A Metz, Léon XIV appelle à "renoncer à certaines positions" pour parvenir à la paix en Ukraine
information fournie par Reuters 28/09/2026 à 18:00

* Metz, dernière étape française du souverain pontife

* Hommage à Robert Schuman, fondateur de l'Europe

* Mettre fin au "massacre inutile" en Ukraine

* Le pape fait l'éloge du multilatéralisme et de la diversité

(Actualisé avec déambulation et messe)

par Joshua McElwee et Elizabeth Pineau

Le pape Léon XIV a appelé lundi à "faire preuve de courage dans la négociation" et à "sacrifier certaines positions pour parvenir à la paix" en Europe afin de mettre un terme au "massacre inutile" de la guerre russo-ukrainienne.

Dans un discours à Metz (Moselle), dont fut député Robert Schuman, l'un des pères fondateurs de l'Union européenne - il a déploré, sans citer la Russie ni l'Ukraine, que "la guerre soit de retour, y compris en Europe", un "nouveau 'massacre inutile' qui fait chaque jour d'innombrables victimes civiles".

"Il est nécessaire de s'engager dans un dialogue patient, de faire preuve de courage dans la négociation et d'être prêt à sacrifier certaines positions pour le bien supérieur de la paix", a-t-il dit sans citer les destinataires de ce message, rappelant un appel similaire lancé par le pape Benoît XV en 1917, en pleine Première Guerre mondiale.

Le pape Léon XIV a réitéré son opposition à la hausse des dépenses militaires européennes, qui ont connu l'an dernier leur plus forte augmentation depuis la fin de la guerre froide sous la pression du président américain Donald Trump et face à l'intransigeance de la Russie de Vladimir Poutine.

"Il faut se garder de l'illusion du réarmement", a dit le souverain pontife.

Exposant sa vision politique de l'Europe, le pape a fait l'éloge de l'intégration et du multiculturalisme, alors que l'extrême droite gagne du terrain sur le Vieux continent.

S'exprimant en français, comme il le fait depuis le début de sa visite apostolique de quatre jours qui l'a aussi conduit à Paris et Lourdes (Hautes-Pyrénées), le pape a exhorté les Européens à se souvenir des valeurs fondatrices de l'UE, notamment l'État de droit et l'égalité de tous, sans distinction de race, de couleur ou de classe sociale.

DES RELATIONS "DE PLUS EN PLUS BARBARES"

Aux côtés du président français Emmanuel Macron, Léon XIV a exhorté les dirigeants européens à intégrer les migrants arrivant sur le continent "comme dans sa propre famille" et favoriser une "rencontre inédite entre peuples et cultures qui appelle à la redécouverte créative de nos racines et, en même temps, à une écoute attentive de l'autre".

Quelques heures avant cette intervention papale, trois migrants, dont un enfant, ont péri en tentant de traverser la Manche pour rejoindre la Grande-Bretagne au départ de la France.

Comme vendredi au siège de l'Unesco, le pape s'est posé en défenseur d'un multilatéralisme notamment mis à mal par le président américain Donald Trump.

"Le droit international et le multilatéralisme soulignent l'égalité effective des États dans leurs relations mutuelles et constituent le meilleur antidote à la volonté de domination, qui est à l'origine de tout conflit", a dit Léon XIV, qui est Américain.

"Aujourd'hui, les relations humaines, et entre les États, sont de plus en plus barbares. La valeur de la parole donnée est méprisée ; on se vante plutôt du mensonge et de la tromperie", a-t-il ajouté.

Invoquer Dieu pour "légitimer la violence ou l'oppression" équivaut à une "profanation", a-t-il aussi déclaré.

"HARMONISATION DES DIFFÉRENCES"

S'exprimant avant le pape, le président Emmanuel Macron a décrit une Europe "qui s'est construite sur un socle gréco-romain et judéo-chrétien". Léon lui a fait écho en affirmant qu'"on ne peut pas parler de l'Europe sans évoquer le christianisme".

Le président français, qui quittera le pouvoir l'an prochain a invité l'Europe à avoir le "courage" de "ne pas céder au repli, à la haine de l'autre, au retour au nationalisme".

Des propos qui résonnent alors que l'AfD, parti d'extrême droite, prospère en Allemagne et que les nationalistes du Rassemblement national sont aux portes du pouvoir en France.

Étaient présents à Metz le prince Albert de Monaco, le Grand-Duc et le Premier ministre de Luxembourg, l'ancien président de la Commission européenne Jean-Claude Juncker et la ministre-présidente du Land voisin de Sarre.

Léon XIV a déambulé dans les rues de Metz à bord de sa "papamobile", acclamé par quelque 35.000 personnes selon le Vatican.

"Metz était une terre de guerre et le pape a apporté un message de paix. C'est important pour l'avenir de l'Europe", a déclaré Stefano Montana, chef d'entreprise de 31 ans venu vivre un moment "historique".

Lors d'une messe en la cathédrale Saint-Etienne, qui contient des vitraux du XIIIe siècle et d'autres réalisés par l'artiste Marc Chagall au XXe, en présence d'Emmanuel Macron et de ses invités, Léon XIV a loué la diversité.

"En contemplant ces vitraux, nous apprenons que l'avenir de l'Europe ne réside pas dans l'uniformisation, mais dans l'harmonie des différences où la blessure du passé devient une brèche laissant passer la lumière", a-t-il dit dans son homélie.

Léon XIV devait regagner Rome en fin de journée.

(Reportage Joshua McElwee et Elizabeth Pineau, édité par Benoit Van Overstraeten)