A New York, délicat baptême du feu budgétaire pour Mamdani information fournie par AFP 21/02/2026 à 10:18
Près de deux mois après son entrée en fonction, porté par un fervent élan autour de sa promesse de lutter contre l'envolée du coût de la vie, le nouveau maire de New York Zohran Mamdani envisage d'augmenter une impopulaire taxe foncière.
En dévoilant cette semaine son budget pour la mégapole (127 milliards de dollars, comparable à celui d'un pays européen de taille moyenne), l'élu issu de la gauche du Parti démocrate calcule qu'il manque 5,4 milliards pour être à l'équilibre, blâmant son prédécesseur Eric Adams.
Pour combler le trou, il s'est tourné vers l'Etat de New York, demandant à la gouverneure Kathy Hochul, une démocrate modérée avec laquelle il est allié, d'augmenter la taxe sur le revenu des habitants gagnant plus d'un million de dollars par an, et de ponctionner plus fortement les entreprises les plus rentables.
Une double option que le jeune maire de 34 ans juge "durable et juste", car ne reposant pas "sur les épaules des New-Yorkais des classes populaires et moyennes".
Mais s'il ne l'obtient pas, il a prévenu qu'il serait contraint d'actionner "le seul levier de recettes pleinement sous le contrôle" de la ville, à savoir, la taxe foncière appliquée par la municipalité.
Problème: la mesure risque d'être hautement impopulaire. Dans l'une des villes les plus chères du monde, environ 30% des New-Yorkais sont propriétaires de leur logement, et payent déjà en moyenne 6.300 dollars par an de taxes foncières.
- "Fin de la lune de miel" -
Une hausse toucherait autant les habitants des quartiers huppés de Manhattan que les propriétaires de maisons individuelles dans le Queens ou à Staten Island, souvent issus des classes moyennes supérieures, un électorat que les démocrates cherchent à ne pas aliéner.
"Beaucoup d'entre eux ont voté pour Mamdani parce qu'il prétendait rendre la ville plus abordable. Cela ne me semble pas juste", pointe dans une tribune Ruth Colp-Haber, présidente de la société de conseil immobilier Wharton Property Advisors.
Plutôt que d'augmenter les taxes, "le meilleur choix serait de supprimer les dépenses qui n'améliorent pas la vie des New-Yorkais et de rendre le gouvernement plus efficace", juge pour sa part Andrew Rein, président de la Citizens Budget Commission, organisation indépendante qui analyse les finances publiques.
Stratégiquement, menacer d'augmenter les taxes foncières si la gouverneure n'agit pas de son côté en ponctionnant les plus aisés "est assez malin de la part du maire. Cela revient en quelque sorte à opposer les 30% (de propriétaires) aux 2% les plus riches", juge auprès de l'AFP Lincoln Mitchell, politologue à l'Université Columbia.
Sauf que rien ne dit que Kathy Hochul acceptera de taxer les millionnaires et les grosses entreprises. D'autant plus qu'elle est en campagne pour sa réélection en novembre, observe Costas Panagopoulos, politologue à la Northeastern University de Boston.
Un scrutin pour lequel Zohran Mamdani lui a déjà apporté son soutien, ce qui le prive d'un levier de négociation possible.
Dans l'immédiat, des discussions discrètes se poursuivent à Albany, capitale de l'Etat. Le budget doit être finalisé au printemps, ce qui laisse plusieurs semaines au jeune maire pour obtenir d'éventuelles concessions.
"Il est désormais sorti de sa période de lune de miel, les réalités de la gouvernance commencent à se faire sentir", conclut Costas Panagopoulos.