis persuadé que nous parviendrons à bâtir une
coalition", a-t-il dit.
L'Ukraine et la Russie s'appuient principalement sur les
chars T-72 de l'ère soviétique, détruits par centaines depuis le
début, le 24 février 2022, de la guerre que le président russe
Vladimir Poutine qualifie d'"opération militaire spéciale".
Moscou a estimé vendredi que la livraison de chars à Kyiv ne
changerait pas le cours du conflit et que l'Occident
regretterait d'être dans l'"illusion" d'une possible victoire de
l'Ukraine.
A Ramstein, le chef d'état-major interarmes des
Etats-Unis, le général George Brown, a averti qu'il serait "très
difficile pour l'Ukraine cette année d'expulser toutes les
forces russes de toutes les portions de territoire occupées par
la Russie".
(Reportage Idrees Ali et Sabine Siebold; avec la contribution
de Tom Balmforth à Kyiv, rédigé par Idrees Ali et Matthias
Williams, Version française Kate Entringer, Blandine Hénault et
Jean-Stéphane Brosse)