A l'approche des municipales, le débat s'enflamme à gauche
information fournie par AFP 04/03/2026 à 12:37

Le fondateur de La France Insoumise Jean-Luc Melenchon le 31 janvier 2026 à Roubaix, dans le Nord ( AFP / Sameer Al-DOUMY )

La joute verbale constante entre La France insoumise et le Parti socialiste atteint mercredi un niveau de violence inédite autour de la figure clivante de Jean-Luc Mélenchon, accusé d'antisémitisme, avec le risque d'affaiblir les chances de la gauche aux élections municipales.

Le bureau national du PS a exacerbé mardi soir une situation déjà explosive en estimant que le leader insoumis avait véhiculé des "caricatures complotistes et propos antisémites intolérables" lorsqu'il a ironisé ou plaisanté sur la prononciation des patronymes juifs "Epstein" et "Glucksmann".

Ces reproches, que le parti à la rose n'avait jamais formulés aussi directement, ont provoqué la colère de Jean-Luc Mélenchon, qui se défend de tout antisémitisme et les a jugés "intolérables".

Insupportable "désolidarisation du combat antifasciste qui reprend les attaques de l'extrême droite", a ajouté l'ex-socialiste, le PS ayant aussi critiqué le mouvement d'ultragauche La Jeune Garde, lié à LFI et suspecté d'être mêlé à l'homicide de Quentin Deranque à Lyon.

"Je n'ai pas de leçon à recevoir d'un bourgeois sur son canapé qui fait de l'antisémitisme une expression commune dans beaucoup de ses discours", lui a répondu mercredi Pierre Jouvet, secrétaire général du PS, sur Public Sénat.

Pierre Jouvet, secrétaire général du PS, le 26 janvier 2026, à Paris ( AFP / Sébastien DUPUY )

Pour le socialiste, Jean-Luc Mélenchon est devenu "l'homme politique le plus détesté de ce pays" et risque de "mettre toute la gauche française au ban de la société".

Chacun accuse l'autre d'offrir un boulevard au Rassemblement national en attaquant son propre camp plutôt que l'extrême droite.

LFI, poursuivant l'escalade, a dénoncé mercredi dans un communiqué l'"irresponsabilité totale" de la direction du PS qui commet "une faute d'une gravité absolue" alors que la France "subit une offensive fasciste".

- Accord ou pas? -

L'hostilité croissante entre les Insoumis et les socialistes est devenue l'un des faits marquants de la campagne des municipales, scrutins organisés les 15 et 22 mars et qui ont valeur de test à environ un an de l'élection présidentielle.

Si le Parti socialiste et les Ecologistes partent souvent ensemble au premier tour des municipales, les Insoumis font généralement cavalier seul. Ils estiment cependant qu'ils feront liste commune avec le PS dans une cinquantaine de villes, le plus souvent sous l'égide de têtes de liste sans étiquette partisane.

Mais ces attaques semblent éloigner la perspective de potentielles alliances entre les deux tours, qui pourraient pourtant être cruciales dans certaines villes comme Toulouse.

Le Parti socialiste s'était dit ouvert à des alliances au cas par cas mais a de nouveau écarté mardi tout accord national. Il a évoqué l'idée d'un désistement en cas de risque de victoire du Rassemblement national, cas de figure possible à Marseille. Mais ce serait alors au candidat LFI Sébastien Delogu, moins bien placé, de se retirer.

La secrétaire nationale des Ecologistes Marine Tondelier le 19 janvier 2026, à Paris ( AFP / Blanca CRUZ )

La cheffe des Ecologistes, Marine Tondelier, a elle aussi posé des conditions pour toute alliance avec LFI.

Les Insoumis disent eux vouloir créer le "rassemblement" s'ils arrivent en tête - un scénario qui semble peu probable dans la majorité des cas, à en croire les sondages.

Jean-Luc Mélenchon, qui sera en meeting mercredi soir à Bondy (Seine-Saint-Denis), a estimé que l'attitude du PS apporterait "à la droite et au RN la victoire dans des dizaines de villes au premier et au second tour".

- "Ouvrir les yeux" -

Le tribun insoumis a appelé les militants socialistes à "se désolidariser de ces consignes de division". Dans son dernier communiqué, LFI a pris soin de réserver ses attaques aux cadres socialistes, en faisant un appel du pied aux militants et candidats.

Le Parti socialiste, lui aussi, cherche à convaincre l'électorat et les troupes de LFI, pour contourner Jean-Luc Mélenchon sans se mettre à dos ses fidèles. Pierre Jouvet les a appelés à "ouvrir les yeux" car il existe "une autre voix politique à gauche".

Pour les socialistes, le leader insoumis de 74 ans cherche à installer un duel avec le RN avant l'élection présidentielle.

Le Rassemblement national, pendant ce temps, se régale des divisions de ses adversaires.

Le président du Rassemblement national Jordan Bardella le 18 février 2026, à Paris ( AFP / Thomas SAMSON )

Son président Jordan Bardella, qui a appelé la gauche à lâcher les Insoumis, a attaqué lors d'un meeting mardi les "outrances" de Jean-Luc Mélenchon.

LFI a d'ailleurs assuré que le PS avait répondu "aux appels" de M. Bardella en critiquant leur chef.

Marine Le Pen, questionnée mercredi sur RTL concernant les comparaisons faites entre Jean-Marie Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, a estimé que les "comportements" de l'Insoumis étaient "bien pires" que ce qui était reproché à son père.