"A l'école, elle aurait dû être en sécurité": la mère d'Evaëlle demande la reconnaissance du harcèlement de sa fille
information fournie par AFP 09/02/2026 à 16:59

Les parents d'Evaëlle arrivent à la cour d'appel de Versailles, le 9 février 2026 ( AFP / Alain JOCARD )

Au procès en appel de la professeure d'Evaëlle, une collégienne de 11 ans qui s'est suicidée en 2019, sa mère a imploré lundi la justice de reconnaître le harcèlement imputé à l’enseignante, relaxée en première instance.

"A l'école, elle aurait dû être en sécurité, elle aurait dû pouvoir faire confiance aux adultes. A la place, elle a rencontré l'humiliation, l'isolement et un jour, ce poids est devenu trop lourd à porter", a déclaré Marie Dupuis à la barre de la cour d'appel de Versailles.

"La passion d'Evaëlle était la lecture (...). Elle était coquette, elle aimait les chevaux et par-dessus tout son chat Lancelot", a partagé la mère de famille, des sanglots dans la voix.

"Rendre justice, c'est responsabiliser cette professeure qui ne se remet pas en cause et qui porte une responsabilité écrasante du fait de son statut", a ajouté la mère d'Evaëlle.

Dans la matinée, la professeure de français s'était défendue d'avoir eu un comportement hostile envers la collégienne.

"Il m'arrivait de répondre sèchement à des élèves mais je n'ai jamais ciblé un élève en particulier", a déclaré très calmement à la barre l'enseignante, vêtue d'un tailleur pantalon marron à rayures.

A plusieurs reprises, l'enseignante de 63 ans, aujourd'hui à la retraite, a maintenu sa version des faits: "Mon intention n'était pas de la mettre en difficulté mais de l'aider au contraire".

"Oui, je lui ai fait des remarques sur son travail, sur le fait qu'elle faisait autre chose pendant la classe, mais comme je le faisais avec d'autres élèves", a-t-elle poursuivi.

- "Pire journée" -

Evaëlle, une élève décrite comme "précoce", "atypique" et ayant "du mal à entrer dans le moule", s'est pendue dans sa chambre du pavillon familial à Herblay (Val-d'Oise) en juin 2019.

Depuis son entrée en sixième au collège Isabelle-Autissier de la ville, les problèmes s'étaient multipliés pour l'adolescente, déjà victime de brimades en primaire.

Victime de violences et d'insultes de la part de ses camarades, elle faisait aussi face à des tensions avec sa professeure de français.

Elle était rentrée un jour chez elle bouleversée après une journée où l'enseignante avait demandé à tous les élèves de la classe de répondre à la question: "Pourquoi Evaëlle se sent-elle harcelée et exclue?". Face à ses pleurs, l'enseignante s'était énervée et lui avait intimé de répondre aux questions.

A ses parents, Evaëlle avait évoqué la "pire journée de (sa) vie".

"La mettre au centre de cette séance de vie de classe, vous pensiez que ça allait pouvoir bien se passer?", a interrogé la présidente de la cour d'appel, interloquée par la méthode de l'enseignante.

"Ecoutez, il y a eu des avancées je pense, le but c'était de résoudre les problèmes entre élèves", a-t-elle justifié.

-"Personnalité clivante"-

Pendant de longues minutes, la professeure de français a écouté les nombreuses déclarations des élèves de 6eE entendus pendant l'enquête, lues à l'audience.

Un enfant avait déclaré que l'enseignante "faisait beaucoup de remarques à Evaëlle, elle lui criait souvent dessus". "C'était contre Evaëlle tout le temps, je pense qu'elle s'en prend aux faibles", avait mentionné une autre camarade de classe.

Les parents d'Evaëlle font une déclaration à la presse à leur arrivée au tribunal de Versailles, le 9 février 2026 pour le procès en appel pour harcèlement de l'enseignante de leur fille ( AFP / Alain JOCARD )

Dans l'après-midi, la cour a également entendu le témoignage de J., un ancien élève qui a porté plainte pour harcèlement contre l'enseignante.

Il a raconté les brimades, les moqueries dont il a été victime en cours de français: "tu es débile", "tout le monde a compris sauf J.".

"Oui, j'ai pu avoir des propos peut-être un peu secs, un peu cassants. Mais ce n'était pas mon intention", s'est défendue la professeure. "Je ne voulais pas faire mal, je ne me disais pas: +chouette je vais harceler un enfant+", a poursuivi l'enseignante qui reconnaît avoir une "personnalité clivante".

Une autre ancienne élève a également porté plainte pour harcèlement contre l'enseignante.

En avril 2025, la professeure avait été relaxée au terme d'un procès éprouvant à Pontoise (Val-d'Oise).

Le tribunal avait estimé que les éléments retenus contre l'enseignante étaient "discordants, indirects, peu précis " ou relevant simplement de " comportements appropriés et légitimes pour l’exercice de l’autorité d’un enseignant en classe ".

Le ministère public, qui avait requis 18 mois de prison avec sursis contre la professeure, avait fait appel du jugement.

Depuis une loi de mars 2022, le harcèlement scolaire est reconnu comme un délit.