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Le saviez-vous ? La moitié de la ville de Paris est en plâtre

Le Figaro22/04/2016 à 16:14

INTERVIEW - L’âge d’or du plâtre à Paris débute en 1666. À l’époque, le roi Louis XIV donne l’ordre de recouvrir de plâtre la totalité des bâtiments de la capitale. La doctorante en architecture Tiffanie Le Dantec explique pourquoi.

Notre capitale et toute sa diversité architecturale a une histoire d’amour largement méconnue avec un matériau: le plâtre. Depuis des siècles, Paris est une ville emplâtrée. Et cela en toute discrétion! Encore actuellement, la moitié des bâtiments parisiens est en plâtre. Dans ses recherches, la doctorante en architecture Tiffanie Le Dantec explore l’Histoire de ce matériau typiquement francilien, connu depuis la plus haute Antiquité et dont l’usage est attesté depuis l’époque gallo-romaine.

Ses recherches viennent d’obtenir un soutien financier de la part du Crédit Agricole d’Île-de-France Mécénat. Elle explique au Figaro Immobilier la petite histoire du plâtre en région parisienne... et les objectifs de ses travaux!

LE FIGARO IMMOBILIER. - À quand remonte le début de la longue histoire que Paris entretient avec le plâtre?

TIFFANIE LE DANTEC. - Le plâtre est utilisé dans la construction dans la région parisienne depuis l’Antiquité! Mais c’est plusieurs siècles plus tard que vient l’âge d’or du plâtre. En 1666, un violent incendie ravage complètement le centre-ville de Londres. Durant trois jours, pas moins de 13.200 maisons et 87 églises paroissiales sont réduites en cendres... En France, le cauchemar londonien donne des frayeurs à Louis XIV... qui décide de recouvrir de plâtre - matériau connu pour sa résistance au feu - la totalité des bâtiments parisiens. Un an plus tard, en 1667, Paris est donc emplâtrée! Et à l’époque, quiconque refusait que l’on mette du plâtre sur son domicile recevait une amende.

Paris a donc durablement changé de couleur...

Exactement, Paris est devenu blanc en 1667. C’était flagrant, sachant que la grande majorité des maisons étaient en bois. Et cet ordre de Louis XIV valait aussi pour les projets de constructions futurs: tout bâtiment devait être en plâtre! Le métier de plâtrier est d’ailleurs très répandu. Grâce à l’abondance de bancs de gypse affleurant tout le bassin parisien, la région Île-de-France compte de nombreux gisements qui ont permis le développement de l’industrie du plâtre... Aujourd’hui encore, la moitié des bâtiments parisiens sont recouverts de plâtre.

Justement, si l’on fait un grand bond en avant pour arriver à notre époque, l’effet est beaucoup moins flagrant...

C’est parce que nous avons fini par l’oublier! Depuis les années 80, on le recouvre avec de la peinture, ce qui le rend moins décelable. Mais si vous observez les façades des immeubles parisiens et que vous levez les yeux, vous verrez: moulures, corniches, ornements... Le plâtre est partout! Il faut aussi savoir que dès l’entre-deux guerres, le plâtre a traversé une crise sans précédent: il ne s’adapte pas au nouveau marché du BTP, qui réclame des ouvriers moins qualifiés, moins de décors, plus de rapidité, moins de perte de matériau... Mais le plâtre est finalement sauvé par l’évolution du métier vers la plâtrerie sèche (plaques et carreaux de plâtre) qui se rapproche du métier de menuisier. Mais depuis les années 50, l’industrialisation des procédés de fabrication et de mise en œuvre ont un abouti à un matériau de moindre qualité, qui tient à peine 10 ans... Alors que le plâtre ancestral, lui, tient toujours!

Vous voulez dire que la «recette» du plâtre actuelle est moins efficace que la recette ancestrale? Un peu comme si un druide avait perdu la recette originale de la potion magique?

Exactement, et c’est justement l’objectif de mes travaux: retrouver la recette originale! Mieux comprendre le matériau du passé, et le ramener à la vie pour les ravalements futurs. Identifier la composition et la mise en œuvre du matériau ancien, identifier les pathologies caractéristiques des enduits au plâtre, proposer de meilleures méthodes de conservation et restitution des enduits anciens... et enfin proposer un nouveau matériau et former des ouvriers à son utilisation!

Lire la suite de l'article sur lefigaro.fr


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