À quoi s'attendre de la Fed sous Kevin Warsh, selon ses propres déclarations
information fournie par Reuters 25/05/2026 à 12:47

Kevin Warsh, le nouveau président de la Réserve fédérale (Fed), est un critique acharné de la banque centrale américaine depuis 15 ans, c'est-à-dire depuis qu'il a quitté son précédent poste de gouverneur en 2011.

Ses propres déclarations donnent une idée de ce à quoi il faut s'attendre après son assermentation vendredi dernier en tant que président de l'institution, succédant ainsi à Jerome Powell à l'issue d'une transition marquée par de vives pressions de la Maison blanche.

L'INFLATION EST UN CHOIX

"Le Congrès a confié à la Fed la mission d'assurer la stabilité des prix, sans excuse ni équivoque, sans argument ni angoisse," a dit Kevin Warsh dans sa déclaration écrite pour son audition de confirmation au Sénat le mois dernier.

"L'inflation est un choix, et la Fed doit en assumer la responsabilité", a-t-il également souligné.

Lors de son intervention devant les sénateurs, il s'est exprimé de manière encore plus directe sur le rôle de la banque centrale, affirmant que "l'inflation est une décision de la Fed".

Ces propos, qui rappellent la célèbre affirmation de l'économiste américain Milton Friedman selon laquelle "l'inflation est toujours et partout un phénomène monétaire", constituent le coeur de la vision de Kevin Warsh, selon laquelle la remontée de l'inflation après la pandémie de COVID-19 a été le résultat évitable d'une erreur de la Fed.

Sa position pourrait toutefois être mise à l'épreuve dans un contexte de retour de l'inflation dû à la hausse des prix du pétrole et aux effets persistants des pressions sur les prix provoquées par les droits de douane américains.

Une hausse des taux d'intérêt visant à contenir l'inflation pourrait également compliquer ses relations avec le président américain Donald Trump, qui l'a nommé dans l'espoir qu'il abaisse les coûts d'emprunt après avoir vivement critiqué son prédécesseur pour ne pas l'avoir fait aussi rapidement qu'il l'aurait souhaité.

BILAN DE LA FED ET DÉPENSES PUBLIQUES

Kevin Warsh rejette l'idée, défendue par de nombreux économistes, selon laquelle l'inflation qui a suivi la pandémie de COVID-19 serait le résultat de la conjonction entre les perturbations des chaînes d'approvisionnement et la libération soudaine d'une demande de consommation refoulée en raison de la situation sanitaire.

"Je pense que l'inflation survient lorsque le gouvernement imprime trop de monnaie – j'entends par là que la banque centrale et, d'une manière générale, le gouvernement dépensent trop", a-t-il déclaré devant élus américains le mois dernier.

Kevin Warsh soutient que la Fed a favorisé les dépenses publiques en augmentant son bilan pendant la crise financière et en le maintenant à un niveau élevé bien après la fin de celle-ci.

C'est pourquoi le nouveau patron de la Fed souhaite réduire le bilan de la banque centrale, qui s'élève actuellement à environ 7.000 milliards de dollars et devrait augmenter progressivement, dans le cadre de son objectif affiché de "changement de cap" au sein de l'institution.

Ce qui est moins clair, c'est de savoir s'il fera également pression pour une réduction des dépenses publiques.

Les présidents de la Fed s'abstiennent généralement de formuler des recommandations budgétaires spécifiques, même s'ils soulignent systématiquement et de manière générale que l'endettement du gouvernement américain suit une trajectoire insoutenable.

COMMUNICATION ET ORIENTATIONS

Kevin Warsh s'est fermement opposé à la pratique de la banque centrale consistant à communiquer ses intentions de politique monétaire aux marchés financiers afin d'accroître l'impact de ses actions.

"Contrairement à bon nombre de mes collègues passés et présents, je ne crois pas aux indications prospectives," a-t-il déclaré le mois dernier.

"Je ne pense pas que je doive vous donner un aperçu de ce que pourrait être une décision future", a-t-il ajouté.

