A Aix, des chefs présumés de la DZ Mafia jugés dans un procès pour double homicide sous haute tension
information fournie par AFP 23/03/2026 à 20:44

Un membre de l'équipe régionale d'intervention et de sécurité (ERIS) devant l'entrée de la cour d'assises au palais de justice d'Aix-en-Provence, le 23 mars 2026 ( AFP / Thibaud MORITZ )

Hélicoptère au dessus du palais de justice, policiers cagoulés dans le box: un procès sous très haute sécurité s'est ouvert lundi à Aix-en-Provence dans lequel sont jugés six accusés, dont trois leaders présumés de la DZ Mafia, pour un double assassinat en 2019.

Dès l'ouverture de l'audience, plusieurs incidents ont émaillé les débats: un accusé a interpellé depuis son box un journaliste. "Ça va le livre? Tu vas te calmer", a-t-il lancé, en référence à une publication sur l'organisation criminelle DZ Mafia. Le reporter a précipitamment quitté la salle.

Quelques minutes après, ce même mis en cause s'est tourné vers le banc de la presse, soupçonnant à tort qu'une photo avait été prise de lui, obligeant la présidente de la cour à s'interrompre.

Le pedigree des accusés ont poussé les autorités judiciaires à déployer des mesures de sécurité "sans précédent", selon les propos du procureur général de la cour d'appel d'Aix, Franck Rastoul.

Au cœur du centre-ville d'Aix-en-Provence, les rues autour du palais Monclar ont été bloquées par des camions de CRS pour faciliter l’arrivée des convois des détenus alors que des préparatifs d'une "action violente", en lien avec au moins un des accusés, ont été découverts tout récemment, d'après les autorités.

Dans la salle d'audience, dix policiers cagoulés étaient postés dans le box où les accusés semblaient détendus et ne cessaient de discuter entre eux.

Parmi eux, Amine Oualane alias "Mamine", silhouette longiligne aux cheveux longs, a pris la parole pour se plaindre de ses conditions de détention.

Invité par la présidente à s'asseoir, il a rétorqué: "c’est les mamans qui donnent des ordres", puis s'est excusé de ses paroles.

Son ami d'enfance, Gabriel Ory, dit "Gaby", a sollicité le renvoi du procès par l'intermédiaire de son avocate qui a estimé qu'il n'avait pas eu suffisamment de temps pour préparer le procès étant donné les conditions d'incarcération strictes de son client dans une prison de haute sécurité.

La cour d'assises est composée uniquement de magistrats, sans jury populaire.

- "Auto-entrepreneur à Dubaï" -

Des policiers entrent au palais de justice d'Aix-en-Provence, le 23 mars 2026 ( AFP / Elodie CLEMENT )

Les faits jugés remontent au 30 août 2019 alors que le groupe criminel DZ Mafia n'est pas encore formé: une femme de ménage d'un hôtel Formule1 proche de Marseille découvre dans une chambre les corps de deux hommes exécutés par balle.

L'un d'eux est Farid Tir, 29 ans, sorti de prison un an plus tôt. Son identité avalise l'hypothèse du règlement de comptes. La seconde victime apparaît comme une victime collatérale.

L'enquête de la Juridiction interrégionale spécialisée (Jirs) de Marseille a permis d'esquisser les contours de l'organisation criminelle qui serait à l’origine de ces assassinats.

Présenté par la police judiciaire comme un acteur de premier plan dans les guerres de territoires liées au trafic de drogue au moment des faits, Karim Harrat, 37 ans, est jugé pour meurtres en bande organisée. Il est soupçonné d'être, depuis Dubaï, le commanditaire, ce qu'il a toujours contesté.

À la barre, M. Harrat, surnommé selon les enquêteurs "Rantanplan", se définit comme "auto-entrepreneur" résidant aux Émirats arabes unis, sans toutefois être en mesure de préciser son adresse.

Des CRS devant le palais de justice d'Aix-en-Provence, le 23 mars 2026 ( AFP / Elodie CLEMENT )

Selon l'enquête, les deux hommes qui se sont introduits dans l'hôtel pour commettre les faits, seraient Zaineddine Ahamada, 29 ans et Adrien Faure, 26 ans, ce qu'ils nient. Le premier est aujourd’hui considéré comme l'un des "meneurs incarcérés" de la DZ Mafia.

Gabriel Ory, à la carrure imposante, aurait eu le rôle de taupe, en indiquant notamment aux auteurs tireurs les codes de l'hôtel.

Gaby aurait été mis en relation avec Farid Tir par l'entremise d'Amine Oualane qui comparaît pour cette mise en relation fatale. Agé de 31 ans ans, il est incarcéré depuis ses 18 ans.

Les deux hommes ont depuis été mis en examen dans plusieurs autres dossiers criminels liés à la DZ Mafia et sont considérés comme deux des trois "pères fondateurs" présumés de ce groupe criminel marseillais devenu dominant.

Décrit par une source policière haut placée comme "ayant perdu toute influence", Karim Harrat n'a pas de lien a priori avec cette organisation criminelle.

L'accusation repose en grande partie sur les déclarations des proches des victimes et sur les longues confessions d'un certain "Tatoo", un témoignage de "repenti" qui sera central lors des débats.

La première journée du procès qui doit durer trois semaines s'est terminée dans la confusion. Deux accusés ont refusé de réintégrer le box après une suspension d'audience.

La journée de mardi sera consacrée aux enquêtes de personnalité des accusés. Le verdict est attendu le 10 avril.