A Liverpool, Andy Burnham défend un réengagement de l'Etat et se projette au-delà de 2029
information fournie par AFP 29/09/2026 à 18:31

Le Premier ministre britannique, Andy Burnham, lors de son discours au troisième jour du congrès annuel du parti travailliste à Liverpool, en Angleterre, le 29 septembre 2026 ( AFP / Oli SCARFF )

Le Premier ministre britannique, Andy Burnham, a prononcé mardi un plaidoyer vibrant pour un réengagement de l'Etat dans de nombreux services essentiels, comme l'eau et l'énergie, et a promis de s'atteler à une vaste réforme du système social et des retraites.

Sur la scène du congrès annuel du parti travailliste à Liverpool, le dirigeant de 56 ans s'est engagé à "rompre" avec les gouvernements précédents qui ont selon lui mis le Royaume-Uni sur "un mauvais chemin", devant une salle qui n'a pas caché son enthousiasme, ni son soutien lorsqu'Andy Burnham a difficilement retenu ses larmes en évoquant son père, décédé plus tôt ce mois-ci.

Arrivé au pouvoir en juillet, sa prise de parole était très attendue, beaucoup de militants travaillistes, mais aussi de Britanniques, souhaitant connaître son projet pour le Royaume-Uni, au-delà des quelques mesures de pouvoir d'achat annoncées jusqu'ici.

"Nous ferons en sorte que le pays fonctionne de nouveau pour vous", a-t-il lancé, s'exprimant sans pupitre et avec son aisance habituelle qui tranche avec son prédécesseur Keir Starmer. Ce qui passe selon lui par "davantage de contrôle" accordé aux pouvoirs publics sur les services essentiels.

Il s'est engagé à lancer un vaste programme de logements sociaux, à créer une entité publique pour gérer le réseau électrique, et a annoncé une loi pour permettre une nationalisation des services d'eau.

Le Premier ministre britannique, Andy Burnham (centre g) et son épouse Marie-France van Heel (centre d) à au congrès du parti travailliste à Liverpool, en Angleterre, le 29 septembre 2026 ( AFP / Paul ELLIS )

Le Premier ministre est confronté à des choix pressants, avec son premier budget prévu fin octobre dans un contexte difficile. Mais il reste largement contraint par le programme de son prédécesseur, qui a porté le parti de centre-gauche au pouvoir en 2024 après 14 années dans l'opposition.

Alors il s'est largement concentré mardi, dans un discours aux accents de campagne, sur ce qu'il entend défendre lors des prochaines élections, prévues en 2029.

Il a dit vouloir travailler à une vaste réforme du système social, sur le modèle du NHS, le système de santé public et gratuit, financé par l'impôt. Pour la financer, il s'est dit prêt à changer des règles de calcul des pensions de retraite à partir de 2030.

Un dossier très périlleux électoralement et qui est déjà attaqué par les oppositions. Le chef du parti nationaliste Reform UK Nigel Farage l'a accusé "d'abdiquer sa responsabilité envers les retraités".

Dans la même veine, Andy Burnham a annoncé la création d'une commission pour plancher sur une réforme du système électoral actuel, grâce auquel le Labour a obtenu une imposante majorité à la Chambre des communes en ne remportant qu'environ 30% des voix au niveau national.

"Options" pour se rapprocher de l'UE

Sur le plan diplomatique, le Premier ministre proposera "différentes options" pour les relations entre le Royaume-Uni et l'Union européenne à l'occasion d'un sommet bilatéral prévu d'ici la fin de l'année.

"Nous ne mettrons pas le Royaume-Uni sur la voie claire dont nous avons besoin (...) tant que nous n'aurons pas décidé la relation de long terme" avec l'UE, a-t-il affirmé, assurant notamment vouloir défendre l'économie britannique.

Le Royaume-Uni s'inquiète en particulier du projet européen visant à défendre le "made in Europe", qui pourrait avoir des conséquences négatives pour l'industrie britannique.

Dans les allées du congrès, son discours a largement séduit. "C'est tout ce que j'ai toujours voulu entendre de la part d'un Premier ministre", s'enthousiaste Ralitsa Vasilovska, cheffe d'entreprise de 39 ans, qui salue aussi une "prise de risque politique".

Pour Gloria Mills, une syndicaliste, avec Andy Burnham "le Labour a retrouvé ses valeurs".

La question pour lui est désormais de savoir s'il peut convaincre au-delà des travaillistes.

"Rien de ce que Burnham a annoncé aujourd'hui ne regèlera les problèmes de long terme du Royaume-Uni", a critiqué la cheffe de l'opposition travailliste, Kemi Badenoch, l'accusant de vouloir "ramener le pays dans les années 1970".

Si le Labour s'est hissé en tête des sondages d'intention de vote peu après l'arrivée de Burnham, Reform UK est repassé devant (25% contre 24%) dans une enquête de l'institut YouGov publiée mardi, alors que la question de l'immigration est l'un des principaux sujets de préoccupation dans la population.

Sur ce thème, Andy Burnham a pointé la responsabilité du Brexit, et par extension de ses promoteurs, dont Nigel Farage, même s'il a dit "comprendre la colère" au sujet des arrivées clandestines de migrants par la Manche sur de petites embarcations, notant qu'elles ont toutefois baissé de 40% cette année.