La plupart des responsables de banques centrales décrivent les indications prospectives non pas tant comme un "aperçu" d'une décision future, mais plutôt comme une présentation de la réponse qu'ils seraient susceptibles d'adopter si l'économie évoluait d'une certaine manière.

Kevin Warsh prend la tête de la Fed dans un contexte de profond désaccord sur l'orientation actuelle de la banque centrale, c'est-à-dire sur la formulation du communiqué publié par la Fed à l'issue de ses réunions, qui laisse entendre que la prochaine décision, le moment venu, sera une baisse des taux d'intérêt.

En avril, de nombreux membres de la banque centrale ont estimé que le communiqué devait être réécrit afin d'indiquer clairement que la Fed pouvait aussi bien relever que baisser les taux.

Kevin Warsh pourrait également tenter de mettre fin à d'autres formes d'orientation prospective de la Fed, notamment ses projections économiques trimestrielles qui incluent les prévisions des responsables de la Fed concernant l'économie et ce qu'ils estiment être la trajectoire appropriée de la politique monétaire en réponse.

DÉPENDANCE AUX DONNÉES, OU PAS

Le nouveau président de la Fed estime que l'institution accorde trop d'importance aux détails des données économiques qui, dans de nombreux cas, sont publiées bien après que les événements se sont produits et, selon lui, avec une précision à laquelle il ne faut pas se fier outre mesure.

"En économie, ce qu'il faut, c'est se concentrer sur les chiffres à gauche de la virgule, pas à droite", a-t-il déclaré le mois dernier.

Si on l'interprète à la lettre, cette opinion pourrait avoir de profondes répercussions, car elle pourrait signifier qu'il considère que la Fed devrait lire le taux d'inflation à la consommation de 3,8% enregistré en avril comme identique à celui de 3,3% enregistré en mars, ou que le fait d'atteindre un taux d'inflation de 2,9% correspond à l'objectif de 2% fixé par la banque centrale.

PAS DE PROMESSES

Kevin Warsh a déclaré devant le Sénat qu'il n'avait fait aucune promesse à Donald Trump concernant l'évolution des taux d'intérêt.

"Le président ne m'a jamais demandé de prédéterminer, de m'engager, de fixer ou de décider d'une quelconque décision relative aux taux d'intérêt lors de nos discussions, et je n'accepterais jamais de le faire", a-t-il dit.

"Si des erreurs sont commises, les banquiers centraux – les décideurs économiques – doivent les corriger rapidement", a-t-il également souligné.

Ces propos seront scrutés à la loupe dans les mois à venir, alors que la Fed débat de la conduite à tenir non seulement concernant ses indications prospectives, mais aussi en matière de taux directeur.

CE QU'IL N'A PAS DIT

Le silence de Kevin Warsh sur toute une série d'autres sujets soulève des questions importantes.

Il n'a jamais dit — et on ne lui a jamais posé la question directement — s'il estimait que le taux directeur de la Fed, actuellement dans une fourchette de 3,50% à 3,75%, était trop élevé ou mal ajusté.

Il n'a pas réaffirmé son engagement envers l'objectif d'inflation de 2% fixé par la Fed, même s'il est difficile de savoir si cette omission signifie qu'il privilégie un autre objectif ou qu'il ne souhaite pas fixer de cible quantitative précise.

Il n'a pas non plus insisté sur l'importance des anticipations d'inflation en tant que déterminant de l'inflation réelle, un pilier fondamental de la banque centrale moderne et un sujet de prédilection de Powell.

Quant à l'autre volet du double mandat de la Fed, le plein emploi, le nouveau président n'a pratiquement pas donné son avis.

Kevin Warsh a également refusé de se prononcer sur la tentative de Donald Trump de destituer la gouverneure de la Fed Lisa Cook, une affaire actuellement devant la Cour suprême et que Jerome Powell a qualifiée de plus importante affaire judiciaire de l'histoire de la banque centrale.

(Ann Saphir, version française Diana Mandiá, édité par Augustin Turpin)