3 QUESTIONS À-La vigueur de l'euro, principal point de vigilance pour la BCE - Auris Gestion information fournie par Reuters 05/02/2026 à 18:19
Thomas Giudici, directeur de la gestion obligataire chez Auris Gestion, estime que l'appréciation de l'euro face au dollar, qui remonte déjà au printemps 2025, est la principale question à surveiller pour la Banque centrale européenne (BCE), car c'est un facteur qui pourrait relancer le débat sur l'orientation de la politique monétaire.
La BCE a, comme prévu, laissé jeudi ses taux directeurs à leur niveau actuel, cinquième pause d'affilée dans son cycle d'assouplissement monétaire après des décisions similaires en juillet, septembre, octobre et décembre.
1/ Que retenez-vous des annonces de la BCE ?
Une réunion parfaitement conforme au scénario attendu et finalement dans la lignée des précédentes réunions ou il y a assez peu de chose à se mettre sous la dent. Les taux directeurs restent inchangés et Christine Lagarde n'a délivré aucun signal nouveau sur la trajectoire à venir.
Le message central demeure inchangé : la BCE considère que le niveau actuel des taux est approprié et que les risques sont globalement équilibrés, tant du côté de la croissance que de l'inflation. En somme, pas d'engagement pour la suite et une approche strictement dépendante des données, réunion après réunion.
2/ L'euro a franchi le mois dernier la barre de 1,20 dollar pour la première fois depuis 2021, mais Christine Lagarde a minimisé l'impact des taux de change sur la trajectoire de la politique monétaire. Partagez-vous son point de vue, notamment en ce qui concerne les perspectives d'inflation ?
Christine Lagarde a rappelé que le taux de change n'est pas un objectif de politique monétaire en soi, ce qui est conforme au mandat de la BCE. Mais elle a également précisé qu'il est intégré dans l'ensemble des modèles macroéconomiques que l'institution utilise...
En réalité, l'euro a sans doute été l'un des principaux points d'attention de cette réunion. Elle a raison de souligner que l'essentiel de l'appréciation de l'euro face au dollar date de mars dernier. Néanmoins, un euro durablement plus fort exerce une pression baissière sur l'inflation importée et peut peser sur la dynamique de croissance. C'est précisément ce facteur qui pourrait, à terme, rouvrir le débat sur l'orientation de la politique monétaire.
3/La BCE se montre confiante dans la bonne résistance de l'économie, mais signale un certain nombre de facteurs perturbateurs. Selon vous, lesquels représentent le plus grand risque ?
Christine Lagarde a repris la liste assez classique des facteurs de risque : tensions géopolitiques, incertitudes commerciales (...) Ce sont évidemment des éléments à surveiller, en particulier dans un environnement économique encore incertain.
Cependant, selon nous, le principal point de vigilance reste le renforcement de l'euro qui freine la compétitivité et pèse sur les exportations tout en ajoutant des pressions déflationnistes. Si Kevin Warsh a récemment offert un léger répit à la dépréciation du dollar, le "debasement trade" pourrait néanmoins se poursuivre.
(Propos recueillis par Diana Mandiá, édité par Kate Entringer)